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Patrick Chèvrefils, la «police» d’assurance des Panthers

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Dans la vie de tous les jours, Patrick Chèvrefils enfile ses vêtements de policier à Montréal, mais l’instant d’un soir, jeudi, il a revêtu un autre type d’uniforme : celui de gardien de but des Panthers de la Floride.

Travaillant dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et à proximité, il possède une autre corde à son arc, car il se débrouille plutôt bien devant un filet de hockey. Ayant déjà fait connaissance avec des joueurs du Canadien et des Québécois qui évoluent dans la Ligue nationale (LNH), Chèvrefils a vécu un moment qu’il qualifie d’inoubliable au Centre Bell.

Tôt dans le duel gagné au compte de 6 à 2 par les Panthers, le gardien partant Sergei Bobrovsky a quitté la patinoire, aux prises avec une blessure apparente à l’aine, résultant d’un déplacement latéral. Son substitut Alex Lyon a aussitôt pris le relais devant la cage des visiteurs, sauf qu’il fallait une «police» d’assurance dans l’éventualité d’une mésaventure de Lyon. Ainsi, Chèvrefils s’est présenté à l’intérieur du vestiaire de l’équipe pour enfiler son équipement.

Même s’il n’a pu imiter David Ayres, qui a remporté une rencontre pour le compte des Hurricanes de la Caroline le 22 février 2020 à Toronto, l’agent québécois a savouré son expérience, une première pour lui, bien entendu.

«C’était un peu surréel, on passe toute notre vie à souhaiter de se rendre là. Il y a tellement de jeunes qui ne pourront pas s’y retrouver, a-t-il affirmé en entrevue à la chaîne LCN, jeudi avant-midi. Moi, je n’avais jamais rêvé atteindre la LNH. Je n’ai jamais réussi à patiner dans les grosses ligues. J’ai seulement fait des camps d’entraînement, je n’ai pas atteint le midget AAA ou le junior majeur. J’étais tout le temps concentré sur mes études. Mais j’ai continué à garder les buts en travaillant ma technique au complet.»

En fait, son seul regret concerne davantage un absent important à ses yeux.

«On passe à travers beaucoup d’émotions et je pensais juste à mon père. Il est décédé il y a presque quatre ans et j’aurais aimé qu’il me voie, car il a été mon plus grand partisan. Quand j’étais dans les ligues mineures, il n’a jamais raté un seul de mes matchs et il m’a manqué à ce moment-là [hier]. Je suis vraiment heureux d’avoir sa bague proche de moi pour me porter chance», a-t-il souligné.

Un certain vécu qui s’avère utile

Ceux croyant que Chèvrefils aurait été automatiquement pris au dépourvu en étant envoyé dans la mêlée se trompent. D’abord, il est habitué de vivre l’incertitude reliée aux blessures potentielles des gardiens appelés à affronter le Tricolore à Montréal. Disponible pour quelques parties de la saison, il reçoit selon ses dires un message l’avertissant de se présenter au Centre Bell le soir même; parfois, l’appel arrive une heure à peine avant l’affrontement. Il connaît donc bien les allées de l’édifice et la passerelle de presse, sauf que jeudi, il a emprunté un chemin différent en voyant Bobrovsky mal en point.

Ne détenant pas de contrat de la LNH, il a dû demeurer dans la salle du gérant de l’équipement pour regarder le match sur une petite caméra, tout en s’étirant aux 5-10 minutes pour éviter «de me casser une hanche en embarquant sur la patinoire».

«J’ai vu la séquence dans laquelle il s’est levé pour aller au banc. Ça n’avait pas l’air normal, il n’était pas à l’aise. J’ai tout de suite averti l’agence privée que je m’en allais en bas. J’étais déjà rendu au vestiaire quand les responsables des Panthers m’ont demandé de m’habiller», a précisé celui qui entretient des contacts solides avec l’Université Concordia et l’équipementier CCM.

Puis, il faut dire que Chèvrefils a une bonne idée de la qualité des hockeyeurs de la LNH.

«Pendant le dernier lock-out complet de la LNH, j’ai fait plusieurs pratiques avec les joueurs du Canadien et les Québécois étant demeurés à Montréal durant ce temps-là. J’ai affronté de nombreux tirs et participé à quelques entraînements. Je sais à quoi m’attendre. Le monde ne peut réaliser à quel point que dans les pratiques, j’ai l’air d’un gars capable d’arrêter des rondelles et de bien performer. Sauf que la différence entre un gars de ligue de garage et un joueur de la LNH, c’est l’exécution. Ils sont capables de passer à un autre niveau», a-t-il expliqué.

«Je n’ose pas penser à comment j’aurais performé, mais j’avais une certaine confiance. Il n’y avait personne qui s’attendait à ce que je réussisse un blanchissage. Je voulais juste aider l’équipe», a-t-il poursuivi.