Le Canadien, ce n’est pas un compte TikTok

Jean-Charles Lajoie
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«Emmène ta game dans la game!» Peu de temps après son entrée en poste, Martin St-Louis a sorti cette phrase, peut-être la plus célèbre et la plus galvaudée parmi plusieurs de ses phrases amusantes.
Presque trois ans plus tard, la même phrase résonne un peu moins bien, mettons. En fait, alors que les points d’interrogation ne cessent de s’empiler dans le ciel de la «Flanelle», les observateurs comme les partisans cherchent des réponses.
Pour les trouver, il est impératif de comprendre. Comprendre certaines significations. «Emmène ta game dans la game», c’est crûment poétique. C’est un jargon glacé, un langage propre à un coach imagé qui, alors joueur, a certainement consacré cette expression tellement il est parti de loin pour gagner tout ce qu’il était possible de gagner.
Mais, dans le fond, ça veut dire quoi au juste «emmène ta game dans la game»? C’est plutôt difficile pour moi et ceux à qui j’en ai parlé de trouver une explication claire. C’est une phrase aux allures de formule qui a fait une excellente première impression, mais qui vieillit bien mal au bout de 32 mois lorsque force est d’admettre que pas beaucoup de joueurs de l’équipe ne sont encore parvenus à «emmener leur game dans la game».
Ce que je veux dire ici, c’est que le Canadien et Martin St-Louis excellent dans l’art de la formule, du prémâché. Ça fait très 2024 et je présume que certains penseurs de l’organisation aiment beaucoup ça, mais le Canadien ce n’est pas un compte TikTok, c’est un club de la Ligue nationale de hockey.
Pour que les followers du jeune public aiment et suivent les clips bien formulés, je pense que tôt ou tard il va falloir que les performances sur la glace suivent les babines. Ça ne pourra pas durer éternellement avec une phrase-concept et trois traductions en direct par semaine en point de presse. Le mur va finir par s’effondrer.
En même temps, vous faites erreur si vous croyez que je cède à la panique en demandant de foutre le plan à la déchiqueteuse et en réclamant la mort à la reconstruction.
Comme je ne suis pas décideur, mais observateur, j’ai fait l’effort de comprendre l’objectif et d’accepter le plan. Je l’ai fait en me disant que ce serait agréable de mesurer l’évolution, la lente remontée vers un lustre imposant et durable, un lustre d’antan, les coupes Stanley consécutives en moins, autre temps, autres mœurs obligent.
Or, lorsque je constate une régression, ne serait-ce que minime, alors là, je n’achète plus! Ce que je vois cette saison après sept matchs mérite la sonnette d’alarme.
Cette équipe ne montre aucune progression par rapport à l’année dernière... Pire. Individuellement, quelques jeunes joueurs, Xhekaj en tête, montrent une régression importante. Ce n’est pas normal.
Alors, il faut chercher les motifs de cette stagnation aux allures de recul et les exprimer à titre d’observateur à défaut de pouvoir les aviser à titre de dirigeant.
C’est ce que je tente de faire cette semaine. Je sais que ça déplaît à certains d’entre vous, la plupart avec de fausses identités et sans photos sur leur profil. Je salue ici les spin doctors chargés de maintenir le mur en place, de vendre le plan au-delà des défaites répétées par l’entremise des réseaux sociaux.
Bref, revenons sur la glace. L’équipe ne montre aucune structure, ne semble pas avoir une stratégie propre à chaque adversaire qu’elle rencontre, les schémas de sortie de zone en avantage numérique sont palpables, mais à cinq contre cinq, qu’en est-il au juste?
Impossible de le déterminer. Pourquoi? Parce qu’on joue à la roulette russe dans notre territoire, on vit de permutations en migrations, de défensive de zone en mode homme à homme. Résultat: il y a tellement d’assignations possibles en même temps que personne ne réussit à trouver une chaise à voler, pour emprunter une autre formule de Martin.
Ne cherchez pas de midi à 14h pourquoi on cumule autant de présences individuelles de plus de 90 secondes sur la glace; on passe notre temps à courir après la rondelle dans notre zone avec le regard du chevreuil apeuré qui essaie de traverser le boulevard métropolitain à 5h20.
Alors... structure, structure, structure svp. Et ensuite travail, travail, travail, travail. Ce dernier bout-là m’inquiète beaucoup moins. Le Canadien a un bon groupe de joueurs. Lorsqu’ils vont savoir clairement ce qui leur est demandé, ils vont exécuter. Et alors on pourra leur en vouloir à eux pour vrai. En attendant, la responsabilité est partagée au moins 50-50 avec les entraîneurs.
D’ici là, le Canadien a l’air d’une vulgaire formule à la solde du monde des affaires de 2024, celui où l’on aime lancer un truc en promotion croisée qui couvre 360 degrés. En ce sens, ce que l’on voit sur la glace rime admirablement avec l’infopub de l’organisation visant à modérer les attentes: la reconstruction! En espérant qu’il n’y aura pas une saison 2 avec ajout du mot «éternelle».