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Tennis

Auger-Aliassime se paie Nadal

Publié | Mis à jour

Après Roger Federer et Novak Djokovic, Félix Auger-Aliassime s’est offert mardi un autre «monstre sacré» du tennis, l’Espagnol Rafael Nadal, qu’il a vaincu en deux petites manches de 6-3 et 6-4 à la finale de l’ATP, disputée à Turin. 

Une fierté, assurément, pour le cinquième favori de ce championnat de fin de saison, qui réunit les huit meilleurs joueurs de l’année. Une victoire que Félix a qualifiée de «spéciale», en conférence de presse : «Elle me donne beaucoup de confiance», a-t-il reconnu. Toujours vivant 

Mais ce n’est pas uniquement la nature de l’adversaire qui rend ce triomphe aussi unique.

En défaisant «Rafa», détenteur d’un record de 22 titres majeurs, Auger-Aliassime s’assurait aussi de rester vivant dans ce tournoi, avec une fiche d’un gain et un revers, ce dernier encaissé contre le Norvégien Casper Ruud, dimanche.

Une fiche de 0-2 aurait pratiquement anéanti ses espoirs de qualification pour les demi-finales, dans ce tournoi à la ronde. Il jouera son dernier match de la phase des groupes jeudi, contre Taylor Fritz.

«C’est bien de pouvoir dire que je l’ai enfin battu [après deux défaites, dont une à Roland-Garros cette année], a pointé Félix. En plus, je l’ai battu ici, ce qui n’est pas comme si je l’avais vaincu dans un plus petit tournoi.»

«C’était aussi une victoire importante pour moi, car elle me permet de rester en lice dans cet événement et de continuer [à y croire]», a ajouté le sixième mondial.

Juste un tout petit doute

Si ce triomphe lui donne confiance pour la suite, Félix était déjà gonflé à bloc quand il est entré sur le central du Pala Alpitour, en milieu d’après-midi, heure de Turin.

Lui aussi avait vu la performance du favori face à Fritz, dimanche. Une défaite de 7-6 (3) et 6-1, au terme de laquelle l’Espagnol avait reconnu qu’il n’était pas au meilleur de sa forme, lui qui a peu joué dernièrement et qui peine davantage sur les surfaces très rapides.

Mais bien sûr, «Rafa» étant «Rafa», il subsistait un petit doute dans son esprit. Et si jamais c’était le Nadal des beaux jours qu’il devait affronter, dans cette rencontre cruciale ?

«Quand vous vous apprêtez à jouer contre un gars comme lui, vous ne savez jamais, a relevé Auger-Aliassime. Vous vous dites : “Qu’est-ce qui va se passer s’il joue de façon exceptionnelle, ou si je ne suis pas à mon meilleur, que ça ne fonctionne pas pour moi ?” Il y a toujours une certaine incertitude.»

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Nadal s’écroule

Mais Félix avait raison d’être en confiance. Certes, le Québécois n’a pas amorcé le match en force. Dès la première partie, il a dû effacer deux balles de bris. L’une avec un service gagnant, l’autre sur un retour raté de Nadal.

Le même scénario s’est produit au septième jeu. Et encore là, «le taureau de Manacor» n’a pas su en profiter.

Cette incapacité à concrétiser les occasions de bris que lui offrait Auger-Aliassime a finalement coulé Nadal. Car «FAA», lui, n’a pas raté les siennes. Il a brisé l’Espagnol de 36 ans dès sa première occasion, au jeu suivant.

Une partie au service étrange de «Rafa», qui menait 40-0 avant de multiplier les bourdes.

«J’ai senti qu’à un moment, il a perdu un peu confiance en ses coups, a analysé le Québécois. On jouait bien tous les deux, on servait bien, puis à un moment donné, il fait deux doubles fautes, puis une faute dans le filet.»

Il a saisi l’occasion

La deuxième manche a été un copier-coller de la première. Cette fois, c’est au cinquième jeu que le deuxième mondial a craqué, encore après avoir pris l’avance dans la partie.

