«Jamais vu un joueur comme lui»: le prochain Lane Hutson est peut-être dans notre cour


Nicolas Cloutier
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Le prochain Lane Hutson est peut-être dans notre cour chez l’Armada de Blainville-Boisbriand. Plus d'un an avant d’être admissible au repêchage de 2026, Xavier Villeneuve, 5 pi 10 po («et trois quarts», précise-t-il), donne le tournis et brise des chevilles dans la Ligue de hockey junior Maritimes du Québec.
Ses 49 points en 45 matchs à 17 ans, bons pour le premier rang chez les défenseurs, ex æquo avec un joueur de 20 ans, le placent dans un club très sélect. «Très élite. Il suit la trajectoire de Zayne Parekh [choisi neuvième au total par les Flames en 2024]», mentionne dans un échange privé le spécialiste de statistiques avancées Byron Bader, dont le modèle est consulté par des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH).
Il suffit de le voir se déplacer avec la rondelle à la ligne bleue offensive pour saisir la comparaison. C’est impossible de ne pas penser à Hutson.
Au téléphone, l’entraîneur-chef de l’Armada, Mathieu Turcotte, pousse un ricanement. Il savait très bien que la conversation allait prendre cette tournure.
«Dès qu’on a vu Hutson à Montréal cette année, on notait les similitudes, avoue-t-il d’emblée. C’est vraiment son style de jeu. Ça fit exactement avec ce qu’il fait.»
«C’est évident quand tu le regardes qu’il a du Lane Hutson dans sa game», corrobore de son côté Jérôme Bérubé, directeur de la firme de recrutement indépendante HockeyProspect.com.
Ironiquement, le principal intéressé n’est pas prêt à dire qu’il sera une copie conforme du numéro 48 du Canadien de Montréal.
«Aussitôt qu’on se met à parler de ma game, il y a quelqu’un qui me dit: “Ah, ça ressemble à lui.” C’est le fun à entendre, le gars est incroyable à Montréal. Mais je pense qu’on n’est pas tout à fait pareils», nuance le jeune homme au bout du fil.
La prédiction du docteur
Il y a une donnée importante à prendre en considération dans le cas de Villeneuve. Son père mesure 6 pi 2 po. Pour combien de temps demeurera-t-il un petit défenseur? C’est un mystère de la nature. Pour ce que ça vaut, sa croissance tire peut-être à sa fin. Personne n’est dans le secret des dieux. Mais cela n’ébranle pas la profonde conviction de Villeneuve.
«Le médecin m’a dit que je suis le seul qui devrait dépasser mon père. Je peux dépasser 6 pi 2 po, prédit-il. Pour être 100% réaliste, moi, je suis sûr que 6 pi 1 po, c’est 100% atteignable.
«Dépasser mon père, au final, c’est un détail. Je ne suis pas trop stressé. Si jamais je reste bloqué à 5 pi 11 po, c’est pas si pire que ça. Je suis quand même persuadé que je finirai au-dessus de 6 pieds.»
L’année de son repêchage, Hutson avait fourni aux équipes de la LNH des rapports d’endocrinologues attestant qu’il n’avait pas terminé sa croissance. C’est exactement ce que compte faire Villeneuve, à la différence qu’il ne s’attend pas à mesurer 5 pi 11 po, mais plutôt 6 pi 2 po ou même 6 pi 3 po.

Et à ce moment, la fameuse comparaison ne tiendrait plus la route.
«Il y a une couple de différences [aussi] dans notre jeu, ajoute Villeneuve. Mon coup de patin est peut-être un peu meilleur. Il n’a pas une qualité qui me force à dire: “Ah, moi, je n’ai pas ça.”»
Détrompez-vous, on ne sent aucune arrogance dans la voix du sympathique jeune homme. Plutôt, une grande candeur et une authentique estime de soi.
«C’est sûr que lui, il le fait dans la Ligue nationale! Alors c’est vraiment hot, là...», tempère-t-il, pour se garder une gêne.
Villeneuve a peut-être un coup de patin plus élégant que celui de Hutson, mais ce dernier demeure dans une classe à part en termes de niveau de compétition et d’engagement, n’en déplaise à l’ami Corey Pronman. Qu’on se comprenne: c’est loin d’être un reproche envers Villeneuve.
«Si j’avais à les classer en termes de compete, je donnerais “élite” à Hutson et “au-dessus de la moyenne” à Villeneuve», précise le recruteur Jérôme Bérubé, qui joue de prudence avant d’inclure Villeneuve dans son top 32 pour l’an prochain.
La première toupie depuis Girard
Le dernier défenseur offensif à avoir fait un tel tabac dans la LHJMQ, c’est Samuel Girard. Du moins, c’est le seul qui s’apparente un peu à Villeneuve.
«Xavier, c’est le meilleur défenseur que j’ai vu avec une rondelle, explique son entraîneur-chef, Mathieu Turcotte. Ce qu’il fait, c’est assez unique. Je n’ai jamais vu un gars comme lui dans notre ligue. Je te dirais qu’il y a quelques personnes chez les Cataractes de Shawinigan qui le comparent un peu à Girard.»
Feintes de tête, d’épaules, mouvements agiles sur les extrémités des lames (edges): les pièges que Villeneuve tend sournoisement à ses couvreurs, il les a appris en regardant jouer Duncan Keith, Kristopher Letang et Erik Karlsson.
«Ces gars-là ne se font jamais frapper, mentionne avec justesse le petit défenseur. Comme j’ai toujours la rondelle, je dois me protéger. Il y a une partie de ça qui est naturelle, mais mon entraîneur de patinage, Jonathan Barolet, et mon entraîneur d’habiletés, Martin-Olivier Cardinal, ont vraiment insisté là-dessus depuis que je suis jeune.»

