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Premier League

Avec Potter, Chelsea plonge dans l'inconnu

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En nommant jeudi Graham Potter comme nouvel entraîneur, Chelsea a fait un choix audacieux et surprenant, même si l'ex-coach de Brighton est vu depuis longtemps comme le futur grand technicien anglais.

À 47 ans, Potter, qui s'est engagé pour cinq ans, s'est forgé une belle réputation de tacticien en trois saisons à la tête d'un Brighton unanimement respecté pour la qualité de son jeu malgré ses moyens réduits.

Récemment, son nom avait déjà été chuchoté pour succéder à José Mourinho à Tottenham ou à Ole Gunnar Solskjaer à Manchester United.

Mais plus par les vrais connaisseurs que par les décideurs du « Big 6 » engoncés dans leur frilosité mêlée de snobisme, qui les fait préférer des entraîneurs éprouvés et étrangers, de préférence. Chelsea, lui, fait ce pari.

Cette décision tranche radicalement avec la politique du club depuis plus de 20 ans.

C'est même le premier vrai indice, après les départs subis ou provoqués de la garde rapprochée de Roman Abramovitch -- Bruce Buck, Marina Granovskaia et Petr Cech --, sans oublier le limogeage brutal de Thomas Tuchel, mercredi, que le co-propriétaire américain des Blues, Todd Boehly pourrait durablement infléchir une politique sportive couronnée de succès jusqu'ici.

Cérébral, mais humain

Avec Potter, c'est un vrai bâtisseur que s'offrent les Londoniens, un tacticien hors pair, capable de détecter le potentiel des joueurs et de leur offrir un espace pour l'épanouir.

Ce n'est pas pour rien que Chelsea a payé cet été près de 70 millions d'euros à Brighton pour Marc Cucurella, latéral gauche, certes formé au Barça, mais arrivé dans l'anonymat un an plus tôt pour trois fois moins, de Getafe.

Yves Bissouma, l'ancien Lillois, était, lui, parti peu avant à Tottenham pour 35 M EUR, le double de son prix d'achat, alors qu'il ne lui restait qu'un an de contrat.

Quant à Ben White, il avait rejoint Arsenal pour 58 M EUR quelques semaines après avoir été retenu dans le groupe Anglais pour l'Euro-2021 grâce à ses prestations à Brighton.

Potter est aussi un technicien au parcours atypique, cérébral mais passionné par les relations humaines.

Diplômé en Sciences sociales et titulaire d'un masters en « leadership et intelligence émotionnelle », il a peaufiné pendant 7 ans ses préceptes dans le petit club suédois d'Östersund.

Une victoire à Arsenal, en Ligue Europa (2-1), en février 2018, avait permis à Potter de se faire un nom dans son pays d'origine.

L'été suivant, Swansea (D2) était venu le débaucher et, un an plus tard, Brighton lui avait ouvert les portes de la Premier League.

L'an dernier, avec le 15e budget de Premier League, Brighton avait fini 9e, meilleur de classement de son histoire, battant ses records de victoires et de buts marqués.

Défendre en jouant bien

Mais les Seagulls avaient surtout la 4e possession de balle de l'élite, le 6e plus grand nombre de tirs par 90 minutes, ainsi que le 6e plus petit nombre de tirs subis, ce qui montre qu'il sait défendre tout en produisant l'un des plus beaux jeux du championnat anglais.

Depuis le début de cette saison, Brighton a notamment gagné à Manchester United, ont copieusement dominé le nouveau riche Newcastle malgré le nul (0-0) et corrigé Leicester 5-2.

Sa quatrième place à 2 points du leader Arsenal et devant Manchester United, Chelsea et Liverpool, même après 6 journées seulement, n'a rien d'usurpée.

« Il est l'un des tout meilleurs jeunes entraîneurs actuellement. Pour moi, il coche toutes les cases », s'était enthousiasmé cet été sur Twitter John Terry, glorieux ancien de Chelsea.

Plus sceptique, l'ancien Red, Jamie Carragher, l'a averti: « Chelsea est un club impitoyable. Peut-être que Chelsea veut agir différemment à l'avenir pour ce qui est d'avoir le bon entraîneur en poste. Mais si j'étais Potter, j'aurais beaucoup de mal à le croire », avait-il ajouté.

Comme Chelsea, Potter a senti que le moment était venu pour lui aussi de faire ce pari et de laisser l'avenir juger.