CF Montréal

«Nous avons manqué de sensibilité» -Gervais

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Malgré les « actes inacceptables » commis par Sandro Grande, le CF Montréal avait choisi de le nommer entraîneur de l’équipe réserve, tard lundi soir. Une erreur qu’a reconnue mardi le président Gabriel Gervais, expliquant que le club avait été aveuglé par la volonté de lui donner «une deuxième chance».

Moins de 24 heures après l’annonce controversée, le CF Montréal a fait marche arrière, coupant les ponts avec Grande, qui avait «souhaité» la mort de Pauline Marois et insulté les souverainistes.

«L’embauche de Sandro Grande avait été faite de bonne foi, a assuré mardi Gervais. La décision avait été motivée par ses excellentes compétences techniques, ses relations professionnelles et l’expérience et la maturité qui ont été acquises au cours des 10 dernières années. Notre jugement a été altéré par notre volonté de donner à Sandro Grande une deuxième chance. Force est d’admettre aujourd’hui que ce fut une erreur.»

«De toute évidence, nous avons manqué de sensibilité et largement sous-estimé la portée des propos tenus par Sandro Grande et les gestes qu’il a commis il y a plusieurs années», a ajouté le président et chef de la direction du Bleu-blanc-noir.

L’attentat du Métropolis

À la suite de l’attentat du Métropolis en 2012, qui a fait un mort et un blessé grave, après l’élection de Pauline Marois, il était possible de lire ce message en anglais sur le compte Twitter de l’ancien joueur de l’Impact, aujourd’hui le CF Montréal : «La seule erreur que le tireur a commise la nuit dernière, c’est de rater sa cible ! Marois ! La prochaine fois mon gars ! J’espère !»

Grande avait soutenu que son compte avait été piraté – ce que Gervais n’a pas endossé mardi –, mais il avait reconnu avoir écrit sur Facebook que les souverainistes étaient des «hillbillies [habitants]» et que les «séparatistes sont si stupides que c’est inimaginable».

Mme Marois «bouleversée»

Rapidement après l’annonce du retour de Grande au sein de la famille du CF Montréal dans un communiqué où le Montréalais de 45 ans s’excusait, la classe politique s’est insurgée, le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, en tête.

Tous les principaux partis étaient unanimes et ont qualifié cette embauche «d’inacceptable», de «manque de respect» et de «jugement», ainsi que de «malaisant», tout en demandant des excuses à l’endroit de Pauline Marois.

Cette dernière a d’ailleurs été « bouleversée » par les derniers événements, selon ce que son adjointe a indiqué à notre Bureau parlementaire.

C’est donc sans surprise que le premier ministre François Legault a salué la décision de mardi du CF Montréal.

«Cette histoire doit nous rappeler l’importance de ne jamais banaliser l’attentat du Métropolis survenu en septembre 2012», a-t-il déclaré sur Twitter.

«Nous tenons à présenter nos plus sincères excuses à Mme Pauline Marois, l’ex-première ministre du Québec, aux partis politiques, aux membres du Parti Québécois, à nos partenaires, nos partisans et à tous les Québécois qui ont été choqués», a tenu à dire Gervais, qui s’est présenté seul devant les médias mardi.

Saputo savait

La sélection a été réalisée par un comité et le propriétaire Joey Saputo était au courant et d’accord avec cette embauche. Mais le président prend l’entière responsabilité de cette décision.

«On était conscient des actes inacceptables de Sandro Grande d’il y a 10 ans. Mais nous, ce qu’on a vu dans Sandro comme candidat, c’était les dernières années, les bonnes choses qu’il a faites, la maturité qu’il a gagnée», a mentionné Gervais, ajoutant que l’organisation avait obtenu de bonnes références du Collège Montmorency et du FC Laval, où avait récemment travaillé Grande, et précisant que son ex-coéquipier avait la confiance des parents et des joueurs.

«On s’attendait à avoir des gens mécontents, mais pas de l’ampleur que ça s’est matérialisé», a-t-il poursuivi.

Autre faux pas

Ce n’est pas la première fois que la confiance des partisans et des commanditaires de l’équipe est ébranlée au cours des dernières années. Le nom et le logo ont été changés malgré le mécontentement de nombreux amateurs et un groupe de supporteurs a été expulsé du stade Saputo. Bien que le club ait mis un baume sur les plaies, des cicatrices demeurent.

Et concernant l’aspect soccer, difficile de passer à côté du départ de l’entraîneur Wilfried Nancy, que le CF Montréal n’a pas été en mesure de retenir.

«On ne veut pas faire des drames constamment, a assuré Gervais. Mais on comprend très bien l’étendue et la sévérité de l’erreur qu’on a commise. On va travailler très, très fort pour rétablir cette confiance avec vous [les médias], avec nos partisans, avec nos commanditaires. [...] Le 30e anniversaire du club, croyez-moi, ce n’est pas comme ça qu’on prévoyait le commencer.»

Une leçon

C’est donc un apprentissage accéléré que vit Gervais, nommé à la fin mars au poste de président du onze montréalais.

«Avant de donner une deuxième chance à quelqu’un, on va y penser 2-3 fois, a-t-il lancé. Puis, on va se défier davantage, avoir cette rigueur professionnelle et surtout se mettre dans les souliers de la communauté, démontrer plus d’empathie.«

-Initialement nommé adjoint à Sandro Grande, Patrick Viollat sera l’entraîneur de l’équipe réserve du CF Montréal.

– Avec Patrick Bellerose, Bureau parlementaire