Crédit : Steel de Chicago

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L'homme qui veut détrôner Connor Bedard

Publié | Mis à jour

S’il était né un mois plus tôt, Adam Fantilli aurait très bien pu être le joueur réclamé au tout premier rang par les Canadiens, à Montréal, le 7 juillet dernier.

Sa date de naissance «tardive», 12 octobre 2004 alors que la limite était fixée au 15 septembre, a repoussé son admissibilité au repêchage de 2023, dans lequel deux surdoués lui font de l’ombre. Connor Bedard et Matvei Michkov sont des espoirs d’une rare qualité, si bien que Fantilli a jusqu’ici été relégué au rang de troisième tête d’affiche de sa cohorte.

C’est un compétiteur. Ça le dérange. 

«Oui, ça me chicote, a lancé sans se défiler le gros joueur de centre lors d’un entretien téléphonique avec le TVASports.ca. Je veux être le meilleur. Si tu me demandes si je crois avoir une chance d’être repêché au tout premier rang, je pense que oui. Je peux être ce joueur. 

«Bedard et Michkov sont deux joueurs très spéciaux. Être choisi derrière eux ne me fâcherait pas trop en quelque sorte. Mais je crois pouvoir leur en donner pour leur argent.»

Ce n’est pas le repêchage qui compte, mais ce que tu accomplis par la suite. La rengaine est bien connue. N’empêche, il s’agit d’une journée importante dans la carrière de ces jeunes hommes, et ce, même si plusieurs d’entre eux répètent à qui veut l’entendre que leur rang de sélection leur importe peu. 

Ce n’était certainement pas le cas de Shane Wright dans les gradins du Centre Bell.

«Les gars qui te disent qu’ils ne s’en soucient pas, j’ai l’impression qu’ils mentent, a soutenu Fantilli. Tout le monde veut sortir le plus haut possible. Maintenant, ce qui arrive le jour du repêchage est hors de ton contrôle, et c’est là que tu dois apprendre à décrocher. Je contrôle ce que je peux contrôler. Évidemment, durant la saison, je ferai tout en mon pouvoir pour être choisi le plus haut possible.»

Fantilli et Bedard ont été compagnons de trio à quelques reprises avec le Canada au Championnat des moins de 18 ans en Allemagne et à un tournoi estival à Calgary. Quant à Michkov, Fantilli l’a affronté lors des Jeux olympiques de la jeunesse. 

Lors de ces moments où Fantilli et l'un des deux prodiges survolaient la même patinoire, l'imposant gaillard n'a jamais eu l'impression d'être une coche en-dessous. Il a la conviction d'être au même niveau et les expériences susmentionnés ont raffermi celle-ci. 

Un joyau au Michigan

Natif de Nobletown, une toute petite communauté à 40 minutes de voiture de Toronto, Fantilli a préféré les collèges américains à la Ligue junior de l’Ontario pour son développement. Une décision qui avait tout à voir avec son mois de naissance.

«J’aurais dû jouer trois ans dans la ligue canadienne avant d’être repêché et après, c’est tellement dur jouer dans la LNH à 18 ans que j’aurais pu disputer une quatrième année chez les juniors, a expliqué l’attaquant de puissance, qui évoluera avec la réputée Université du Michigan cette saison. Si je peux produire dans la NCAA cette année contre des adultes de 23, 24, voire 25 ans, ça m’outille bien pour la suite des choses.»

Même si le défi est important pour un joueur de son âge, les attentes seront élevées à son endroit dès sa première saison dans le circuit collégial. Fantilli a brillé lors de ses deux saisons avec le Steel de Chicago dans la USHL, le circuit junior majeur des États-Unis. En 2020-2021, à son année de 15 ans, il a été nommé joueur par excellence des séries de la Coupe Clark, aidant son équipe à soulever le trophée avec neuf points, dont huit buts, en huit matchs durant le tournoi d’après-saison. La saison dernière, il a enclenché la vitesse supérieure en amassant 74 points, dont 37 buts, en 54 rencontres. Gardez en perspective qu’il évoluait avec le Steel et non avec l’équipe américaine de développement, qui est bondée de vedettes. 

Les choses se sont toutefois terminées en queue de poisson pour Fantilli dans la USHL. Le Steel, qui a profité d’un laissez-passer au premier tour, s’est fait montrer la porte en trois matchs par les Capitols de Madison dans une série deux de trois. Fantilli s’est contenté d’une mention d’aide. 

Encore aujourd’hui, il en garde un goût amer. 

«On était un peu tout croche, a-t-il laissé tomber, encore ébranlé. Moi et [Nick] Moldenhauer, on souffrait du décalage horaire puisqu’on revenait tout juste du championnat des moins de 18 ans en Allemagne. On jouait le lendemain à Madison. On avait aussi des blessés. Mais peu importe. Ce ne sont pas des excuses pour la façon dont on a joué. On a frappé un mur.»

