Karaté et softball: ces sports chers aux Québécois qui ont disparu pour les Jeux cette année


Marc-Antoine Malo
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Cette semaine à Paris commencent les Jeux olympiques, une célébration universelle du sport, sauf pour les pratiquants de certaines disciplines qui n’ont pas été retenues pour cette édition.
C’est de la maison que les meilleurs athlètes en karaté, en softball ou encore en baseball regarderont ces olympiades, puisque contrairement à 2021, ils ne sont pas les bienvenus en France.
Les raisons données par le président des Jeux de Paris, Tony Estanguet, restent floues pour plusieurs, mais le comité organisateur avait des choix à faire. Certes, ceux-ci sont déchirants, mais tous se promettent de revenir plus forts, particulièrement au Québec.
Le karaté perd son combat
Commençons ce tour d’horizon avec la disparition la plus inexpliquée, qui est également celle qui fait le plus mal. Après ses débuts à Tokyo, le karaté a déjà été rangé dans le tiroir du bas.
Cette année, les espoirs étaient permis aux athlètes de la province, qui n’avaient pas été en mesure de se qualifier pour la compétition au Japon.
«Je vais me faire porte-parole de beaucoup de karatékas: ç’a été une immense déception. On a pu voir une vague de déception quand on l’a appris, presque au lendemain des Jeux de 2021. On a su que le karaté ne reviendrait pas et que c’était assez final», a expliqué au bout du fil la vice-présidente de Karaté Québec, Daphné Trahan-Perreault.
Cet art martial était un choix logique pour le Japon pour ses Jeux, mais le Comité international olympique n’a pas jugé bon de garder au programme les épreuves du kumite [le combat] et du kata [enchaînement chorégraphique].
«Ç’a été un peu une surprise, parce qu’on sait que les sports additionnels sont fortement inspirés par le pays hôte. Le karaté est un sport très fort en France. Elle a une solide équipe de karatékas. Même son porte-drapeau à la cérémonie de clôture à Tokyo était un karatéka», a rappelé Trahan-Perreault.
Steven Da Costa avait été l’heureux élu après avoir remporté l’or dans la catégorie des moins de 67 kg devant le Turc Eray Samdan. Trois ans plus tard, il ne sera même pas en mesure de défendre son titre.

Le Québec était prêt
Même si la pilule a été difficile à avaler, les karatékas de la province se sont retroussé les manches et des espoirs de médaille étaient véritablement envisageables, particulièrement chez les femmes.
«On a deux championnes panaméricaines – Hana Furumoto-Deshaies et Yamina Lahyanssa – qui viennent tout juste de remporter des titres. Elles auraient pu se qualifier, puisqu’elles sont très bien classées mondialement», a décrit Trahan-Perreault, membre de l’équipe nationale canadienne depuis 2004.
Les karatékas auraient aimé avoir une deuxième chance, même si leur sport a été autrefois décrit comme «manquant de valeur de divertissement et de capacité à attirer un public plus jeune». Pourtant, quatre millions de Français ont vu le triomphe historique de Da Costa à la télévision, selon les médias du pays.
«Les arts martiaux ont une belle visibilité. On n’a qu’à penser à l’UFC. [...] Mais le karaté est plus méconnu comme sport. De le présenter une seule fois, je ne crois pas qu’on puisse bien mesurer l’intérêt des gens. Avoir eu au moins une deuxième année, ça nous aurait aidés», a martelé Daphné Trahan-Perreault.
«À un moment donné, il faut s’y faire, parce qu’on ne peut rien y changer une fois la décision prise. On n’était pas heureux de ce dénouement», a rappelé la représentante de Karaté Québec.
Une pause salutaire pour le softball
Moins développés en Europe qu’ailleurs, les sports de balle comme le softball et le baseball ne seront pas présentés à Paris. De ce côté, les acteurs du milieu ne sont pas surpris, et c’est vers 2028 que tous les yeux sont rivés.
«Ce n’est pas nécessairement un étonnement, a reconnu Diego La Manna, de Softball Québec. Autant au Québec qu’à l’international, le softball et le baseball ne sont pas des sports permanents. On n’est pas surpris. On doit se battre chaque fois et c’est aussi la même chose pour les Jeux du Québec.»
Cette bataille, elle représente bien l’expérience en montagnes russes du softball aux Jeux olympiques. Présente de 1996 à 2008, puis absente à Londres et à Rio, la balle molle est revenue à Tokyo... pour disparaître à nouveau.
«Il y a de grandes poches où le sport est important: évidemment les Amériques, mais ça grandit en Europe et c’est très populaire aux États-Unis et en Asie», a expliqué La Manna.
«C’est un sport présent en France et en Europe. J’y suis allé l’année dernière pour les Championnats d’Europe, puisque je suis aussi arbitre international en softball, et c’est un sport bien installé en Italie et dans quelques régions de la France. Par contre, ce n’est pas un sport global comme ici», a-t-il poursuivi.
Évidemment, l’absence d’infrastructures de qualité pour ce sport dans l’Hexagone n’aide pas, mais c’est avec de la visibilité que la discipline pourra se développer.
Un avenir radieux
Le Canada fait généralement bonne figure à cette épreuve réservée aux femmes dans le cadre olympique. L’unifolié a décroché la médaille de bronze à Tokyo avec une équipe surtout composée d’athlètes de la Colombie-Britannique et de l’Ontario.
Selon La Manna, cela fait 20 ans qu’une Québécoise n’a pas fait partie de la sélection nationale, mais c’est appelé à changer. Dans quatre ans à Los Angeles, ce sera une tout autre histoire. On n’a qu’à penser à Léa Chevrier et à sa fiche parfaite de 23-0 au monticule au Collège Florida SouthWestern.

