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Internationaux des États-Unis

Une première en 11 ans

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Il y avait 11 ans que Rebecca Marino n’avait plus atteint la troisième ronde d’un tournoi du Grand Chelem. Et il s’en est passé des choses dans la vie de la Canadienne, au cours de cette décennie. Une retraite du tennis, des problèmes de santé mentale, un retour au jeu, une longue blessure...

Pas étonnant, donc, que cette victoire de 6-3 et 7-6 (5) mercredi au US Open, face à la qualifiée ukrainienne Daria Snigur, ait été aussi émotive pour la 106e joueuse mondiale.

Car même si Marino joue du très bon tennis dernièrement, surtout sur les surfaces rapides qui vont si bien à son immense service, ce troisième tour demeure « un accomplissement ». Un fait d’armes qu’elle n’avait réalisé qu’une fois à ce jour. C’était à Roland-Garros, en 2011.

«C’est grand pour moi, a reconnu l’athlète de 31 ans devant les journalistes, mercredi. Premièrement, parce que ce n’est pas facile d’effectuer un retour à la compétition, après cinq ans d’absence. Deuxièmement, parce que ce n’est pas un résultat que j’ai obtenu souvent dans ma carrière, même au début.

«Il y a beaucoup de travail derrière tout ça. Mais je ne veux pas m’arrêter là. Je veux continuer et faire mieux encore», a poursuivi celle qui affrontera demain la Chinoise Shuai Zhang, 36e mondiale.

Cette victoire, mercredi, face à la 125e raquette de la WTA, ne fut pas aussi aisée à obtenir que ce que le pointage indique.

Tennis peu orthodoxe

Marino a dû concilier avec une rivale au style atypique, qui visait souvent les coins, ce qui a parfois déstabilisé la Britanno-Colombienne.

«Elle avait un tennis peu orthodoxe, a relevé Marino. Je ne savais jamais vraiment ce qui allait sortir de sa raquette. Elle réussissait de bonnes volées. Je comprends pourquoi elle a remporté Wimbledon chez les juniors [en 2019], pourquoi elle a battu Simona Halep [au premier tour].»

La Canadienne a aussi dû composer avec une foule très bruyante... assise dans les estrades du court 12, adjacent à celui où elle était en action.

À New York, certains plus petits terrains ne sont séparés que par une rangée de spectateurs. Et sur le court à côté de celui de Marino, l’Américain Brandon Holt, fils de l’ancienne joueuse Tracy Austin, s’échinait dans une cinquième manche sous les clameurs de la foule.

D’ailleurs, même dans les gradins du terrain où jouait la Canadienne, certains amateurs surveillaient davantage la rencontre de Holt – qu’il a éventuellement perdue – et n’hésitaient pas à encourager leur favori pendant que Marino frappait.

«C’était un peu dur de me concentrer, mais heureusement, en première ronde, ç’a été le même scénario avec Ben Shelton [un autre joueur des États-Unis], a-t-elle dit en riant. J’étais donc un peu préparée.

«Mais c’est toujours un peu comme ça au US Open, a-t-elle renchéri. Les partisans sont très bruyants. C’est demandant, mais en même temps, c’est plaisant !»

Par chance, Marino a pu utiliser sa meilleure arme pour se sortir des moments plus difficiles. Même si l’Ukrainienne s’est peu à peu ajustée en deuxième manche, l’ancienne 38e meilleure joueuse au monde a conclu le match avec 13 as et 74 % des points remportés sur son premier service.

«C’est une des plus belles victoires que j’ai eues, a-t-elle reconnu. À cause du travail que j’ai mis dans les dernières années. C’est excitant, émotif. C’est du bonheur.»

La Canadienne devrait au minimum pointer au 89e rang mondial lors de la prochaine parution du palmarès de la WTA, dans deux semaines.

Jeu plus intelligent

Quand on lui a demandé si elle avait l’impression de mieux jouer présentement que ce que son classement indique, Marino a hésité avant de répondre.

Mais une chose est sûre : elle estime que son tennis est plus complet qu’il ne l’était à ses débuts sur le circuit, même si, à l’époque, elle a figuré parmi les 40 meilleures au monde.

«J’ai l’impression que je joue différemment. J’ai ajouté des coups dans mon jeu. Je bouge mieux, je varie plus, alors qu’avant, je frappais la balle très fort. Mon tennis est plus intelligent.»