LHJMQ

«C’est un genre de Tkachuk» : l’émergence du meilleur espoir québécois de 2023

Publié | Mis à jour

Après une année de 16 ans en demi-teinte dans la LHJMQ, Ethan Gauthier n’était pas perçu comme un espoir de pointe auprès des recruteurs dans une cuvée qui s’annonçait extrêmement riche en 2023. 

«Il n’y avait pas vraiment de recruteurs qui me voyaient dans les deux ou trois premières rondes», a confié le principal intéressé dans un entretien téléphonique avec le TVASports.ca. 

Puis le fils de Denis Gauthier, premier choix au total du repêchage de la LHJMQ en 2021, a dominé le tournoi Hlinka-Gretzky dans l’uniforme du Canada au mois d'août avec 7 points, dont 6 buts, en seulement 5 rencontres.

Le premier classement de Bob McKenzie, véritable sommité du monde du hockey, est sorti au mois de septembre. Gauthier était classé 12e. Il n’en revenait pas.

«J’étais un peu sous le choc, a-t-il avoué. Ça m’a vraiment mis dans le mindset que... cr***, c’est possible [de sortir au 1er tour]! Même mon père était surpris, il ne s’attendait pas à ça non plus.»

Avec 19 points en 14 matchs avec le Phoenix depuis le début de la saison – une production digne d’un espoir choisi dans le top 15 d’un repêchage –, on peut affirmer sans se tromper que Gauthier a de nouveau la cote. Il est le seul Québécois de la LHJMQ à avoir reçu de la part de la Centrale de recrutement de la LNH une note de A, qui désigne un espoir candidat à être repêché au 1er tour. 

Avec Joshua Roy et Justin Gill, Gauthier fait des ravages à Sherbrooke. Pas seulement avec la rondelle. 

Peste avec des mains

Des pestes, on en retrouve un peu partout dans la Ligue américaine et le circuit ECHL. Mais à de rares occasions, ces pestes ont des mains, un sens du hockey et des habiletés individuelles. Celles-ci jouent dans la Ligue nationale et valent souvent de l’or.

Ethan Gauthier semble être l’un de ces poisons. Son entraîneur avec le Phoenix, Stéphane Julien, était aussi celui qui le dirigeait derrière le banc du Canada au Hlinka-Greztky. Il est donc bien placé pour le comparer aux joueurs de son groupe d’âge. 

«Ethan est complètement différent des autres qui sont dans le top-20», a-t-il prévenu. 

Si Brayden Yager se démarquait par ses talents de fabricant de jeu et Zach Benson émerveillait les spectateurs avec ses habiletés pures, Gauthier, lui, marquait des buts dans la cuisine, où des coups sournois peuvent être donnés. 

«Dans la Ligue nationale, je pense que c’est un genre de Tkachuk, a prédit Julien. Il est capable de brasser, il ne reculera pas et il va amener une production offensive. Même à 16 ans l’an passé, je ne l’ai jamais vu reculer après un sifflet. Il se tient debout.»

«Moi et Ethan, on se complète bien sur la glace, a mentionné de son côté son compagnon de trio Joshua Roy. Ethan, c’est un joueur qui n’a pas peur d’aller se salir les mains et d’aller chercher le puck dans le coin. Il n’est pas grand, mais il est vraiment fort physiquement. Je ne suis pas inquiet qu’il va avoir du succès plus tard. Il a vraiment beaucoup de skills, mais il est aussi capable de grinder dans les coins.»

Oubliez un instant ses 5 pi 11 po. Avec son bagage génétique et les influences dans son entourage, Ethan Gauthier était destiné à dominer sur le plan physique. 

Son père Denis Gauthier se trouve à être le fils de Denis Gauthier senior, ex-lutteur et culturiste, et de Joanne Rougeau, fille d’une famille légendaire dans le monde de la lutte. Lorsqu’il est question de conditionnement physique, les Gauthier ne font ni une ni deux.

«Mon père a commencé à s’entraîner à 11-12 ans, explique Ethan. Idem pour moi et mon frère [Kaylan, qui évolue aussi avec le Phoenix]. Mon cousin Julien [attaquant des Rangers de New York] était dans le gym à 10 ans en train de lever des poids. J’ai rarement vu un joueur de hockey aussi en forme que lui. S’il faisait des tests physiques avec des joueurs de la LNH, il serait sans doute dans le premier tiers du groupe.»

Collé à son identité 

On trouvera donc difficilement un espoir mieux entouré et conseillé qu’Ethan Gauthier. Son père Denis sait exactement ce que les recruteurs observent et ce qu’il doit faire pour les séduire.

«Il me dit souvent que l’important c’est de créer mon identité, de jouer dans mon identité et de rester collé à ça. Si tu apportes la même game à tous les matchs, les recruteurs savent à quoi s’attendre de toi.»

Son identité, il pourrait la réciter par cœur. 

«Je suis un des rares joueurs de ce repêchage-là qui est capable d’amener l’aspect physique avec une game de skills qui est équilibrée. Amener une game pesante, une game qui frappe, être sur l'échec avant, être dérangeant, ça fait partie du joueur que je suis.»

«On ne se le cachera pas, les gars qui sont efficaces à l’intérieur des points de mises au jeu comme Ethan, c’est ce que les entraîneurs recherchent, a souligné l'entraîneur-chef du Phoenix, Stéphane Julien. En plus, Ethan a un tir digne des professionnels.» 

Cette fameuse identité, par contre, Ethan ne l’a pas toujours incarnée. 

«Quand j’étais plus jeune, je me laissais aller. Je m’assoyais sur mon talent. C’est là que mon frère Kaylan a été incroyable pour moi. Je ne serais probablement pas où j’en suis aujourd’hui sans lui. Il m’a vraiment conscientisé à la nutrition, à la discipline, à se coucher tôt. Au niveau bantam, j’ai commencé à être sérieux dans mon approche. Ça a vraiment fait une différence dans ma game

Le moment où Ethan a commencé à prendre ses aises dans la LHJMQ a d’ailleurs coïncidé avec l’échange qui a envoyé Kaylan des Voltigeurs de Drummondville au Phoenix durant le temps des Fêtes, l’an dernier.

«C’est niaiseux mais juste le fait qu’il était là avec moi ça m’a tellement mis en confiance, a raconté l’attaquant. Direct quand il est arrivé après Noël, j’ai vu des résultats. J’étais motivé.»

Avant l’arrivée de son frère, Ethan connaissait des débuts timides dans la LHJMQ. L’année précédente, il avait raté une saison complète de développement, lui qui n’a jamais pu évoluer avec les Cantonniers de Magog dans le circuit midget AAA en raison des mesures sanitaires relatives à la COVID-19. 

À un certain moment, Ethan et son père Denis ont presque entrepris des démarches avec le programme national de développement américain. Comme Ethan Gauthier est né à Scottsdale en Arizona, il possède aussi la citoyenneté américaine. 

«Je ne vais pas te mentir, l’année COVID à Magog, ç’a été difficile pour tout le monde. On étudiait les possibilités. Ç’a été dans les options. Pour être vraiment honnête, à un certain point, on était prêts à prendre les devants.»

Mais Ethan ne pouvait tout simplement pas chasser de son esprit les innombrables souvenirs de son enfance passée autour du vestiaire des Voltigeurs de Drummondville, pour lesquels travaillait son père.

«Dans ma tête, avant même de commencer le processus, j’étais un peu vendu LHJMQ.»

Aujourd’hui, il ne changerait sa décision pour rien au monde.