Violences sexuelles à l’école: la ligne 1 833-DENONCE jugée «inadéquate»


Léa Martin
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«Ce qu’on a demandé, ce n’est pas une ligne téléphonique, mais une loi-cadre.» À peine lancée, la ligne téléphonique pour dénoncer des cas d’inconduite sexuelle ou de violence à l’école est loin de faire l’unanimité.
«Ce n’est pas vrai qu’un jeune va aller expliquer son vécu par le biais d’un formulaire qui est hyper dépersonnalisé. Tu ne connais pas la personne, il n’y a pas de lien de confiance qui est établi. La même chose pour une ligne d’appel», ajoute la co-coordonnatrice du collectif La voix des jeunes compte, Alexandra Dupuy.
Lorsque 24 heures a appelé au 1 833-DENONCE, un message automatisé nous conseille de composer le 9-1-1 en cas d’urgence ou de contacter Info-aide violence sexuelle pour parler à une intervenante.
La représentante de 24 heures a ensuite été invitée à enregistrer un message vocal pour dénoncer une situation de violence ou d’inconduite sexuelle en donnant son nom, prénom et numéro de téléphone. Une voix indique qu’il est aussi possible d’envoyer un courriel au signalements@education.gouv.qc.ca.
«Vous pouvez compter sur un service rigoureux et confidentiel», nous informe la voix automatisée. Des préposés rappelleront par la suite. Par courriel, le ministère de l’Éducation a affirmé qu’il est également possible de parler à un préposé en temps réel lorsque le volume d’appels le permet.
«C’est une intention louable du ministre Bernard Drainville de mettre sur pied une ligne de dénonciation, mais j’ai de sérieux doutes sur l’efficacité d’une telle mesure, a réagi la porte-parole de Québec solidaire en matière d’éducation, Ruba Ghazal. Est-ce que les jeunes victimes vont vraiment dénoncer une agression par téléphone?»
La responsable des communications du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), Justine Chénier, abonde dans le même sens.
Elle rappelle tous les obstacles auxquels font face les personnes qui vivent des violences sexuelles, dont le sentiment de culpabilité et la honte.
Selon elle, «c’est en mettre vraiment beaucoup sur les épaules» de personnes mineures de leur demander de contacter ce service et de devoir raconter leur histoire plusieurs fois par téléphone ou par courriel.

Toujours pas de loi-cadre
«Notre ministre de l’Éducation ne comprend pas du tout la problématique des violences sexuelles en milieu scolaire en déployant des ressources qui sont complètement inadéquates pour la réalité des jeunes [qui les vivent]», ajoute Justine Chénier.
Depuis 2018, le collectif La voix des jeunes compte demande une loi-cadre pour prévenir et lutter contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires. Depuis, plusieurs membres de l’opposition demandent la même chose.
«Il faut aller plus loin qu’une ligne téléphonique et adopter une loi-cadre pour lutter contre les violences sexuelles dans nos écoles, comme le propose Québec solidaire depuis des années, insiste Ruba Ghazal. Je vais d’ailleurs bientôt déposer un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale et j’espère pouvoir compter sur la collaboration du ministre.»
À partir de la rentrée scolaire 2023, le Protecteur national de l’élève, une nouvelle institution autonome et externe au réseau scolaire, sera responsable du nouveau processus de traitement des plaintes dans le milieu scolaire québécois, peut-on lire sur le site du ministère de l’Éducation.
• À lire aussi: QS et le PQ veulent une loi-cadre contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires
Une enquête qui manque de transparence
Le 21 mars dernier, après plusieurs dénonciations et allégations d’inconduites de nature sexuelle et de comportements inadéquats dans le réseau scolaire, le ministère de l’Éducation a annoncé la tenue d’une enquête de portée générale.
Le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) et La voix des jeunes compte dénoncent un manque de transparence dans la tenue de cette enquête.
«La façon dont l’enquête se déploie ne correspond pas à ce qui avait été recommandé par des groupes communautaires», indique Justine Chénier.
«Ce qu’on dénonce, c’est un manque de transparence, parce que ce sont des fonctionnaires du ministère de l’Éducation qui vont enquêter sur des personnes du ministère de l’Éducation», affirme Alexandra Dupuy.
L’identité des deux fonctionnaires attitrés à l’enquête n’est pas publique, même si le document original ne cachait pas leurs noms. Ils ont été caviardés par la suite.