Félix semblait avoir Rafael dans les câbles, mais la tension sur le terrain demeurait palpable. En fin de rencontre, Auger-Aliassime a levé un poing de conquérant quand un retour de Nadal a atterri hors des lignes.

Dans son box, son entraîneur Frédéric Fontang faisait de même. Et Toni Nadal, à la fois conseiller du Québécois et oncle de Nadal, qui s’était promis de rester neutre dans cette rencontre, applaudissait discrètement.

«C’était une occasion à saisir [mardi], avec lui qui n’est pas au meilleur niveau par rapport à ce qu’il a présenté dans sa carrière et moi qui joue plutôt bien dernièrement. Donc je suis content d’avoir gagné ce match», a souri Félix.

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«UNE REVANCHE SUR MOI-MÊME» 

Le dernier affrontement entre Félix Auger-Aliassime et Rafael Nadal remontait à juin, sur le Philippe-Chatrier, le central de Roland-Garros, qui est aussi le terrain de jeu préféré de l’Espagnol, lui qui y a remporté le titre 14 fois.

Cette rencontre de ronde des 16 à l’allure inégale entre «l’ogre de l’ocre» et un joueur qui, avant cette année, n’avait jamais remporté un seul match à Paris s’était finalement transformée en un marathon. Un marathon que Félix a perdu en cinq manches serrées.

«J’avais une revanche sur moi-même à prendre [mardi], par rapport à cette rencontre que j’avais perdue de peu», a expliqué Félix.

Cette première réussite face à Nadal restera à jamais «un très bel accomplissement», a-t-il assuré. «C’est un match dont je vais me souvenir très longtemps», a déclaré le Québécois.

Sa préférée contre Djokovic

Mais, à ce jour, sa plus belle victoire contre l’un des membres du big three est celle qui fut obtenue aux dépens du Serbe Novak Djokovic à la Coupe Laver, une compétition par équipes qui était disputée à Londres cette année, en septembre.

«Quand j’ai battu Roger Federer, c’était au deuxième tour d’un tournoi 500 [à Halle, en juin 2021], durant la COVID en plus, donc ce n’était pas la même tension ou la même opportunité qu’il y avait quand j’ai joué Novak», a-t-il analysé.

«Face à Novak, il fallait vraiment que je gagne pour l’équipe. Et c’était quand même à l’O2 Arena, un stade rempli, donc c’était un super moment», a enchaîné le sixième mondial.

Un bon gars travaillant

Nadal, lui, n’était pas capable de mettre le doigt sur ce qui a changé entre le Félix du printemps et le Félix de l’automne.

Bien sûr, il y a la surface. «Rafa» est très à l’aise sur l’ocre (évidemment), et «FAA» est habile sur un revêtement rapide, qui lui permet notamment d’exploiter son service.

«Je ne peux pas vous donner une explication claire et précise, s’est excusé l’Espagnol. Évidemment, s’il est aussi bien classé aujourd’hui, s’il a gagné plusieurs tournois [trois] de suite, c’est parce qu’il y a beaucoup de choses qu’il fait très bien.»

«Il est jeune, c’est un bon gars et un bon travaillant. Ces jeunes, s’ils sont assez humbles, ils aiment travailler et ils s’améliorent», a-t-il aussi relevé.

Pas besoin de conseils

À Paris, Toni Nadal, le conseiller du Québécois et oncle de Nadal – dont il a aussi longtemps été l’entraîneur – avait préféré s’asseoir en terrain neutre pour le match entre les deux joueurs.

Cette fois, il était dans le box d’Auger-Aliassime. Mais il n’a pas offert de conseils à son protégé sur la façon de vaincre son neveu.

De toute façon, a lancé Félix en riant, «il n’y a pas vraiment de secret».

«Je connais Rafa. Je l’ai vu jouer, j’ai joué contre lui avant !» a-t-il expliqué.