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«J’ai tourné la page sur ce rêve» - Simon Després

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Après un passage de six saisons dans la Ligue nationale de hockey, le Québécois Simon Després s’est exilé à Bratislava, puis à Cologne, à Oskarshamn, à Berlin et maintenant dans la petite bourgade de Villach, en Autriche. Le défenseur format géant a ainsi trouvé le bonheur en Europe en parcourant le Vieux Continent tout en continuant de vivre du sport qu’il aime tant.

Le Québécois a ainsi traîné sa poche de hockey en Slovaquie, en Allemagne, en Suède et a actuellement un pied à terre dans une petite ville de 60 000 habitants tout près des frontières italienne et slovène.

Le joueur de 31 ans évolue présentement dans la ICE Hockey League (International Central European Hockey League), qui compte 12 formations réparties en Autriche, Italie, Slovénie et Hongrie, en portant les couleurs du EC VSV - le nom officiel étant le EC IDM Wärmepumpen VSV - qui a terminé au quatrième rang du classement général de la ligue en 2022-2023 et qui vient tout juste d'amorcer son parcours en séries éliminatoires.

Si le niveau de jeu n’est pas aussi relevé qu’en Amérique du Nord ou même dans d’autres ligues européennes, comme en Suisse, en Allemagne ou en Suède, l’ancien choix de premier tour des Penguins de Pittsburgh en 2009, le 30e au total, qui a également évolué avec les Ducks d’Anaheim, apprécie énormément le mode de vie en Autriche.

«C’est bien pour moi. C’est un environnement qui est bon pour mon bien-être, a souligné Després lors d’un entretien avec le TVASports.ca. Le niveau de stress est beaucoup moins élevé qu’en Amérique.»

Crédit photo : Courtoisie / VSV Krammer

Évidemment, le style de jeu européen est de beaucoup différent à celui pratiqué sur les patinoires nord-américaines.

«Le niveau de hockey n’est peut-être pas aussi élevé qu’en Amérique, surtout dans la Ligue nationale évidemment, a continué celui qui vient de se remettre d'une blessure à la cheville, qui l'aura fait manquer quelques semaines d'activités. Le style de jeu est différent. On joue sur une grande patinoire, c’est beaucoup moins physique. Iil y a beaucoup moins de violence, il n’y a presque aucune bataille.

«[...] Malgré le fait que j’aurais préféré jouer plus longtemps dans la Ligue nationale, je suis encore capable de pratiquer mon sport à un haut niveau et je peux le faire en voyageant et en vivant dans différentes cultures.»

Comme c’est la coutume en Europe, Després n’a pas besoin de se soucier de rien, car un logement meublé, une voiture et tout le tralala lui sont fournis. C’est une formule clé en main avec un salaire pouvant osciller entre 25 000... et 200 000 euros, net. Bien que ces montants semblent minimes comparés à ceux de la LNH, le Québécois tient à rappeler qu'il mettait dans ses poches «35 cents sur la piastre» quand il était dans le grand circuit.

Crédit photo : Courtoisie / Simon Després

Une mise en échec qui a tout changé

Le joueur d'arrière de 6 pi 4 po dit apprécier le style de jeu européen, basé sur les habiletés, lui qui a vu sa carrière être minée par les blessures, dont une commotion cérébrale qui a probablement sonné le glas sur son aventure dans le circuit Bettman. Le Québécois, alors avec les Ducks, avait été frappé à la tête par une mise en échec du défenseur de l’Avalanche du Colorado Tyson Barrie, qui a reçu une suspension de trois parties pour son geste, au début de la saison 2015-2016.

Després était revenu au jeu à la fin du mois de janvier 2016 et avait terminé la saison. Toutefois, au premier match de la campagne 2016-2017, celui qui arborait alors le numéro 6 a recommencé à ressentir des symptômes de commotion cérébrale. Ce fut sa dernière partie dans la LNH.

Les Ducks ont par la suite pris la décision de racheter le contrat de Després, qui avait accepté une entente de cinq ans et 18,5 millions $ de la formation californienne, s’amorçant en 2016-2017. Ainsi, le Québécois n’aura joué qu’un seul duel avec ce contrat en poche. Pour ce faire, les Ducks ont accepté de payer le tiers des quatre années restantes au pacte, d'un total de 15,9 millions $. Le Québécois empoche ainsi 662 500$ par année depuis 2017, et ce, jusqu’en 2025.

Crédit photo : AFP

Alors libre comme l’air, Després avait devant lui plusieurs options. Il a opté pour l’Europe et s’est envolé vers Bratislava, en Slovaquie, où il a joué pour le Slovan en Ligue continentale de hockey (KHL).

«J’ai communiqué avec plusieurs équipes, je pense quatre ou cinq. Sauf que c’était tous des essais professionnels, a-t-il confié. C’était tout nouveau pour moi, cette situation, et tout se passait très vite. Je n’étais pas vraiment enclin à aller sur un essai professionnel à ce stade de ma carrière en n’ayant pas joué une saison complète. J’ai décidé de prendre un pas en arrière pour revenir plus fort. 

