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Sports amateurs

Annie Guglia, un modèle pour les jeunes

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La spécialiste de la planche à roulettes Annie Guglia a vécu une aventure des plus rocambolesques aux Jeux olympiques de Tokyo, mais cela lui a permis de devenir l’un des visages de sa discipline au Québec. Elle souhaite profiter de ce statut pour promouvoir son sport, particulièrement auprès des jeunes.

Elle sera d’ailleurs au Vans Skatepark, sur l’Esplanade du Parc olympique, samedi, afin de participer à une session d’initiation au skateboard avec les jeunes intéressés, en plus de prodiguer des conseils à certains un peu plus chevronnés. L’événement aura lieu tout juste avant le Dime Glory Challenge, une compétition de planche à roulettes que les gens pourront visionner sur un écran géant ou en personne.

«En tant qu’athlète professionnelle, je trouve que c’est un peu ta responsabilité de redonner à la communauté, a expliqué la femme de 31 ans, jointe au bout du fil. Pour moi, c’est important d’utiliser toutes les plateformes et la notoriété que je peux avoir pour être visible et possiblement inspirer des gens à "skater".»

«C’est super satisfaisant de partager sa passion. Plus je peux partager ça avec des jeunes et transmettre ma passion ainsi que pourquoi j’aime ça, mieux c’est. Il s’agit d’un sport individuel, mais c’est aussi toute une communauté. Quand tu commences à te faire des amis, tu vas au skatepark, tu rencontres d’autres amis et vous partagez des trucs.»

Un visage mieux connu

Guglia fréquente encore très fréquemment les skateparks de Montréal, où elle réside, et elle avoue être de plus en plus reconnue après son passage aux Jeux de Tokyo.

Pour la petite histoire, Guglia n’a pas été en mesure de se qualifier pour la finale olympique, terminant 19e sur 20 participantes en phase qualificative. Ce n’est toutefois pas sa performance, mais tout ce qui l’a précédé qui a retenu l’attention. Appelée à la dernière minute pour prendre la place d’une compétitrice blessée, Guglia a sauté dans un avion en direction du Japon un vendredi, avant de participer à l’événement le dimanche, bénéficiant que de très peu de temps d’entraînement. Elle a finalement passée 36 heures en sol nippon avant de revenir.

«Je le vois et je le ressens. Je me promène dans les skateparks et il n’y a pas une journée où je vais dans un skatepark et il n’y a pas quelqu’un qui me dit : "ah madame, c’est vous qui êtes allée aux Olympiques?"», a raconté la principale intéressée.

«La semaine dernière, je suis allée au skatepark de Rosemont et il y avait un papa qui est venu me voir pour me dire : "excuse-moi, je t’ai reconnue, mes filles t’ont reconnue et ils ont vu ton documentaire. C’est la première fois qu’elles voyaient une fille faire du skate. Depuis ce temps-là, elles trippent sur le skate les deux". Pour moi, c’est ça, le plus gros impact de mon apparition aux Jeux olympiques. C’est de devenir une personne que les jeunes peuvent regarder et se dire que ça existe, une fille montréalaise qui va aux Jeux olympiques.»

Une plus grande place pour les filles

En pratiquant continuellement la planche à roulettes depuis deux décennies, Annie Guglia a été témoin de l’évolution de son sport et plus particulièrement auprès de la gent féminine.

Aujourd’hui âgée de 31 ans, la Montréalaise se rappelle très bien quand elle a commencé. Lorsqu’elle avait 11 ans, son frère a reçu une planche à roulettes en cadeau, puis elle a aussi voulu essayer. Ce qu’elle ne savait probablement pas à ce moment, c’est qu’elle atteindrait un jour les Jeux olympiques. Elle se dit d’ailleurs bien fière du progrès fait pour les filles et les femmes dans son sport.

«Dans le temps, c’était des barrières invisibles, a lancé Guglia en entrevue téléphonique. C’était le fait qu’il n’y avait pas beaucoup [de filles en skateboard]. Une fille qui faisait un "kickflip", c’était comme : "wow, je n'ai jamais vu une fille faire un "kickflip"". C’était difficile de repousser des limites qui étaient inexistantes. Maintenant, il y a tellement de filles qui repoussent les limites que ça devient motivant.

«[Aujourd’hui] les opportunités existent. Dans mon temps, il fallait les créer les opportunités. Puis, c’est beaucoup plus difficile d’être la première personne à taper un chemin. Tu fais beaucoup d’essais et erreurs, tu as des embûches, tu as des gens qui ne sont pas d’accord. Maintenant, tu n’as pu vraiment de gens qui disent que le skate, ce n’est pas pour les filles.»

Guglia remarque particulièrement la hausse de popularité de son sport chez les filles, puisqu’elle en voit de plus en plus lorsqu’elle offre des sessions d’initiation auprès des jeunes, comme elle le fera samedi, sur l’Esplanade du Parc olympique.

«C’est presque 50-50 maintenant, surtout en bas âge. C’est bien parce que la principale barrière, ça va être les parents. Ils vont dire : "mon gars a le droit d’en faire, mais elle, non. C’est trop dangereux".

«Il y aura encore des gens qui trouveront que les filles ont beaucoup trop d’opportunités pour le niveau de performance. Ils diront : "les filles, leur niveau de performance est moins élevé que les gars en ce moment, donc vous ne méritez pas des opportunités". Mais pour moi, c’est vraiment l’inverse. Si tu ne donnes pas des opportunités à des filles, si tu ne rends pas la meilleure au monde visible, comment peux-tu inspirer des jeunes filles à suivre sa trace et éventuellement devenir meilleures?»