LNH

Le mystère Cam York, celui qui a été choisi un rang avant Cole Caufield

Publié | Mis à jour

En 2019, huit patineurs issus du Programme national de développement américain ont trouvé preneur au premier tour du repêchage, cuvée qui s’est entamée avec la sélection de Jack Hughes. 

Vers la mi-séance, les Flyers de Philadelphie ont reculé de trois rangs à la suite d'une transaction avec les Coyotes de l'Arizona. Après les sélections de Matthew Boldy (12e, Minnesota) et Spencer Knight (13e, Floride), la concession de la Pennsylvanie ciblait un défenseur gaucher doté d’un talent offensif qui faisait rêver l’organisation : Cam York. Ce que certains retiendront surtout de cette décision, c’est que son ami Cole Caufield était toujours en attente de sa destinée dans les gradins à ce moment-là. Les Canadiens de Montréal s’en frottaient les mains au 15e rang. 

• À lire aussi: Caufield: les Flyers se sont rapidement remis en question, selon Michel Therrien

Trois ans plus tard, les deux anciens coéquipiers du Programme national américain ont des parcours professionnels à l’opposé. Pendant que le meilleur attaquant issu du premier tour d’un encan de l’ère Marc Bergevin-Trevor Timmins s'épanouit et soulève la foule montréalaise, l’autre espère un appel du grand club. Les partisans de l'Orange et noir aussi l'attendent.

Patineur le plus productif des Phantoms de Lehigh Valley avec neuf points en 11 matchs, le Californien surfe sur une séquence de cinq points en trois parties dans la Ligue américaine, où les décideurs des Flyers l’ont rétrogradé après un camp d’entraînement décevant – surtout aux yeux de John Tortorella. 

York et Caufield : ne pas comparer

Évidemment, York n’est pas Caufield et le fait de jouer à la défense fait avorter le jeu des comparaisons, comme l’insiste son entraîneur-chef. 

«Les défenseurs prennent plus de temps à se développer, a rappelé Ian Laperrière lors d’un entretien téléphonique avec le TVASports.ca. Cole a compté des buts toute sa vie. J’en ai vus, des joueurs comme ça, mais la question est à savoir s’il va continuer pendant 82 matchs. 

«Beaucoup de gens ont douté de Caufield toute sa carrière. J’en étais un. Il y a encore des doutes sur lui. On verra s’il continue de marquer pendant 82 matchs», déclare-t-il en lui accordant du mérite néanmoins.

«Il fait ce qui est le plus difficile à accomplir dans la Ligue nationale : marquer des buts.»

Laperrière, dont le franc-parler est toujours aussi cru, dit entendre les comparaisons de York à Caufield «seulement qu’au Québec» et trouve nécessaire de défendre son protégé, à ce stade-ci de sa progression. 

Il n’est évidemment pas en accord avec les propos récents de son ancien collègue Michel Therrien, à savoir que les Flyers regrettent leur sélection.

«C’est un défenseur de 21 ans. Ça peut prendre cinq ou six ans pour arriver à maturité. "Yorkie" a connu un camp ordinaire et il sera le premier à le dire, laisse entendre le sympathique instructeur. Ce que l’organisation veut de lui, ce n’est pas de créer de l’offensive en faisant n’importe quoi. On veut qu’il soit plus engagé défensivement. Quand il retourne dans son territoire pour prendre la rondelle, par exemple. On veut qu’il développe la notoriété d’un joueur de la LNH. 

Crédit photo : AFP

«La vérité est qu’il y en avait d’autres devant lui au camp et la meilleure affaire qui puisse lui arriver, c’est de jouer pour moi. Il obtient de grosses minutes, pas des sept minutes comme s’il était dans la LNH. Avec nous, il joue en avantage numérique, en désavantage et à cinq contre cinq. Les mineures, c’est fait pour ça.»

