Canadien: dans la peau de Kent Hughes, qui gardez-vous entre ces deux joueurs?


Jean-Nicolas Blanchet
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Amusons-nous un peu. Mettons-nous dans la peau de Kent Hughes, comme dans les livres où vous êtes le superhéros. Je vous présente deux joueurs et le salaire qu’ils exigent, mais je vous indique seulement à la fin qui sont ces joueurs. Vous devez trancher et en prendre un seul.
Kent Hughes a l’air d’être plutôt rationnel et de ne pas trop se laisser emporter par les émotions parce qu’il se serait plus attaché à un joueur plutôt qu’à un autre. Il doit se fier à ce que le joueur lui donne, c’est tout. En n’identifiant pas les joueurs, ça vous aidera à faire exactement la même chose.
Commençons avec le joueur X. Ce centre aura 29 ans en juin et deviendra joueur autonome. Il complète sa 6e saison dans la LNH. En carrière, il récolte 0,36 point par match.
De l’autre côté, le joueur Y deviendra aussi joueur autonome à la fin de la saison. Cet autre centre aura aussi 29 ans. Il complète sa 9e saison dans la ligue. En carrière, il récolte 0,36 point par match également.
Sur les mises au jeu, en carrière, le joueur X a un taux de succès de 52%. Le joueur Y a un taux de succès de 57%.
Vous comprenez que ces deux attaquants ont un impact très limité offensivement.
C’est donc défensivement qu’il faut évaluer leur efficacité et ça, pour ce qui est des passes et des tirs bloqués par exemple. Ou de la récupération de rondelles libres. Ou des combats à un contre un pour la rondelle.
Qui est le meilleur défensivement?
Ça tombe bien, Sportlogiq est en mesure de mesurer tout ça. Voici ce que ça donne pour la saison actuelle.
En ce qui a trait aux passes bloquées par match, les deux joueurs sont à égalité et sont dans le meilleur quart de la LNH.
Pour les tirs bloqués. Les deux joueurs se situent aussi dans le meilleur quart de la LNH.
Les deux joueurs excellent dans les combats à un contre un pour la rondelle. Ils sont à égalité et font partie de meilleurs dans la LNH.
Même chose pour la récupération de rondelles libres.
Le joueur X demanderait près de 4M$ durant au moins cinq ans. Le joueur Y serait heureux avec 2,5M$ pour deux ans.
Si vous prenez le joueur X, vous venez de verser 4M$ à un centre de 4e trio pour les cinq prochaines années. C’est Jake Evans.
Si vous choisissez le joueur Y, vous venez de garder Christian Dvorak deux ans de plus à Montréal.
Froidement, si vous avez le choix entre les deux, je peine à comprendre pourquoi garder Evans.
Si les exigences salariales ressemblent pas mal à ça, la décision semble plutôt facile.
La douche nasale
Christian Dvorak semble aussi heureux sur la glace que mon fils de 4 ans quand je lui fais une douche nasale. Il n’est pas souriant. Dvorak est arrivé à Montréal avec un gros contrat de 4,5M$ et plusieurs croyaient à ses talents offensifs.

Il avait quand même réussi 121 points en 69 matchs à sa dernière année dans le junior. Tout ça en jouant au centre en mesurant 6 pieds 1. Il a marqué 32 buts en quatre ans à Montréal. Bref, c’est difficile de s’attacher à Christian Dvorak. Je n’ai jamais vu des gens porter son chandail à la patinoire du coin, disons. Mais ça n’enlève rien à ce qu’il apporte défensivement.
Jake Evans, c’est bien différent. Il est sympathique et souriant. C’est le choix de 7e ronde qui a bûché pour faire son chemin après quatre ans à l’Université Notre-Dame. Il nous fait quasiment penser à Rudy Ruettiger, le joueur de football dont l’histoire a mené à un des plus grands films de sport. On n’a jamais eu d’attentes envers lui. Il pouvait juste nous surprendre et c’est ce qu’il a fait. C’était l’apothéose de l’amour montréalais pour Evans en décembre quand il a fait cinq buts en cinq matchs.
On comprend pourquoi c’est tentant de vouloir le garder. Mais je le répète. Ça ne tient pas la route si on regarde froidement ce qu’ils font sur la glace. D’ailleurs, lors des 22 matchs qui ont suivi sa séquence heureuse, Evans a marqué un but.

Assez pour des millions de dollars
Evans excelle en désavantage numérique. Il a même marqué trois buts cette année. Est-ce que la différence avec ce que Dvorak fait en désavantage numérique est assez grande pour justifier de dépenser des millions de dollars de plus? Je n’en suis pas certain.
Le désavantage numérique est la phase du jeu qui s’est le plus améliorée chez le Canadien cette année. Il ne faut pas revenir à la case départ l’an prochain.
Donc, tu gardes Dvorak. Tu formes Beck et Heineman pour prendre le relais et tu peux demander à Suzuki d’y aller de temps en temps, mais pas trop. Et ça tient la route, à mon avis. Ça s’enseigne le désavantage numérique. Ce n’est pas de la médecine nucléaire.
Ou tu gardes Evans et tu paies un centre de 4e trio 4M$. Ça se fait, mais ça démontre à quel point ton organisation est incapable de développer des joueurs de profondeur pour prendre le relais à un jeune âge quand c’est le temps.
– Avec la collaboration de Sportlogiq avec les statistiques excluant les matchs de cette semaine.