Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Canadiens de Montréal

La reconstruction forcée du CH

La reconstruction forcée du CH

Michel Therrien

Publié 21 septembre
Mis à jour 21 septembre

Avant de me lancer dans le vif du sujet, j’aimerais d’abord vous dire que je suis bien content de me joindre à l’équipe de TVA Sports. J’aurai la chance de partager mes idées avec vous une fois par semaine avec une chronique sur le site de TVA Sports, en plus de participer régulièrement aux émissions «JiC» et «La Poche Bleue le midi».   

Parlons maintenant de reconstruction. Si le Canadien a amorcé un tel virage, c’est pour une seule et unique raison : la perte de Carey Price.  

Quand tu peux compter sur un joueur de concession comme Price, tu ne peux pas être en reconstruction parce que tu ne sais jamais ce qui peut arriver en séries, où Price peut faire la différence à lui seul. 

C’est sa blessure qui a forcé la direction à passer à cette étape. Elle n’avait pas le choix. Et c’était la bonne décision à prendre.

Par contre, une reconstruction ne garantit pas un championnat par la suite. D’ailleurs, dans le sport, il n’y a aucune garantie. 

Le Canadien est l’une des équipes, tous sports confondus, avec la plus riche histoire. C’est une véritable institution reconnue à travers le monde et une grande source de fierté pour le Québec.  

Les partisans sont passionnés et paient le gros prix pour aller voir leur équipe. Montréal, c’est un marché différent avec lequel il faut savoir bien composer. 

J’ai donc de la misère à croire que la reconstruction va prendre du temps. Une lune de miel, ça dure un certain temps, mais pas éternellement. 

Ça faisait des décennies que ce n’était pas arrivé à Montréal. D’autres équipes sont passées par là, dont le Lightning de Tampa Bay et, plus récemment, les Rangers de New York. Mais contrairement à eux, le Canadien ne peut pas sauter d’étape en allant chercher des joueurs autonomes, comme les Rangers l’ont fait avec l’acquisition d’Artemi Panarin en 2019. L’ajout d’un joueur comme Panarin a grandement aidé les Rangers à avancer plus vite que prévu. Tampa Bay aussi est une destination attrayante pour les joueurs autonomes.  

À Montréal, ça n’arrivera pas. L’histoire nous dit que les meilleurs joueurs autonomes ne viennent pas ici. C’est pour ça que ce sera difficile pour le Canadien d’accélérer le processus de reconstruction. 

Il faudra plutôt passer par des transactions. Le directeur général devra échanger certains récents choix au repêchage, entre autres parmi les quelques défenseurs prometteurs, contre des joueurs plus établis qui amélioreront immédiatement le Tricolore. 

D’après moi, on n’a pas fini de voir des changements. Il y aura assurément des échanges en cours de saison et l’année prochaine.  

Différent à Pittsburgh  

Quand je suis arrivé à Pittsburgh en 2005, le processus de reconstruction était déjà bien amorcé. Il y avait plusieurs jeunes joueurs talentueux dans l’équipe, comme Sidney Crosby, Evgeni Malkin, Kristopher Letang et Marc-André Fleury. Et ils étaient entourés par de bons vétérans, qui leur ont appris à devenir des pros.  

Le processus s’est fait très rapidement. À ma première année, on a réussi à se qualifier pour les séries éliminatoires. Ensuite, à ma deuxième saison, on s’est rendu jusqu’en finale de la Coupe Stanley. 

C’est cependant difficile de comparer les deux situations. Les Penguins ont eu la chance de repêcher deux joueurs exceptionnels deux années de suite : Malkin en 2004 et Crosby en 2005. Des Crosby et des Malkin, il n’y en a pas tous les ans au repêchage! C’est un élément que tu ne peux pas contrôler. 

Le marché de Pittsburgh est également bien différent de celui de Montréal.  

Patience!  

Cette saison, ce sera intéressant de regarder les jeunes à l’œuvre et d’apprendre à les découvrir.  

Il faudra toutefois être patient avec eux pour qu’ils grandissent. Même les joueurs avec le plus de potentiel peuvent prendre du temps avant d’éclore. J’ai hâte de voir lesquels vont parvenir à bien se développer. 

Durant ma carrière d’entraîneur, j’ai connu pas mal de bons jeunes qui ont fait patate, et pas seulement à Montréal.  

Le développement est souvent lié à la maturité. Ce n’est pas uniquement une question d’avoir les bons outils. Il faut aussi mettre des efforts et du sérieux pour devenir un joueur qui répondra aux attentes de l’organisation. 

C’est comme dans une famille. Même si tu offres la même éducation à tes enfants, ils peuvent prendre chacun des chemins différents. 

Par contre, n’oublions pas que la LNH est une ligue de performance et non pas de développement. Les joueurs doivent se développer dans la Ligue américaine pour ensuite performer dans la Ligue nationale.  

Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine!