Pourquoi le CH pourrait repêcher un défenseur: les explications d’un ancien recruteur en chef de la LNH


Nicolas Cloutier
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Au bout du fil, l’ex-directeur du recrutement amateur des Ducks d’Anaheim Alain Chainey affiche clairement ses couleurs: «L’idée de repêcher selon le besoin en 1re ronde, c’est dangereux.» Dans cette optique, repêcher à tout prix un attaquant, sans égard à la sacro-sainte liste, serait risqué pour le Canadien.
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À Montréal, le repêchage de 2024 est perçu comme l’occasion d’aller chercher enfin l’attaquant rempli de talent qui manque au Canadien, une suite logique après la sélection du défenseur David Reinbacher en 2023.
Or, au cinquième rang, le meilleur joueur disponible pour le Tricolore, ce sera peut-être encore... un défenseur. Et cette idée semble fortement déplaire aux partisans de l’équipe qui ont soif de buts.
C’est une possibilité à envisager si Cayden Lindstrom et Ivan Demidov trouvent preneurs avant le cinquième rang. Parce que les excellents défenseurs que sont Zeev Buium, Sam Dickinson, Zayne Parekh ou Artyom Levshunov, par exemple, pourraient être difficiles à ignorer.
«Dans toutes mes années à titre de directeur du recrutement amateur des Ducks, jamais je n’ai repêché selon le besoin, a souligné Chainey en entrevue avec TVA Sports. Jamais mon directeur général ne m’a dit: "Cette année, pensez à un ailier gauche..." Notre travail, c’est de repêcher, et le travail du DG, c’est de se servir de ce qu’on lui donne pour aller chercher les pièces du casse-tête.
«Si on repêche le meilleur joueur disponible, il va être en position pour effectuer de bonnes transactions.»
Le CH regorge de jeunes défenseurs. Certains sont déjà dans la LNH, comme Kaiden Guhle, et d’autres cognent à la porte, comme Lane Hutson, Logan Mailloux ou encore Adam Engstrom. Avant même le repêchage de 2024, le DG Kent Hughes est dans une position où il n’aura d’autre choix que d’en échanger un. Alors pourquoi ajouter à ce surplus alors que le besoin est criant en attaque?
D’abord, «la situation change très rapidement», a prévenu Chainey. Une équipe peut avoir une carence à une position, puis y constater seulement deux ans plus tard un surplus. Et vice-versa.
Ensuite, un surplus à une position convoitée peut donner beaucoup de pouvoir à un directeur général moindrement astucieux.
«Martin Madden fils [gourou du repêchage des Ducks] a repêché une tonne de défenseurs et ça aura permis à Pat Verbeek d’échanger Jamie Drysdale pour obtenir Cutter Gauthier, un excellent attaquant de puissance», a rappelé l’ancien recruteur désormais analyste pour TVA Sports.
La faute de Brian Burke
Une seule fois dans sa carrière, Chainey n’a pu repêcher le meilleur joueur disponible au premier tour. Par là, on entend: le joueur le plus haut sur la liste au moment de se présenter sur le podium.
«Celui qui m’a empêché de le faire, c’était Brian Burke lors du repêchage de 2008», a-t-il déploré.
En 2008, les Ducks devaient repêcher au 12e rang.
«On avait Karlsson entre 10 et 12 sur notre liste, a raconté Chainey. On l’adorait, il y avait un consensus parmi nos recruteurs. Mais à l’époque, il faisait 5 pieds 10 et 157 livres. Burke n’était pas entiché à l’idée de repêcher un défenseur de ce gabarit. Bob Murray, notre directeur général adjoint qui avait eu la chance de voir Karlsson jouer, a essayé de le convaincre, mais ça n’a pas fonctionné.»
Burke a échangé la 12e sélection pour reculer de quelques rangs.
«Nous avons été obligés d’échanger notre choix, a mentionné Chainey, encore un peu amer [avec raison]. Au 17e rang, on a repêché Jake Gardiner.»
L’insulte à l’injure, ç’a été de voir les Sénateurs s’empresser de s’avancer du 18e au 15e rang lorsque Karlsson n’était toujours pas réclamé.
«Trois trophées Norris plus tard, eh bien, le joueur qu’on voulait avoir, on n’a pas pu le prendre», a constaté Chainey.
C’est un pensez-y-bien pour le Canadien lorsqu’il évaluera la possibilité de reculer au repêchage pour sélectionner absolument un attaquant.
Vient un moment où les directeurs généraux doivent faire confiance aux recruteurs qui ont passé l’année à sillonner les amphithéâtres. Et les besoins de l’organisation ne sont pas une donnée qui entre en ligne de compte dans le travail d’évaluation desdits recruteurs.