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Hockey

Équipe ukrainienne: du cœur de la guerre au Tournoi pee-wee

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Deux joueurs ont vécu sous l’occupation russe à Kherson, d’autres ont dû carrément fuir leur pays et la majorité d’entre eux ont vu leur père partir au combat pour défendre leur liberté : la présence de l’équipe ukrainienne au prochain Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, dans quelques semaines, va bien au-delà du sport.

Quand le Tournoi a annoncé, vendredi, que les 18 joueurs de l’équipe ukrainienne et les entraîneurs avaient obtenu leurs visas et qu’ils participeraient officiellement à la compétition, Sean Bérubé a poussé un soupir de soulagement.

L’histoire a commencé en mars 2022. Installé chez lui, le résident de Saint- Gabriel-de-Valcartier suivait, comme le monde entier, le début de l’invasion russe en Ukraine, un pays cher à ses yeux et où il avait joué au hockey, entre l’âge de 14 et 17 ans.

«Quand j’ai joué là-bas, j’avais été hébergé par mon entraîneur, Volodymyr Razin, et sa femme, Valentyna. Ils venaient de perdre leur fils unique et n’avaient plus personne pour s’occuper d’eux. En mars 2022, quand les tanks russes étaient à environ 15 kilomètres de Kyïv, je leur ai parlé et je les ai convaincus que ce serait à mon tour de les héberger. Il fallait trouver une façon de les sortir du pays», raconte M. Bérubé.

Ce dernier entame aussitôt les démarches et il fait appel à un ancien coéquipier ukrainien, Yevgeny Pysarenko, qui demeure en Roumanie depuis une vingtaine d’années.

«Les files d’attente étaient interminables en Pologne. Je suis donc entré en contact avec lui et il m’a expliqué par où les faire passer et il m’a aidé à les faire sortir de l’Ukraine, par la Roumanie.»

Une bière qui change tout

Une fois les quatre réfugiés sains et saufs, Bérubé et Pysarenko se retrouvent autour d’une bière, dans un hôtel de Bucarest.

«Je lui ai dit que je lui devais une bière pour son aide.»

Mais Pysarenko a autre chose en tête.

«Il m’a dit qu’il voulait que je l’aide à amener une équipe au Tournoi pee-wee. Au départ, il pensait plus à une équipe de Roumanie, mais je lui ai lancé à la blague : “Je viens de sortir des réfugiés d’Ukraine, pourquoi pas une équipe de jeunes réfugiés ukrainiens?”»

L’idée ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, et les choses déboulent par la suite.

Pysarenko réussit, par l’entremise de nombreux contacts en Ukraine et ailleurs, à dénicher des joueurs ukrainiens d’âge pee-wee pour participer au tournoi. Le défi est toutefois de taille puisque si plusieurs d’entre eux ont fui l’Ukraine, d’autres y sont toujours, et leurs pères étant au front, les autorisations sont difficiles à obtenir.

Mais ils y parviennent avec l’aide de Bérubé, de la Fédération de hockey ukrainienne et de l’organisation du Tournoi pee-wee.

Premier contact

Ces jeunes ont eu l’occasion de se retrouver tous ensemble pour la première fois dans le cadre du premier camp d’entraînement. Pour la majorité d’entre eux, il s’agissait de la première fois qu’ils enfilaient des patins depuis que la guerre a éclaté en Ukraine, en février 2022.

«Ça faisait tellement de bien de les voir sourire», se rappelle Pysarenko, joint mardi soir à son domicile de Roumanie.

Une autre réunion est prévue le 28 janvier en Roumanie. L’Ukraine Team Select, comme elle s’appellera au Tournoi pee-wee, prendra part à son dernier camp préparatoire avant de prendre la direction de Québec, le 1er février.

Sean Bérubé y sera. Il aura notamment le mandat d’aller chercher quatre jeunes Ukrainiens dont deux proviennent de Kherson, une ville qui a vécu sous occupation russe pendant plusieurs mois.

«Une mère me disait qu’on devrait peut-être aller les chercher en Ukraine, près de la frontière. Ça ne brasse pas beaucoup dans ce coin, alors on va voir...»