Claque au visage
Le rendement de Villeneuve cette saison, aussi hallucinant soit-il, ne représente pas une surprise pour le personnel d’entraîneurs de l’Armada. Ce n’est que le prolongement d’un déclic qui avait été observé en deuxième moitié de saison l’an dernier.
«Il a pris un gros step à son retour du tournoi des moins de 17 ans l’an dernier, image Turcotte. Ça lui a ouvert les yeux. Il a compris que, s’il voulait avoir du succès, il fallait qu’il soit aussi efficace défensivement qu’offensivement.»
Ce tournoi a été une claque au visage pour Villeneuve, qui avait pu arriver à ses fins jusqu’ici grâce à ses immenses habiletés naturelles. Son engagement défensif a atteint un tout autre niveau à partir de ce moment.
«L’an passé, j’ai terminé à -10, rappelle-t-il, peu fier. Là, je suis à +10.»
Cette statistique, aussi contestée soit-elle, est importante aux yeux de Villeneuve.
«Il s’est donné un objectif de plus et moins, confirme Turcotte. Il n’était pas content de son chiffre.»
Outre le différentiel, toutes les statistiques pointent vers le haut cette saison: buts attendus, chances de marquer, nommez-les...
«Nos statistiques avancées montrent une grande amélioration, tant du côté offensif que défensif. Son taux de buts attendus est très élevé», confie son entraîneur.
Boule d’énergie
Un dénommé Guy Martin, membre d’association de hockey mineur à Blainville, était soufflé après un match de Villeneuve avec l’Armada. Ça n’avait aucun lien avec son coup de patin ou ses feintes étourdissantes, mais tout à voir avec ce qui s’est passé après le son de la sirène.
«C’était fou raide, s’exclame-t-il. Il était tellement avenant avec les enfants, les jeunes hockeyeurs. Les 7, 8, 9, 10 ans, ils courent après lui après les matchs et il reste à l’aréna pour passer du temps avec eux.»
Le jeune homme semble aussi avoir ces fameuses qualités intangibles requises pour faire un bout de chemin dans la LNH.

«Je n’ai aucun doute qu’il va avoir une carrière chez les professionnels, indique Mathieu Turcotte. Il a vraiment changé ses habitudes à l’extérieur de la glace en ce qui a trait à la nutrition, l’entraînement dans le gymnase, le sommeil. Il est souvent le premier sur la patinoire. Il cherche constamment des moyens de s’améliorer.»
Verbomoteur, Villeneuve facilitera le travail de bien des journalistes, d’ailleurs, s’il pave sa voie chez les pros.
«C’est un kid avec beaucoup d’énergie, souligne son coach. Il déplace de l’air.»
Le défi sera de canaliser cette énergie sur la patinoire et de trouver les moments opportuns pour sortir ses mains du dimanche. Ajuster son jeu selon le pointage, la position sur la patinoire et le temps au cadran constituera le plus grand chantier.
Or, récemment, Mathieu Turcotte a surpris son poulain en lui demandant... de se dégourdir à l’attaque.
«Récemment, j’ai eu une discussion avec lui, parce que je trouvais qu’il jouait bien, mais qu’il pouvait en amener plus. Je voulais qu’il cherche les trous un peu plus. Lui, il ne s’attendait pas à entendre ça de la part d’un coach! Je veux qu’il fasse ça, c’est sa qualité dominante. Il a fini joueur de la semaine, il était complètement dominant.»
Quand Villeneuve est en mouvement et décide de prendre le contrôle d’un match, il a tout l’air d’un futur choix de premier tour. Mais ces équipes de la Ligue nationale de hockey qui ont ignoré Lane et Cole Hutson vont-elles finir par comprendre? À suivre, si la poussée de croissance du jeune homme n’est pas aussi importante qu’anticipée...