Jonathan Drouin s'attendait à pire

Jonathan Bernier
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Jonathan Drouin s’attendait à se faire huer pour son retour à Montréal. Il avait raison de penser ainsi. Après tout, c’est le traitement que réservent habituellement les partisans du Canadien aux joueurs vedettes des équipes adverses ou aux anciens qui poursuivent leur carrière sous d’autres cieux.
Il connaît son public. Au cours de ses premières présences, on a entendu quelques murmures dans la foule. Surtout provenant des hauteurs du Centre Bell. Huées qui se sont quelque peu intensifiées en troisième période, alors que l’issue de la rencontre, finalement remportée 4 à 3 par les locaux, était encore incertaine.
«Toute la journée, j’ai essayé de gérer mes émotions, a raconté Drouin après la rencontre. Je m’attendais à pire. C’était quasiment cool. Lors de mes premières présences, je riais dans ma tête.»
Cependant, on était loin du sort réservé autrefois à Zdeno Chara ou, plus récemment, à Connor Bedard.
Elles se sont pratiquement tues à partir du moment où Michel Lacroix a confirmé la mention d’assistance récoltée par le Québécois sur le premier but du match. Le reste de l’amphithéâtre a applaudi cette annonce.
Drouin a également chaudement été applaudi lorsque le Tricolore lui a offert une vidéo hommage lors de la première pause publicitaire. On a pu sentir l’émotion dans son regard, alors qu’il saluait la foule depuis le banc de l’Avalanche.
«J’ai dû contrôler un peu mes émotions», a-t-il admis.
Vidé mentalement
Drouin a disputé six saisons dans l’uniforme du Canadien. Malgré plusieurs passages à vide, le choix de premier tour du Lightning en 2013 s’est attiré la faveur du public vers la fin de son parcours.
Il a été le premier à faire comprendre aux partisans montréalais qu’un athlète pouvait aussi être aux prises avec des problèmes d’ordre psychologique. Que les millions de dollars et le fait de jouer au hockey ne garantissaient pas la tranquillité d’esprit.
Vidé physiquement et mentalement, Drouin avait quitté la période d’échauffement d’un match disputé à Calgary. C’était le 23 avril 2021 (il allait plus tard expliquer qu’il souffrait de problèmes d’anxiété et d’insomnie depuis plusieurs années).
Il n’est revenu que la saison suivante, ratant les deux dernières semaines du calendrier régulier et l’improbable parcours qui avait mené le Tricolore jusqu’à la finale de la Coupe Stanley.
«J’ai reçu beaucoup de soutien ici. Je remercie tous les membres de l’organisation du Canadien.»
Le premier de plusieurs
Jusque-là sévères à son endroit en raison d’une production bien en deçà des attentes, les partisans du Canadien ont alors changé d’approche à son égard.
À sa première apparition sur la glace du Centre Bell en septembre 2021, pour un match intraéquipe, Drouin avait eu droit à une première vague d’amour.
Quelques semaines plus tard, à son premier match officiel à Montréal à la suite de cette pause, l’attaquant avait eu droit à une chaleureuse ovation.
Les cris à l’aide de Drouin ont non seulement été entendus par la LNH, ils ont servi d’inspiration à d’autres joueurs du circuit. Les raisons n’étaient pas du tout les mêmes, mais Carey Price a, à son tour, intégré ce programme quelques mois après Drouin.
Réjouissante renaissance
Récemment, Samuel Girard, l’un de ses coéquipiers de l’Avalanche, a également dû se retirer de la compétition pendant un mois. Parmi ceux qui l’ont aidé à passer à travers cette épreuve, il y a eu bien sûr la famille et les amis du Robervalois.
Et pas très loin dans l’ombre, Drouin, qui s’assurait que son coéquipier se portait bien en échangeant des messages avec lui.
Après les épreuves qu’il a dû traverser, on ne peut que se réjouir de voir Drouin renaître à la gauche de Nathan MacKinnon, son complice de l’époque des Mooseheads de Halifax, et de Mikko Rantanen.
Car avant d’être un joueur de hockey, Drouin est surtout un homme de cœur.