Avec cette déception toujours vive et l’année de son repêchage à l’horizon, Fantilli n’a pas manqué de motivation durant la saison morte. 

Entraînement avec Caufield

Le jeune homme a mouillé son équipement sur les glaces de Plymouth avec une foule de joueurs établis de la LNH. Et pas n’importe lesquels : Cole Caufield, Trevor Zegras, Jack Hughes, Dylan Larkin et Kyle Connor. Les espoirs Matthew Beniers et Luke Hughes étaient aussi présents. 

«Tu comprendras qu’avec la qualité des joueurs dans ce groupe, je ne peux te mentionner un gars qui m’a particulièrement impressionné. Mais je peux te dire que j’ai vu Larkin et Connor de près, et ces gars travaillaient comme des chiens tout l’été. Je suis très excité de voir ce qu’ils seront en mesure de faire.»

Fantilli a confié par ailleurs entretenir une bonne relation avec Caufield. Le tir de ce dernier, a admis l’Ontarien, est «quelque chose de spécial».

Ses liens avec l’organisation montréalaise ne s’arrêtent pas là, puisqu’il a patiné aux côtés de l’espoir du Tricolore Sean Farrell lors de sa saison recrue avec le Steel. À ce moment-là, Farrell était simplement trop fort pour la ligue (101 points en 53 rencontres).

«Toute la saison, j’étais en admiration devant lui, a raconté Fantilli. Il a détruit la ligue, tout simplement. Il n’avait pas d’affaire ici. J’ai été chanceux de pouvoir jouer avec lui, il a joué un grand rôle dans notre conquête du championnat cette année-là. C’est un être humain incroyable. Je n’ai absolument rien de négatif à dire à son sujet.»

Cela dit, Fantilli ne marquera pas des points faciles en prétendant que les Canadiens sont l’équipe de son enfance. Il s’agit des Bruins, les favoris de son père, a-t-il avoué avec un peu de gêne. 

Il ne semble pas non plus savoir que les Canadiens sont candidats à côtoyer les bas-fonds du circuit la saison prochaine.

«Si tu me dis que Montréal pourrait être là, ça pourrait certainement être cool, a-t-il réagi lorsqu’informé de cette possibilité. Je n’ai pas vraiment analysé la formation du CH.»

Authentique jusqu’au bout des doigts durant l’entretien, Fantilli n’a pas non plus joué du violon quand il été question de la pression rattachée au marché montréalais. 

«Je pense que tout le monde qui débarquerait à Montréal pourrait être un peu intimidé, a-t-il concédé. Le même principe s’applique à Toronto, où j’ai grandi. Je le constate tous les jours. Mais tout le monde aspire à jouer sous pression un jour. Si j’avais la chance de me retrouver à Montréal, ce serait en fait très plaisant.»

Fantilli en vrac

  • La photo sur sa page hockeydb est assez particulière. Il imite en fait le regard perçant de Brandon Tanev qui était devenu viral en 2021. «C’était lors de la journée médias de la USHL. Je trouvais l’idée drôle. Je l’ai fait avec quelques gars dans mon équipe. Mais j’étais loin de me douter que cette photo allait se retrouver là!»  

  • Il a joué à la crosse à un haut niveau. «J’étais dans l’équipe de mon frère, qui est deux ans plus vieux. Et fut un temps où j’adorais la planche à neige. À l’époque, je voyageais à travers le Canada pour descendre les pistes, mais j’ai dû arrêter pour me concentrer sur le hockey et éviter les blessures.»
  • Il aspire à devenir une version hybride de Nathan MacKinnon et Patrice Bergeron. «Je suis un gros joueur de centre qui adore jouer en zone offensive, mais je me soucie également de mon jeu dans mon territoire; j’en retire beaucoup de fierté.»
  • Il est passé maître dans l’art de changer l’angle de son tir, comme le fait Auston Matthews. «J’ai regardé des tonnes de vidéos de Matthews et d’autres joueurs pour peaufiner ma technique. Je pense que changer l’angle est devenu très important pour marquer des buts. Les gardiens sont trop bons, s’ils peuvent facilement repérer la rondelle, ils vont l’arrêter.» 
  • Adam évoluera au Michigan avec son frère Luca, un défenseur, qui était aussi son coéquipier avec le Steel dans la USHL. 
  • Fantilli supplie son ex-coéquipier avec le Steel Nick Moldenhauer (choix de 3e tour des Maple Leafs en 2022) d’arrêter de faire des Tik Tok douteux. «S.v.p., écris ça dans ton texte. Dis-lui que tu m’as parlé de ses Tik Tok et que je lui demande d’arrêter.»

  • Bâton : Bauer Vapor Hyperlite; indice de flexion : 87
  • Gants : Bauer Vapor
  • Patins : Bauer Hyperlite