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Canadiens de Montréal

Slafkovsky: la mise en garde de son entraîneur aux Canadiens

Publié | Mis à jour

«Avec notre premier choix, le premier choix du repêchage de la LNH de 2022, le Canadien de Montréal est fier de repêcher de l’équipe nationale de la Slovaquie et du TPS de Turku, Juraj Slafkovský.» 

Il n’y avait rien d’anodin avec cette présentation de Kent Hughes pour le premier de classe du repêchage à Montréal. Le directeur général du CH a présenté son joyau comme un produit de la formation slovaque avant de l’identifier par son équipe principale en Finlande. Hughes a ainsi dérogé à une règle habituelle. 

Mais Slafkovský a charmé la direction du Tricolore sous le maillot de la Slovaquie lors des Jeux olympiques de Pékin et du Championnat du monde en Finlande. Il a brillé sur de grandes scènes en jouant contre des hommes. 

Craig Ramsay était aux premières loges pour voir l’évolution du futur premier choix au repêchage. L’homme de 71 ans dirige la Slovaquie dans les tournois internationaux d’importance depuis 2017-2018. 

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Aux yeux de Ramsay, Slafkovský fera ses débuts en Amérique du Nord dans l’uniforme du Canadien et non avec le Rocket de Laval dans la Ligue américaine. 

«Je l’imagine dans la LNH, a répliqué Ramsay lors d’une entrevue téléphonique au Journal de Montréal. C’est là que je voudrais l’utiliser. Il est assez gros et fort et il patine bien. En plus, le Canadien se retrouve dans une reconstruction. Ils pourront être patients avec les jeunes et bien les développer.» 

«Il a déjà joué contre des hommes aux JO et au Mondial, a-t-il poursuivi. Il a cette expérience. Je crois aussi que Simon Nemec peut faire le saut dans la LNH dès cette année avec les Devils.»

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St-Louis, un bon professeur

À Montréal, Slafkovský se retrouverait sous la gouverne d’un membre du Temple de la renommée du hockey en Martin St-Louis. À une autre époque, Ramsay a également dirigé St-Louis dans un rôle d’adjoint avec le Lightning de Tampa Bay. 

«Je trouve qu’il arrivera à Montréal à un bon moment, a répondu l’Ontarien d’origine. Le CH mise sur un bon entraîneur en Martin St-Louis. Marty l’aidera beaucoup, il sait ce que ça prend pour être un joueur dominant dans la LNH. Il lui donnera du temps. Je crois que Marty lui laissera sa liberté et il le laissera fleurir.»

«Juraj fera des erreurs, mais Marty les corrigera avec lui. Ils travailleront ensemble. Il ne cherchera pas à le freiner. Un coach doit vivre avec les erreurs et travailler pour les corriger. Je ne criais jamais après Juraj derrière le banc. Je lui disais quand il faisait une gaffe, je le faisais avec une certaine douceur et d’une façon positive.»

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Un sourire contagieux

Aux yeux de Ramsay, l’ailier de 6 pi 3 po et 227 lb a la personnalité pour survivre à la marmite de Montréal. 

«Il va aimer ça, il veut être celui qui fait la différence. Il veut jouer un gros rôle. Oui, Montréal est un marché difficile, mais ce n’est pas l’unique gros marché de la LNH. Une ville comme Philadelphie peut aussi être brutale. Il y a des marchés qui auraient probablement été plus faciles pour lui. C’est vrai.» 

«Il a beaucoup de talent, mais aussi une belle personnalité. Tu veux t’entourer avec des joueurs comme lui. Il sourit toujours, il reste positif, mais il écoute aussi tes recommandations. Il veut apprendre et il n’a pas peur de faire des ajustements dans son jeu.» 

Longue discussion avec Lecavalier

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Craig Ramsay explique simplement la production endiablée de Juraj Slafkovský sous ses ordres avec l’équipe de la Slovaquie et son rendement plus modeste avec le TPS de Turku dans la Liiga. 

«J’avais dit au Canadien et aux Devils de ne pas repêcher Slavy ou Nemec s’ils voulaient les placer dans une boîte. Ils ont besoin de miser sur leur créativité.» 

Avant le repêchage, Ramsay a eu de longues conversations avec un autre de ses anciens joueurs et maintenant membre de la direction hockey du Canadien, Vincent Lecavalier. 

«J’ai parlé à Vinny. Il m’a téléphoné deux fois. Une fois rapidement après la loterie et une semaine avant le repêchage. Nous avions discuté pendant près de 45 minutes les deux fois. Il soutirait toutes les infos possibles sur Slafkovský et Nemec. Il me posait plusieurs questions, mais il cherchait surtout à comprendre la différence dans le jeu de Slafkovský avec l’équipe de la Slovaquie et son équipe en Finlande. Les Devils aussi me parlaient du même sujet.» 