À savoir lequel de ses joueurs est le plus près du circuit Bettman, Laperrière ne s’avance pas.

«Aucun. Je travaille à développer les gars pour jouer dans la LNH. Pas pour qu’ils y passent cinq matchs avant d’être retournés ici. C’est facile de jouer cinq matchs sur l’adrénaline, mais ce n’est pas ça, la LNH. Mon but, c’est qu’ils partent et qu’on ne les revoit plus après.» 

York veut sa chance

Si Tortorella, Laperrière et le directeur général Chuck Fletcher voient d’un bon œil le plan de faire jouer York dans la Ligue américaine, le principal intéressé fait son possible pour donner raison aux Flyers d’avoir jeté leur dévolu sur lui. 

Même avec la blessure du vétéran Ryan Ellis, son compteur dans la LNH stagne à 33 matchs. 

«C’est contrariant, sans doute, a admis York dans un entretien récent avec le TVA Sports.ca. Je suis un gars décontracté. Si quelqu’un dit de mauvaises choses sur mon jeu ou s’il y en a qui me demandent de changer, j’ai confiance en mes moyens. Je ne m’en fais pas avec tout. Je continue de faire mon bout de chemin. Si je me fais rappeler, je vais bien me débrouiller.»

C’est justement ce trait de caractère que Tortorella aimerait voir changer chez York. Si son potentiel et son coffre à outils font de lui un projet prometteur, la haute direction veut qu’il ait plus de hargne et de caractère dans son jeu.

Laperrière, qui a porté les couleurs des Kings de Los Angeles de 1996 à 2004, souligne que les Californiens sont naturellement plus «relaxes» que la moyenne et que ce trait de caractère peut laisser croire qu’ils se traînent les pieds: «il a grandi à la plage. Il est plus décontracté. On ne peut pas lui dire d’être trop intense, ça serait "fake". On ne lui demandera pas d’être quelqu’un d’autre», explique-t-il. 

«C’est sûr que je ressens un peu de cette pression, admet candidement York. J’essaie de ne pas y penser. J’essaie de m’améliorer et rien d’autre ne m’importe à l’extérieur cet objectif.»

York avoue aussi que la décision de le retrancher a été dure pour son moral après avoir cru en ses chances de percer la formation des Flyers.

«Ce ne sont pas des nouvelles que tu veux entendre. Je ne pleure pas sur mon sort, je me mets au travail pour remonter dès que possible. Je vais continuer de faire ce qu’on me demande et on verra ce qui arrivera.»

Qu’est-ce qu’on lui a demandé de peaufiner à l’annonce de sa rétrogradation au juste?

«Ils veulent que les jeux viennent à moi et que je sois plus agressif. Je dois contribuer à l’offensive et freiner davantage de jeux sur le plan défensif. Je fais bien les choses jusqu’ici cette année. Je dois travailler ces choses pour mériter un rappel.»

Dans le même bateau que Justin Barron

Le cas de York ressemble en quelque sorte à celui de Justin Barron, qu’il a affronté deux fois au cours des 10 derniers jours. Attendu avec optimisme au camp, l’arrière acadien a été inconstant dans ses performances en calendrier préparatoire et il prend du galon à Laval après avoir vécu une certaine déception face à sa rétrogradation. 

En revanche, si la décision du CH était prévisible à l’égard de Barron, celle qui attendait York a causé une certaine surprise à Philly.

«C’est difficile à digérer sur le coup, confie York. À mesure que les jours passent, tu réalises que tu dois continuer de travailler pour percer chez les professionnels. Ce n’est pas la fin du monde si t’as la bonne attitude et que tu travailles chaque jour. 

«Barron est un bon joueur. La défense est une position difficile. Tu passes beaucoup de minutes à affronter les meilleurs joueurs, les bons fabricants de jeu. Avec la bonne mentalité, tu tires ton épingle du jeu», analyse celui qui a cueilli samedi, à Lehigh Valley, un quatrième point en deux matchs contre le Rocket cette saison.