Au-delà des victoires qu’ils pourraient remporter au tournoi, la plus importante sera lorsqu’ils mettront les pieds à Québec, dans un peu moins d’une semaine.

«Participer à ce tournoi, pour ces jeunes, était déjà important même avant la guerre, reconnaît Yevgeny Pysarenko. Pour eux, c’est comme leur Championnat du monde. En ce moment, il y a tellement de mauvaises choses qui se passent chez nous. Les pères de certains joueurs sont au combat en ce moment en Ukraine. De venir à Québec, c’est très important pour ces jeunes. Ce qu’on veut, c’est prouver le caractère de l’Ukraine, que nous sommes un peuple fort et qu’on peut continuer à vivre nos vies malgré la guerre.»

Une relation qui dure depuis 30 ans

La relation entre Sean Bérubé et l’Ukraine ne date pas d’hier et elle est fascinante. Dès son plus jeune âge, il avait développé une fascination pour le hockey soviétique. Il lance même à la blague que son plus grand rêve n’était pas de jouer dans la LNH, mais de représenter un jour l’Armée rouge!

«J’étais un petit joueur et je ne cadrais pas dans le style de hockey nord-américain. Ici, c’était du jeu de corridors et ça jouait physique tandis qu’en Russie, on aurait dit des abeilles qui volaient sur la glace. Je tripais ! Tout le monde le savait. Les gens m’appelaient Bérubov», rigole-t-il.

À 13 ans, il rêvait de jouer au Tournoi pee-wee comme tous les jeunes de son âge, mais son équipe, les Guerriers de Loretteville, ne s’était pas classée.

Des liens étroits

Pour tenter de le consoler, son père avait décidé d’héberger de jeunes pee-wee ukrainiens, du Sokol de Kyïv.

Ils avaient tissé des liens avec les Ukrainiens.

«Ils m’avaient invité à faire une pratique avec eux et j’avais même joué une partie hors-concours avant le début du tournoi. Lors de leur départ, l’interprète de l’équipe avait dit à mon père que si je voulais jouer avec eux l’année suivante, j’étais le bienvenu.»

Et c’est ce qu’il a fait : pendant les trois saisons suivantes, il a quitté quelques mois par année pour l’Ukraine avec son père pour réaliser son rêve de jouer le style «soviétique».

C’est le paternel qui, avec l’aide de son école secondaire, lui faisait l’enseignement à la maison.

Durant son passage en Ukraine, il a aussi eu l’occasion de visiter la Russie. Et l’anecdote qui suit est tout aussi savoureuse que représentative des changements qui se sont opérés en 30 ans.

«Je rêvais de voir Moscou et ma mère d’accueil avait décidé de m’y amener. Par contre, je n’avais pas de visa et on avait pris le passeport ukrainien de mon meilleur ami. On était arrivés aux frontières le soir et elle ne voulait pas que je parle, donc quand les agents me posaient des questions, elle disait que j’avais un retard mental», raconte-t-il en riant.

Connexion

Les liens tissés en Ukraine sont toujours bien présents et le fait qu’il héberge aujourd’hui son entraîneur de l’époque le prouve. Mais ce n’est pas tout.

«Quand j’ai vu la liste des joueurs qui allaient former l’équipe d’Ukraine au tournoi, j’ai reconnu à peu près tous les entraîneurs de leurs équipes respectives. Ce sont presque tous des anciens joueurs qui sont passés par le Tournoi pee-wee à mon époque. Ce tournoi, en Ukraine, est tellement important.»

Et pour aider, il a aussi fait un partenariat avec l’école secondaire Saint-Patrick, où évolue son fils, pour permettre aux Ukrainiens d’établir leurs quartiers généraux au PEPS de l’Université Laval, endroit où s’entraînent les équipes de hockey de Saint-Patrick, avant le début du tournoi.

D’ailleurs, une campagne de sociofinancement sur la plateforme GoFundMe a été créée afin d’aider à couvrir les frais de ce voyage pour l’équipe de l’Ukraine.

Elle peut être trouvée sous le nom de «Hockeyeurs ukrainiens au tournoi de Québec».