Grand Prix Cycliste de Montréal

Grand Prix cycliste de Montréal: Pogacar en patron

Publié | Mis à jour

À deux semaines des Mondiaux, le Grand Prix cycliste de Montréal a offert une incroyable confrontation au sprint sur l’avenue du Parc entre les deux meilleurs cyclistes de la planète au classement UCI.

La course était diffusée à TVA Sports.

Ruminant encore son revers du dernier Tour de France, le Slovène Tadej Pogacar (UAE Emirates) a fait le plein de confiance en renouant avec la victoire dans la métropole. Son accélération lui a permis de battre l’autre favori du jour, le Belge Wout van Aert qui repart les mains vides des deux épreuves au Canada.

Tadej Pogačar s'impose au sprint du Grand Prix cycliste de Montréal -

L’éreintant parcours du mont Royal et son terrible dénivelé n’ont laissé qu’une poignée de grosses pointures pour l’explication finale dans le 18e et dernier tour. Toute la journée, une intense chaleur a fait souffrir le peloton qui a toutefois connu pire en France cet été.

Cinq survivants de l’enfer se sont regardés après le virage en épingle pour l’interminable ligne droite. Le numéro 1 mondial a finalement dominé le numéro 2, respectant la hiérarchie actuelle.

Un objectif majeur

«Tadej était plus fort», a simplement commenté le spécialiste du cyclo-cross, qui vise un premier maillot arc-en-ciel sur route le 25 septembre en Australie.

Faisant l’impasse sur le contre-la-montre qu’il aurait pu gagner à Wollongong, Van Aert pourrait vite prendre sa revanche face à son adversaire. Sans surprise, les deux concurrents seront à nouveau parmi les favoris. Ils ont parlé dimanche de l’importance de cette préparation en Amérique.

Tout juste derrière, l’Italien Andrea Bagiola (Quick-Step) a pris le 3e rang, suivi par le Français David Gaudu (Groupama-FDJ) et le Britannique Adam Yates (Ineos). Après 221 kilomètres, Gaudu a lancé le sprint sur le dur faux plat montant mais il n’a pu imiter son compatriote Benoît Cosnefroy à Québec. Le Slovène Pogacar a comblé l’écart mais Van Aert dans sa roue n’a pu le remonter.

Pogacar, double vainqueur de la Grande Boucle, signe ainsi sa 14e victoire de la saison. En juillet, le triplé lui a échappé à Paris face à Jonas Vingegaard.

«Je me sentais très bien, le scénario a été parfait, le final était difficile, j’espérais pouvoir battre Van Aert et je l’ai fait. J’ai beaucoup apprécié les courses. C’est vraiment un bel endroit», a-t-il lancé en parlant du Québec.

Un retour apprécié

Après deux ans d’absence, une foule incroyable a réservé un bel accueil aux cyclistes professionnels qui ont répondu par un spectacle qui a fait oublier la longue attente depuis leur dernière présence en 2019. Le retour des meilleurs a été apprécié.

Dans le script du jour, Antoine Duchesne a pris la fuite en début de course avec Andreas Leknessund, Eddy Fine, Florian Vermeersch, Antonio Nibali et Théo Delacroix. L’écart a grimpé à près de six minutes avant de se stabiliser pendant près de quatre heures.

Un à un, les fuyards ont explosé en grimaçant et le dernier rescapé, le Norvégien Leknessund, a insisté un peu plus longtemps que les autres.

Des blessés

La course a été ponctuée de quelques chutes, notamment celle du jeune espoir canadien Quentin Cowan, et celle de Neilson Powless, au sol mal en point avec un coéquipier de l’équipe EF Education. Chez Cofidis, Eddy Fine a aussi raté un virage, perdant ainsi contact avec le groupe en échappée.

Après six jours au pays, la majorité des cyclistes rentrent en Europe lundi pour conclure leur saison.

-C’est désormais un secret de Polichinelle mais l’UCI devrait annoncer dans la semaine du 18 septembre que la Ville de Montréal sera l’hôte des Mondiaux en 2026. Au lieu d’un événement de quelques jours, les fans auront droit à trois semaines de compétition. Les chantiers encore visibles dimanche sur le circuit du centre-ville devraient être terminés dans quatre ans, ont ironisé quelques partisans.

À la ligne d'arrivée une dernière fois en vainqueur

Saluant la foule une dernière fois, Antoine Duchesne a tiré un trait sur une belle carrière en franchissant la ligne d’arrivée les bras levés vers le ciel.

Plusieurs minutes après le vainqueur Tadej Pogacar, ses adversaires l’ont laissé rouler en tête de leur petit groupe afin de lui permettre de vivre ces précieux instants comme un véritable champion.

Pour cet ultime tour de piste, le Caribou de 31 ans s’était offert une balade de plus 150 kilomètres en échappée. «C’est une belle façon de finir», a confié son père Marc pendant la course.

Antoine Duchesne a ainsi pu entendre un peu mieux les encouragements des supporteurs québécois. Le sourire a chassé les larmes de son annonce de jeudi.

«Ce n’était pas le plan au départ. C’était une dure journée sur le vélo. Aussi bien prendre un peu de plaisir. J’ai donné ce que j’avais. Heureusement qu’il y avait le public. Merci à tout le monde !» a lancé le futur retraité, visiblement soulagé et heureux.

Scénario parfait

Avec environ 50 kilomètres à faire, Duchesne ne pouvait plus suivre le rythme à l’avant, mais il était hors de question de poser le pied au sol. On ne termine pas une brillante carrière par un abandon, surtout lorsque les fans hurlent et que des coéquipiers te poussent dans l’ascension de la Polytechnique. Le scénario vers la porte de sortie était parfait.

«J’étais encore capable de rouler. Des moments comme ça, je ne revivrai pas ça. Des gros frissons toute la journée ! Ça faisait chaud au cœur d’avoir ces gens-là près de moi. Ça ne pouvait pas être mieux», a ajouté le cycliste avant d’être assailli par un proche en liesse.

Laissant d’abord planer le doute, Duchesne ne devrait pas remonter en selle pour d’autres épreuves. «Les chances sont minces. J’ai mal partout.»

Une fierté

De son côté, Guillaume Boivin a offert une performance très respectable avec le fort calibre des ténors. «Tout le monde a souffert. Je n’étais pas assez fort pour rester devant. Dans des courses comme ça, on peut juste s’incliner devant plus fort que nous.»

Boivin avait également une pensée pour son ami Antoine Duchesne. «Il avait dix ans et il venait habiter chez nous pour faire les courses à Lachine. Il peut être fier de ce qu’il a réalisé. Je lui souhaite une belle 2e carrière.»

Sur une note moins joyeuse, Hugo Houle a jeté l’éponge après 12 kilomètres de course seulement. S’il n’avait pas été à la maison, il n’aurait probablement pas pris le départ. Après une victoire historique en juillet, le champion avait peine à respirer. Il a pu profiter d’un après-midi de plus avec sa famille.

«Je ne me sens vraiment pas bien. J’ai le cou bloqué et aucune énergie. Je voulais essayer, mais il n’y avait rien à faire. Désolé pour ceux qui se sont déplacés. Je vais revenir plus fort l’année prochaine», a commenté le champion qui espère pouvoir alléger son horaire afin de rentrer en Europe pour se reposer.

Entrevue de Guillaume Boivin suite au Grand Prix cycliste de Montréal -