Crédit photo : AFP

Lorsque les Phantoms étaient de passage à Laval, le 5 novembre, York n’a pas pu voir la performance électrisante de Caufield face aux Golden Knights de Vegas, faute de temps. En attendant de pouvoir l’affronter, il suit avec émerveillement ses prouesses : «je le texte souvent quand je vois les jeux qu'il a faits dans un match. Je lui dis "bon match". Il a beau talent et c'est un bon ami.» 

Lors de ce périple chez le club-école des Canadiens, c’est surtout le domicile du Rocket qui a retenu son attention. Il a mis fin à la rencontre avec un but en prolongation.

«C’était un match amusant (à Laval). Cet amphithéâtre est vraiment cool! C’est bien d’avoir une atmosphère qui ressemble celle à la LNH avec la musique et l’animation. C’est différent des autres arénas où on joue. Les partisans connaissent vraiment le hockey là-bas.»

Laperrière a aussi apprécié l’unique visite de l’année de sa troupe dans la ville du Cosmodôme. L’homme de 48 ans a d’ailleurs amorcé la conversation avec l’auteur de ces lignes en faisant l’éloge de la Place Bell.

«C’est incroyable comme endroit. Il y a de quoi être fier d’être Québécois quand tu vois ça, s’exclame-t-il. La musique est un peu forte, mais c’est peut-être parce que je suis vieux! 

«C’est mieux que de m’entendre crier au moins!», s’esclaffe-t-il.

__________________________ 

Le double défi de Ian Laperrière

Cam York est l’un des espoirs que Ian Laperrière a la mission de développer chez les Phantoms, à sa deuxième saison comme entraîneur-chef dans la Ligue américaine. Dans ce circuit, il vit avec un double défi au quotidien.

Celui qui a disputé 1083 matchs dans la LNH sur près de 16 saisons doit se consacrer à l’enseignement, mais les propriétaires de la concession, qui ne sont pas les mêmes que les Flyers, veulent aussi des résultats sur la glace.

«Les propriétaires veulent gagner. Ils veulent remplir les gradins. Les Flyers veulent que je développe les jeunes. J’essaie de faire plaisir aux deux. J’ai cinq joueurs de première année sur mon avantage numérique... cinq! Il n’y a pas beaucoup d’équipes qui vivent ça.

«C’est mon job et je le savais en acceptant le poste. Il faut rapporter des victoires aux proprios et développer les jeunes, comme on le fait avec York.»

Comme plusieurs instructeurs modernes, la psychologie prend une place importante dans l’approche de Laperrière. Pas question de crier à tue-tête ou de fracasser des bâtons dans le vestiaire comme le faisait Mike Keenan à l’époque «pour aller chercher de l’émotion». Autre temps, autres mœurs.

Crédit photo : Phantoms de Lehigh Valley

«Je ne suis pas confortable d’être trop dur avec mes joueurs, car ça ne fonctionne pas. Ils vont s’effondrer, donc je veux trouver d’autres façons que de faire des Keenan de moi-même. Il y a d’autres façons d’approcher ça. On a un beau système, il faut que tu y amènes de la passion.»

Laperrière cite un modèle sur lequel il moule son style : «J’ai ben aimé Craig Berube. Lui, il aime être franc avec ses joueurs. J’essaie aussi d’être franc. Moi, quand je jouais, je n’aimais pas quand un entraîneur nous racontait de la bullshit et pensait qu’on ne savait pas ce qu’il nous disait était faux.»

York dit apprécier le style et l’honnêteté de son pilote.

«C’est un entraîneur agréable. On apprend beaucoup avec lui et à mesure que la saison avance, on devient de mieux en mieux.

«Il n’y a rien de facile avec "Lappy". Pendant les entraînements comme en gymnase, tu dois donner ton 100% avec lui. Sinon, il ne sera pas impressionné.»