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Canadiens de Montréal

Salut Gino!

Salut Gino!

Michel Therrien

Publié 19 janvier
Mis à jour 19 janvier

C’est avec le cœur gros que j’écris cette chronique. Lorsque j’ai accepté le mandat de TVA Sports, jamais je n’aurais pensé que j’allais devoir parler du départ précipité de Gino Odjick, une personne proche de moi que j’appréciais énormément.

C’est difficile parce que c’est un ami personnel avec qui j’entretenais une relation depuis longtemps. J’ai connu Gino au début des années 90 alors que j’étais l’adjoint de Bob Hartley avec le Titan de Laval. Il ne jouait plus avec l’équipe, mais il s’entraînait avec nous avant de participer à son premier camp professionnel avec les Canucks de Vancouver. 

Son parcours pour atteindre la LNH est unique. C’est Bob qui lui a donné sa première chance alors qu’il dirigeait les Hawks de Hawkesbury. Pour vous donner une idée à quel point Gino était dédié au hockey, il faisait du pouce d’Ottawa à Hawkesbury pour se rendre aux entraînements. Il devait faire des allers-retours entre les deux villes parce qu’il allait à l’école des métiers. C’est rare que tu vois ça à un aussi jeune âge.

Bob l’a ensuite recommandé à Jean-Claude Morrissette, le directeur général du Titan. Toute la famille Morrissette a tellement de bonnes choses à dire du passage de Gino à Laval. Il n’a laissé personne indifférent. C’était un grand leader. 

C’est un autre de mes anciens joueurs, Donald Audette, qui m’a annoncé la terrible nouvelle, dimanche, avant que ça sorte publiquement. Audette et Odjick étaient comme des frères. 

J’ai été profondément touché d’apprendre son décès, à 52 ans seulement. J’aimerais d’ailleurs offrir mes condoléances à toute sa famille et à ses proches. 

Un homme de cœur 

Gino était une personne remplie de qualités. Sa plus grande est certainement sa loyauté. Lorsqu’il se battait, c’était toujours pour défendre ses coéquipiers. C’était un joueur très respecté dans le vestiaire et très craint par ses adversaires. 

C’était un homme de cœur qui aimait s’occuper de tout le monde autour de lui. Je me considère privilégié d’avoir croisé sa route. J’ai appris beaucoup de lui. 

En 2014, Donald m’a appelé pour me dire que Gino était atteint d’une maladie incurable au cœur et qu’il lui restait juste six mois à vivre. Dès qu’on a su ça, on est allé le voir dans un hôpital d’Ottawa, où il était entouré des membres de sa famille. 

Je me souviens qu’il m’a dit : «Les médecins pensent qu’il me reste six mois à vivre, mais tu vas voir, Mike, tu me connais, je vais me battre jusqu’au bout». Et il a eu raison, il a déjoué les pronostics en prolongeant sa vie de quelques années. 

Malgré tout, ç’a été un choc d’apprendre sa mort. Je ne m’y attendais pas. 

La dernière fois que je l’ai vu de son vivant, c’était au repêchage de la LNH à Vancouver en 2019, alors que je travaillais pour les Flyers de Philadelphie. J’étais allé dîner avec lui. 

Nous avons toujours gardé contact. Nous nous donnions des nouvelles à l’occasion. 

Chaque fois que j’allais à Vancouver avec les Canadiens, on passait du bon temps ensemble. Il assistait assidûment aux entraînements matinaux d’avant-match, accompagné du chef de sa communauté et d’enfants qui rêvaient de rencontrer leur idole, Carey Price. Comme Carey, Gino était très fier de ses origines autochtones. 

Gino faisait tellement de choses positives en dehors de la glace, sans que les médias ou le public ne le sachent. Il faisait juste ça de bon cœur, c’était naturel pour lui. 

Jusqu’à la fin, il suivait de près tout ce qui se passait dans la LNH. Comme c’était quelqu’un de très intelligent, il avait toujours de bonnes analyses. 

Je vais également m’ennuyer de son grand sens de l’humour. 

Salut Gino! Tu vas terriblement nous manquer. 

Un mal pour un bien 

Parlons maintenant de l’actualité chez les Canadiens. Comme le dit l’expression, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ça s’applique bien à la situation devant le filet.

Malheureusement, Jake Allen est sur le carreau présentement. C’est un peu l’historique de sa carrière : lorsqu’il est beaucoup utilisé, comme c’est le cas depuis le début de la saison, il a tendance à se blesser. 

En son absence, Samuel Montembeault a pris la relève de façon fantastique. Le Québécois a su saisir sa chance de se faire valoir. 

D’ailleurs, c’est souvent quand un joueur tombe au combat et que son remplaçant performe qu’il parvient à se tailler une place. Si continue Montembeault comme ça, on pourrait même voir un système d’alternance s’implanter au retour d’Allen. 

Depuis qu’il est devenu le gardien numéro un du CH, il a l’air confiant et offre de solides performances soir après soir. C’était un défi de taille, mais il a prouvé qu’il était prêt mentalement à le relever. 

On voit qu’il a gagné en maturité. Ça prend toujours un certain temps avec les gardiens, c’est un processus normal.

Dommage pour Slafkovsky

Autre mauvaise nouvelle : Juraj Slafkovsky ratera trois mois en raison d’une blessure au bas du corps, ce qui signifie que sa saison est pratiquement terminée.

C’est malheureux puisque c’était une année très importante pour son développement. Les jeunes de 18 ans comme lui ont besoin de jouer pour pouvoir s’améliorer. 

Ce n’était clairement pas le plan de l’équipe. C’est dommage pour Slafkovksy, qui jouait du bon hockey dernièrement. Il semblait plus à l’aise sur la patinoire. On sentait qu’il prenait son envol même si les points ne suivaient pas.

On le sait, c’est difficile autant mentalement que physiquement de faire le saut dans la LNH à 18 ans, à moins d’être un joueur exceptionnel. 

Espérons que sa blessure guérisse bien et qu’il soit en pleine forme pour amorcer sa deuxième saison chez les professionnels. Le CH a besoin de lui pour l’aider dans sa reconstruction. 

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Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM