Un plan troué en attaque

Jean-Charles Lajoie
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Jeff Gorton et Kent Hughes ont vendu à Geoff Molson un grand plan de reconstruction. Le propriétaire du Canadien a acheté «cash» cette idée sans limite de temps défini, ce concept des plus abstrait qui consiste à prendre tout le temps voulu pour faire du Tricolore une puissance de la Ligue nationale pour longtemps.
Au fait, pour longtemps... ou dans longtemps? Je pense que l’un va hélas trop bien avec l’autre dans le cas qui nous occupe...
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Force est toutefois de constater, avec ce que nous avons sous les yeux de haut en bas de l’organisation, que le retour du CH dans la fenêtre d’opportunité à la coupe Stanley, s’il a à se concrétiser, devra passer par la ligne bleue. Le Canadien devra être le ministère de la défense le plus puissant des 32 clubs de la Ligue nationale s’il veut rêver aux grands honneurs.
Car à moins de voir débarquer deux attaquants premium à Montréal via le marché des joueurs autonomes ou via des transactions, des utopies pures désormais, il faudra, pour le CH, se résoudre à défendre coûte que coûte.
C’est clairement en défense que le Canadien peut devenir une puissance. Kaiden Guhle est un «stud» et une valeur sûre. Lane Hutson s’en vient avec un sac d’espoir bien rempli. Il a le potentiel du quart-arrière nécessaire aux équipes ambitieuses. Logan Mailloux va être un élément important dans la Ligue nationale de hockey, sans conteste un top 3 d’une excellente brigade. Après, Montréal a l’embarras du choix : Struble, Barron, le vétéran Matheson, Harris, Xhekaj, le jeune Reinbacher et j’en passe.
Hughes et Gorton disposent d’un éventail qui leur permet de croire construire une brigade des plus solides et dominantes.
Une brigade derrière laquelle devra se dresser un gardien numéro un incontestable, dominant. L’organisation a très certainement identifié son homme. Jacob Fowler a ce qu’il faut en talent et entre les deux oreilles pour devenir un portier dominant dans la LNH et dans la marmite de Montréal.
Il vient tout juste d’avoir 19 ans et jouera certainement une ou deux autres saisons à Boston College après l’actuelle. Une année dans la Ligue américaine serait probablement louable quoique... Il pourrait donc arriver à Montréal à presque 23 ans au départ de la campagne 2026-2027, la dernière du nouveau contrat de Samuel Montembeault.
Une transition fort intéressante à prévoir...

Autrement dit, le CH pourrait, à compter de la saison 2026-2027, aspirer à beaucoup plus que seulement entrer en séries éliminatoires, du moins en principe.
Je dis «en principe», car la Ligue nationale d’aujourd’hui est axée sur l’attaque, elle veut des buts et elle veut voir s’exprimer les jeunes et talentueux attaquants.
Et lorsque l’on s’attarde aux gagnants des 15 dernières Coupes Stanley, 12 de ceux-ci ont soulevé le gros saladier avec comme chefs de file des attaquants «premiums», des vedettes dominantes en attaque et au centre.
MacKinnon et Rantanen au Colorado, Kucherov et Stamkos à Tampa Bay, Backstrom et «Ovi» à Washington, Crosby et Geno à Pittsburgh, Kane et Toews à Chicago, Kopitar, Carter et Richards à Los Angeles...
Évidemment, il faut supporter cette nomenclature en défense par Makar au Colorado, Hedman à Tampa Bay, Carlsson à Washington, Letang à Pittsburgh, Keith à Chicago et Doughty à Los Angeles. Mais ses Coupes Stanley se sont majoritairement gagnées avec des super vedettes en attaque, des centres dominants...
Les trois exceptions des 15 dernières années sont les Blues de St. Louis de 2019, les Bruins de Boston de 2011 et les Golden Knights de Vegas le printemps dernier. Trois équipes dont la puissance première se trouvait dans l’équilibre parfait entre la défensive et l’attaque, dans les trois cas des puissances reposant sur de la profondeur.
Trois clubs qui alignaient des groupes homogènes avec une ligne de centre composée essentiellement de trois excellents numéro 2.
O’Reilly, Schenn et Schwartz ou Bozak à St. Louis en 2019, Bergeron, Krejci et Horton ou Campbell en 2011 à Boston, Eichel, Stephenson, Karlsson et Roy à Vegas en 2023. Des éditions solides au centre, mais menées d’abord par des comités, des ministères en défensive. Chara au zénith à Boston en 2011 et les bœufs de St. Louis menés par Pietrangelo en 2019. Le même Pietrangelo qui a mené les bœufs de Vegas le printemps dernier.
On se nourrit donc d’espoir à Montréal, mais l’espoir réel, au moment où l’on se parle, réside dans une brigade défensive imparable et parmi les plus puissantes de toute la LNH d’ici trois ou quatre ans...
À ce compte-là, était-ce vraiment la meilleure décision, en juin dernier, d’en rajouter avec David Reinbacher plutôt qu’un attaquant de pur talent tel que Michkov ou encore Leonard, Dvorsky ou même un Zach Benson ?!