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Coupe du monde 2022

Le Canada conclut son Mondial avec une défaite

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C’est la tête haute que le Canada a terminé son parcours à la Coupe du monde de soccer, même s’il a subi une troisième défaite en autant de matchs, 2 à 1 contre le Maroc, jeudi.

Ils se sont relevés avec aplomb d’une première demie difficile pour passer presque toute la deuxième demie à l’intérieur du territoire marocain dans l’espoir de grappiller le premier point de leur histoire au Mondial. On a eu droit à une démonstration de cœur et de passion de la part des Rouges.

Les Canadiens ont très mal amorcé la rencontre en offrant un but en cadeau à Hakim Ziyech dès la quatrième minute et le Maroc a continué de dominer le jeu pour doubler son avance sur un but de Youssef En-Nesyri à la 23e minute.

Les Canadiens ont fini par reprendre du poil de la bête et ont bien terminé l’engagement, réduisant même l’écart de moitié quand un tir de Sam Adekugbe a dévié sur le défenseur Nayef Aguerd, qui a été crédité d’un but contre son camp à la 40e minute. C’était un signe avant-coureur de ce qui s’en venait.

Tout donné

Les Rouges sont sortis du vestiaire comme des chiens enragés pour amorcer la seconde demie pendant que les Marocains se repliaient profondément dans leur territoire la plupart du temps.

Ils ont pressé sans arrêt et un triple changement de John Herdman, qui a fait entrer Atiba Hutchinson, Ismaël Koné et Jonathan David à l’heure de jeu, a amplifié l’effort canadien.

Dans les 45 dernières minutes, ils ont vraiment tout donné pour aller chercher au moins un point, sans y parvenir.

Et ça y était presque quand une tête de Hutchinson a frappé la transversale pour tomber directement sur la ligne des buts à la 71e. Le vétéran, qui a sans doute disputé ses dernières minutes avec l’équipe nationale, aurait créé l’égalité avec cette ressuscitée.

But horrible

Le Canada a connu un départ catastrophique quand une énorme bourde de Milan Borjan a offert un but en cadeau aux Marocains.

On n’a pas l’habitude de passer plusieurs paragraphes à analyser un but, mais celui-ci vaut la peine qu’on s’y attarde.

Tout commence par Steven Vitoria, trop lent, qui sent le souffle de son adversaire marocain dans son cou et qui fait donc une remise vers son gardien. Mais celle-ci est très molle.

Borjan se retrouve donc dans une situation où il doit sortir de son filet pour aller chercher le ballon avant qu’un Marocain l’atteigne avant lui. Sauf que le gardien canadien dégage très mal la balle, qui se retrouve sur le pied de Hakim Ziyech.

Comme Borjan se trouve à l’extérieur de sa surface, Ziyech n’a qu’à lober le ballon dans le but canadien.

Lenteur et milieu

La première demie a été difficile pour les Rouges et nous a rappelé que la défensive était fragile.

Vitoria et Kamal Miller, notamment, se sont souvent fait prendre sur des longs ballons aériens. La défense était le maillon faible de l’équipe avant le tournoi et on en a eu la confirmation sur les deux derniers matchs.

L’autre talon d’Achille de l’équipe se trouve en milieu de terrain. En l’absence de Stephen Eustaquio, le meilleur milieu de l’équipe qui était blessé, les Marocains se sont amusés aux dépens des Canadiens en première demie.

Ce n’est pas Mark-Anthony Kaye, un joueur moyen en MLS, qui allait changer les choses en remplacement d’Eustaquio. À ses côtés, son coéquipier du Toronto FC Jonathan Osorio n’a pas connu une soirée plus facile.

Ironie

La vie est faite de moments d’ironie et ce match en était un parfait exemple si on en cherchait un.

Pourquoi? On vous explique et vous allez tout comprendre.

La seule participation du Canada à la Coupe du monde avant celle-ci remontait à 1986.

Le Maroc, lui, n’avait atteint les huitièmes de finale qu’une seule fois dans son histoire avant 2022. Et c’était quand? Au Mexique en 1986.