«Je répondais la même chose. Oui, Juraj jouait mieux sur la scène internationale que dans la Liiga. Mon explication était assez simple: je le laissais jouer, je lui permettais de s’exprimer. Je voulais qu’il reste agressif, qu’il patine, qu’il soit bon en échec avant et il aimait ça. En Finlande, on lui disait de jouer la trappe, de se replier, de couper des passes pour une contre-attaque. Il est meilleur quand tu le laisses respirer. Et il te retournera la faveur en travaillant très fort.» 

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Sept en sept

Aux Jeux olympiques de Pékin, Slafkovský avait marqué sept buts en sept matchs. Quelques semaines plus tard, au Championnat du monde en Finlande, il avait poursuivi sur sa lancée avec neuf points (3 buts, 6 passes) en huit matchs avec la Slovaquie. Il s’agit de chiffres beaucoup plus impressionnants que ses 10 points (5 buts, 5 passes) en 31 matchs à Turku. 

Le 7 juillet dernier, Ramsay n’a pas fait le voyage à Montréal pour le repêchage. Il l’a suivi de son domicile en Floride à Tampa. Il était un homme heureux de voir la Slovaquie écrire une page de son histoire avec les deux premières sélections. Mais il devient un brin timide en partageant une anecdote sur cette grande soirée. 

«Je me doutais que Juraj allait sortir 1 ou 2. Je savais qu’il y avait une chance pour le sommet, mais les Devils l’aimaient aussi beaucoup. Je n’aime pas l’admettre, mais j’étais en Floride pour le soir du repêchage. Pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, je me suis trompé de date. Le premier tour se passe généralement le vendredi, mais c’était un jeudi à Montréal. J’ai reçu un texto de mon fils pour me dire que Slavy était le premier de classe.»

«À la maison, j’ai demandé pour qu’on tourne la télévision au repêchage. Par le temps qu’on trouve le poste, Nemec venait de sortir au deuxième rang avec les Devils. Je ne pouvais pas être plus heureux. J’étais surpris mais fier. J’aime les gars et je respecte beaucoup ce petit pays, la Slovaquie. Nous avons gagné le bronze à Pékin et nous avons eu les deux premiers choix à un repêchage et trois gars au premier tour en comptant Filip Mesar encore avec le CH.»

«Après le premier tour, j’avais dit à ma femme que j’avais besoin de sortir pour marcher et que j’étais probablement pour pleurer de joie. Je trouvais que ça représentait un beau cadeau pour moi, mais surtout pour les jeunes et pour la Slovaquie.»

CHRONIQUE - Rodger Brulotte
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Des Jeux sans pression

Juraj Slafkovský a porté les couleurs de la Slovaquie au Championnat du monde une première fois à l’âge de 17 ans. C’était à Riga en Lettonie. Et c’était aussi avec Craig Ramsay derrière le banc. 

À cette première expérience, Slafkovský n’avait pas écrit son nom sur la feuille de pointage en six matchs. 

«Il avait bien joué au Mondial à 17 ans, mais il n’avait juste pas marqué un but», a rappelé Ramsay. 

Un an plus tard, Slafkovský a marqué plusieurs buts. Il était le moteur offensif de la Slovaquie dans la conquête de la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Pékin. 

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«Oui, j’étais impressionné. Je me souviens que je lui avais parlé un matin. Il y avait de la pression sur nos joueurs, pour notre pays. Nous voulions connaître un beau tournoi. Je lui avais demandé comment il trouvait ça et comment il se débrouillait avec les attentes. Il m’avait dit en souriant: “Est-ce que tu plaisantes? C’est génial!”»

«Dans les premiers matchs du tournoi, je l’avais utilisé pour tuer une punition. Ce n’était pas son rôle, mais je lui avais fait confiance. À son retour au banc, je voulais le reposer un peu. Mais il m’a lancé un regard et j’ai compris qu’il voulait retourner sur la glace immédiatement. Il n’a pas sauté de tour. Il est devenu un meneur pour notre équipe. Il jouait avec cœur et les gars voulaient jouer avec lui. Les gros noms de l’équipe venaient me voir et ils me demandaient pour avoir Slavy comme ailier.» 

En l’absence des joueurs de la LNH aux JO, Slafkovský a terminé le tournoi avec sept buts en sept rencontres. Il est reparti avec une médaille de bronze et le titre de joueur le plus utile du tournoi. Pas mal pour un jeune homme qui avait encore 17 ans à ce moment.