«Pour 2028, ça regarde très bien pour nous. On a des jeunes qui se taillent une place sur l’équipe junior, qui vont aller à la Coupe du monde bientôt et qui ont participé aux qualifications panaméricaines. La nouvelle génération se distingue beaucoup, ce qu’on ne voyait pas avant», a assuré le membre de Softball Québec, qui estime qu’une quinzaine de Québécoises fourbissent leurs armes dans les établissements américains.
Partir pour mieux revenir
Puisqu’il est régi par la même organisation que le softball, le baseball passera aussi son tour en 2024. Par contre, on prévoit déjà toute une fête en Californie au prochain cycle.
Le commissaire des ligues majeures, Rob Manfred, a récemment ouvert la porte à une participation des joueurs réguliers du circuit aux Jeux olympiques, ce qui serait une première.

«Nous savons tous qu’à Paris, ils ne construiront probablement pas un stade de baseball. Mais lorsque vous êtes à Los Angeles, vous devez réfléchir sur cette opportunité», avait-il dit dans le cadre du Match des étoiles.
Le baseball a été au programme pour les mêmes Jeux que le softball depuis 1996, mais son histoire est beaucoup plus riche. Entre 1900 et 1992, ce sport a été présent aux Olympiques 12 fois sur 21.
En 2021, c’est le Japon qui a décroché la médaille d’or, devant les États-Unis et la République dominicaine. Le Canada n’a pas pris part au tournoi.
Les autres changements
Une discipline qui passe davantage inaperçue, mais que la complexité rend intéressante, c'est la marche athlétique (ou rapide). À Paris, le 50 km masculin a été éliminé pour faire place à une épreuve mixte à relais qui sera disputée sur une distance de marathon (42,2 km).
Rassurez-vous, vous pourrez être assurés de revoir les meilleurs marchands de vitesse de la planète comme à Tokyo. La plus longue course avait donné lieu à d’excellents derniers mètres et à toute une remontée du Canadien Evan Dunfee pour la médaille de bronze.

En haltérophilie, ce sont quatre catégories qui ont été éliminées, pour passer à 10. Cela veut également dire que le nombre de participants a été réduit de 76, pour un total de 120 athlètes.
En canoë, deux épreuves de sprint ont été remplacées par deux de slalom, et en escalade il y aura deux épreuves plutôt qu’une, soit celles de la vitesse et du combiné (bloc et vitesse).