Et c’est en battant le Canada que le Maroc a assuré sa place au prochain tour. On ne veut pas abuser de la formule, mais «toute est dans toute».

Une expérience pour apprendre

Le Canada a subi trois revers en autant de matchs à la Coupe du monde, mais il repart avec deux buts et une tonne d’expérience.

«Nous aurions aimé être ici plus longtemps, nous avons apprécié l’aventure, a convenu John Herdman en conférence de presse. Nous avons joué sans peur et nous avons eu quelque chose à célébrer dans chacun des trois matchs. Ç’a été toute une expérience !»

Jonathan David n’a pas hésité à le dire, l’équipe en a appris sur elle-même dans les moments les plus importants.

«C’est plus une expérience pour apprendre et pour grandir parce qu’à certains moments on joue très bien, on se crée beaucoup d’opportunités, mais après on n’arrive pas à marquer aux moments clés.

«C’est un pas de géant pour le pays parce qu’on n’avait pas été présents en 36 ans, on a gagné de l’expérience. Mais j’aurais espéré que l’on connaisse un meilleur tournoi. C’est de l’expérience et on va en sortir grandis», a jouté le jeune Ottavien.

Réduire l’écart

Le Canada a montré qu’il pouvait être au sommet de la CONCACAF, mais ce n’est pas la confédération de foot la plus forte.

Steven Vitoria en est conscient et il a reconnu que l’un des objectifs de l’équipe était de se mesurer par rapport aux meilleures nations dans le monde.

«Nous sommes venus ici pour réduire l’écart avec les meilleurs au monde et je crois que c’est ce que nous avons fait.

«Je suis fier de dire que nous quittons cette Coupe du monde plus forts que quand nous sommes arrivés. Cette expérience va rapporter des dividendes au groupe.»

Proche

Jonathan Osorio a tenu un discours similaire au vétéran défenseur en précisant que le pays est plus proche des meilleurs qu’on le croit.

«L’écart en qualité n’est pas très grand, mais nous devons certainement nous améliorer, nous le savons.

«Nous savons également que dans quatre ans, le niveau de cette équipe sera beaucoup plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui. C’est la lancée qui va propulser cette équipe vers 2026.»

Il faut maintenant mettre les bottes de travail et retourner à la table à dessin pour corriger tout ce qui doit l’être, croit Osorio.

«Nous devons nous améliorer dans tous les aspects du jeu. Nous avons joué contre des joueurs de niveau mondial et nous ne sommes pas loin. On ne s’est pas fait sortir du terrain.»

Objectif 2026

Chez les Canadiens, on est déjà tourné vers 2026 en sachant que le tournoi sera présenté en partie au Canada.

«Bien sûr que c’est excitant parce qu’on sait que ça sera à la maison, souligne Jonathan David. On sait qu’il n’y a rien de mieux que jouer une Coupe du monde à la maison.

«Mais elle est loin maintenant, elle est à quatre ans. Pendant ces années, on va essayer de progresser en tant qu’équipe et de devenir meilleur pour être prêt pour cette Coupe du monde.»

David Wotherspoon croit que la jeunesse de l’équipe va jouer en sa faveur au cours des quatre prochaines années.

«On a une équipe jeune et talentueuse et on a démontré ce qui peut être réalisé. Je suis sûr que les jeunes à la maison seront prêts à faire le boulot parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver dans un tournoi comme ça.»

Un but qui fait mal

Un petit mot sur le match quand même. Il a bien mal commencé avec ce but marocain très tôt, résultat d’une mauvaise remise de Steven Vitoria vers Milan Borjan dont la sortie et la passe qui ont suivi ont été encore plus mauvaises.

«Ce but m’a rongé pendant tout le match parce que ce n’est pas mon genre. Ce n’était pas ma journée et je veux dire à tous les partisans canadiens que je suis désolé.»

Vitoria ne voulait toutefois pas que son gardien prenne seul la responsabilité.

«Ce n’est pas comme ça que nous voulions commencer ce troisième match. On sait qu’il y avait de grandes attentes à notre endroit. Ce n’est pas une erreur du gardien, c’est une erreur pour tout le monde. On ne pointe personne du doigt.»