Le baseball au Québec survivra-t-il au décès de Rodger Brulotte?

Benoît Rioux
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Même s’il est question de baseball, personne ne se met la tête dans le sable : le décès de Rodger Brulotte représente un dur coup pour la popularité de ce sport au Québec.
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« Pour la fédération, c’est une perte énorme, parce que c’était un ambassadeur extraordinaire et je ne pense pas qu’on va retrouver quelqu’un d’aussi puissant à travers le public et les médias, convient Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec. Il ne sera pas remplaçable à ce niveau-là. On va continuer à faire notre travail pour promouvoir le baseball, mais Rodger avait un côté spécial quand il décidait de pogner le téléphone pour faire bouger les choses. »

« Évidemment, nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, mais il a donné un gros coup de main à Baseball Québec, et ce, dans les 50 dernières années », a poursuivi Lamarche, croisé lors des funérailles du défunt, samedi, à Sainte-Thérèse.
Si le départ de Rodger Brulotte pourrait fait mal à long terme, les inscriptions au baseball mineur ont bondi dans bien des villes, cet été, grâce aux récents succès des Blue Jays de Toronto. Les Capitales de Québec vont bien dans la Ligue Frontière, les Aigles sont toujours à Trois-Rivières, mais il serait plus juste de parler d’un éternel combat quant à la promotion de la Ligue de baseball majeur du Québec, du baseball junior et des tournois de baseball mineur.
Impliqué pour la jeunesse
Michel Vallée, qui vient maintenant succéder à son bon ami Rodger à titre de président de la Ligue de baseball junior élite du Québec, note à son tour que la perte est immense.
« Il tentait toujours d’améliorer ce qui pouvait l’être et n’a jamais, au grand jamais, calculé son temps pour rencontrer des personnes ou des organismes, d’indiquer M. Vallée. Il sollicitait leur aide pour justement améliorer la ligue afin que les jeunes bénéficient d’un encadrement à la hauteur de notre belle jeunesse. »

Rodger Brulotte était le président de la LBJÉQ depuis 2011, mais avait précédemment occupé plusieurs postes au sein de la ligue durant les décennies précédentes.
« C’était un cadeau de l’avoir, de compléter François Venditti, vice-président aux opérations pour la LBJEQ. Avec son statut et son horaire surchargé, il aurait eu plein d’autres choses à faire que de venir dans des réunions, le samedi matin, pour s’occuper d’une ligue junior, mais c’était important pour lui. »
« Une grosse perte »
Parmi ses plus vieux complices, l’ancien entraîneur Richard Émond, aujourd’hui âgé de 81 ans, rappelait que le dévouement de Rodger Brulotte pour le baseball datait depuis l’époque des Loisirs Saint-Eusèbe. Il poursuivait d’ailleurs son implication tout en travaillant pour l’organisation des Expos dès l’arrivée de l’équipe en 1969.

« Je l’ai connu quand il s’occupait du baseball au Centre Immaculée-Conception avec Richard Bélec, a précisé Émond. J’ai aussi été son conseiller technique dans la Ligue de baseball junior élite du Québec. On a travaillé beaucoup ensemble. Il ne m’écoutait pas toujours, mais on avait du plaisir. »
« Une grosse perte. Et pas simplement pour le baseball », a-t-il insisté.
« On va toujours avoir sa voix dans notre tête » -Denis Casavant
Si le décès de Rodger Brulotte laisse un grand vide dans le monde du baseball au Québec, son complice Denis Casavant, qui œuvre à TVA Sports, croit que le commentateur sportif laisse une marque indélébile.
« C’est le premier été depuis très longtemps qu’on n’entendra pas la voix de Rodger pendant un match de baseball, que ce soit à la radio ou à la télévision. Je pense toutefois que les gens vont toujours l’entendre », a-t-il indiqué.

« Quand il va y avoir un circuit, il y a quelqu’un dans son salon qui va dire : “Bonsoir elle est partie !“ », d’expliquer Casavant. Quand Vladimir Guerrero fils va faire un beau jeu, il y a quelqu’un quelque part qui va crier ”Vla-di-mir, Vla-di-mir”, un peu comme lui l’aurait fait. On va toujours avoir sa voix dans notre tête pendant les matchs et grâce à ça, on ne l’oubliera pas. »
Jusqu’à la toute fin
Lors des funérailles tenues samedi, à Sainte-Thérèse, Denis Casavant a eu l’honneur d’être porteur de cercueil, tout comme Michel Bergeron, Louis-Philippe Neveu, Jean-Nicolas Blanchet, Jean-Charles Lajoie et Stéphan Vallée.
« Je préférais faire ça, que de livrer un témoignage pendant la cérémonie, a-t-il dit. De l’accompagner de cette façon-là, à l’entrée et à la sortie de l’église, c’était un honneur qui permet d’être là jusqu’à la toute fin. »
« Maintenant, il ne faudrait pas que quelqu’un tente de le remplacer, de conclure Casavant. Rodger, c’est Rodger. »
Le cœur du baseball à Montréal
L’homme d’affaires Stephen Bronfman n’était encore qu’un enfant lorsqu’il a connu Rodger Brulotte. Son père Charles était alors le propriétaire des Expos.
« Rodger a été le cœur du baseball à Montréal, avec sa joie et son optimisme, a qualifié M. Bronfman. Rodger était le meilleur cheerleader au monde. »

Le décès de l’illustre personnage n’a évidemment rien pour l’inciter à croire que les Expos pourraient revenir à Montréal un jour.
« J’y crois un peu moins, a-t-il avoué. Le baseball majeur semble avoir dépassé Montréal... Est-ce que ça va revenir un jour ? On veut y croire, mais on ne le sait pas. »
Parmi ses précieux souvenirs, M. Bronfman rappelle la grande fête organisée par Rodger, en mai 2019 dans le Vieux-Port de Montréal, afin de célébrer le 50e anniversaire des Expos.
« C’était une soirée incroyable et j’en conserve de précieux souvenirs avec mon père, mais aussi avec mon fils Sam », a noté l’homme d’affaires.