«Je m’étais dit que j’irais jouer dans la KHL. Je trouvais que ça serait une belle expérience pour moi. Et ça l’a été. J’ai tellement appris. [...] J’ai été contacté par quelques équipes (de la LNH) après mon rachat de contrat, mais j’ai décidé de ne pas les prendre. [...] Il fallait que je reparte presque à zéro. On m’avait mentionné, quand j’ai fait des appels, qu’il aurait fallu que je joue trois ans dans la Ligue américaine avant de retourner dans la LNH. Je me suis souvenu de ce que ça m’avait pris pour atteindre la LNH. Ça n’avait pas été un chemin facile.»

Un passage éclair à Montréal

Après un an en KHL, à visiter des contrées reculées, le défenseur natif de Laval a voulu aller au bout de son aventure dans la LNH. Et celle-ci passait par Montréal, avec les Canadiens.

Ainsi, Després a réussi à obtenir un contrat d’essai professionnel avec le Tricolore; le club montréalais n'ayant tout simplement plus de contrat disponible pour lui. C’était à lui de «tasser» quelqu’un.

«Après mon année dans la KHL, j’avais eu des problèmes avec des modes de paiement de l’équipe, ça avait pris quasiment trois ans avant de recevoir toute ma paie, s’est remémoré l'auteur de six buts dans la LNH. J’ai pu voir plein de places en Russie, ç’a été une année très intéressante. (Mais) je m’étais dit que s’il y avait une équipe dans la Ligue nationale avec laquelle j’aimerais gagner la coupe (Stanley), ça aurait été avec les Canadiens de Montréal. 

«J’ai fait les démarches pour m’essayer avec le grand-club. J’ai fait le camp et ça n’a pas fonctionné, je n’ai pas fait l’équipe. Je garde de très bons souvenirs. J’ai beaucoup appris. Je sens que je me suis vraiment amélioré en tant que joueur de hockey. [..] Le niveau de pression qu’il y avait pour jouer pour les Canadiens de Montréal est nettement supérieur à n’importe où. Quand j’ai joué à Berlin en finale, les arénas sont pleins, la pression est là, je m’étais dit que j’avais essayé de jouer avec le grand-club des Canadiens de Montréal, je ne ressentais pas la pression. Ç’a été une très bonne expérience pour moi.»

Crédit photo : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Si le joueur d’arrière n’avait pas réussi à faire sa place avec le grand-club, il a tout de même reçu une offre pour œuvrer avec le Rocket à Laval, qu’il a refusée après avoir pris part à cinq parties. Després a refait ses valises et s’est à nouveau envolé pour l’Europe, atterrissant cette fois à Cologne dans la Deutsche Eishockey Liga (DEL), ne désirant plus faire la navette entre la LAH et la LNH.

«Dans mon temps, avec l’organisation des Penguins de Pittsburgh, je pense que j’ai, pendant les trois années de mon contrat d’entrée, été rappelé et cédé 25 fois, s'est remémoré le Québécois. C’est un environnement qui est très difficile mentalement et physiquement. Dans ce temps-là, il y avait trois matchs en trois soirs, le voyagement, c’est très propice à avoir des blessures. Je ne voyais pas un avenir pour moi dans cette ligue. 

«J’avais déjà accompli mon but d’avoir un gros contrat dans la Ligue nationale. J’ai tourné la page sur ce rêve de poursuivre ma carrière dans la Ligue nationale. Je m’étais dit qu'en continuant ma carrière en Europe, que j’allais avoir une plus longue longévité de carrière et une meilleure santé.»

Du gros bonheur

Bien sûr que le Québécois aurait aimé passer plus de temps dans la LNH, mais les choses se sont passées autrement. Il y va maintenant une année à la fois et n'a toujours pas de contrat en poche pour la prochaine saison.

«J’y vais une année à la fois, a souligné le Québécois. J’ai un agent en Europe qui fait des appels pour moi. J’aimerais ça jouer le plus longtemps possible. Si je suis capable de jouer un autre 10 ans, je vais le faire.»

Celui qui a disputé 193 matchs dans le circuit Bettman, amassant 43 points, est très fier de ses accomplissements. S’il n’a pas réussi à soulever la coupe Stanley, le défenseur a toutefois remporté les honneurs en DEL avec les Eisbären de Berlin, qui ont été champions en 2021 et 2022, sans oublier la coupe Memorial, qu’il a portée à bout de bras en 2011 avec les Sea Dogs de Saint John. Il pourra d'ailleurs tenter de mettre la main sur un autre championnat alors que sa formation vient tout juste d’amorcer son parcours en séries éliminatoires.

Crédit photo : Courtoisie / VSV Krammer

«Je ne considère pas que ça n’a pas fonctionné, a philosophé Després. Je suis très satisfait de ma carrière dans la Ligue nationale. Quand j’ai fait partie d’équipes dans la LNH, on était toujours une équipe de première place. La plupart du temps, j’étais un joueur de soutien, particulièrement avec les Penguins. Quand il y avait un joueur blessé, j’étais capable de rentrer et de performer. Je n’ai jamais vraiment eu un rôle régulier avec cette équipe. 

«Ç’a été un parcours de rêve. Des fois, on demande à du monde qui tu aimerais être pour une journée. Je n’aurais pas changé ma vie pour n’importe qui. J’ai vécu une vie de rêve (dans la LNH), (je suis) très privilégié d’avoir vécu ce que j’ai vécu et je suis très fier de ce que j’ai accompli (et) toutes les personnes que j’ai rencontrées en cours de route. C’est une très belle vie.»