La Force De Montréal

La Force de Montréal, l'équipe d'une province

Publié | Mis à jour

La Force de Montréal a vu le jour, mardi au Casino. Mais plus qu’une équipe de hockey, c’est un mouvement pour faire croître le hockey féminin que le président Kevin Raphaël et ses acolytes ont mis au monde.

Pour y arriver, cette nouvelle équipe de la Premier Hockey Federation (PHF) prendra les grands moyens. Elle disputera pratiquement tous ses matchs à domicile sur la route, aux quatre coins du Québec. Outre Montréal, Gatineau, Québec, Rimouski, Rivière-du-Loup, Saint-Jérôme et Sept-Îles accueilleront des programmes doubles au cours de la saison inaugurale du club.

Et pour couronner le tout, chaque déplacement sera une occasion d’offrir des séances de perfectionnement aux jeunes hockeyeuses des régions visitées.

«Je veux qu’on soit une force dans la communauté, s’est enthousiasmé Raphaël lors du lancement. Je pense que le hockey féminin grandit, et on veut être un agent de changement pour que ça grandisse encore plus. On veut parcourir le Québec et offrir des séances [de perfectionnement de hockey] dans les différentes villes. On veut rencontrer les jeunes joueuses du hockey mineur, du Cégep et de l’université et leur dire: "hé, il y a une porte ici". On veut être l’équipe du Québec.»

Force de Montréal: dévoilement de l'identité de l'équipe -

Une génération perdue

La Force pourra compter sur l’expertise de Danièle Sauvageau pour s’assurer de bâtir des fondations solides. Si elle n’est pas directement impliquée dans l’organigramme du club, elle est néanmoins directrice du Centre 21.02 à Verdun, où l’équipe de la PHF a officiellement élu domicile.

Pour cette grande dame du hockey féminin, il était impératif de fonder une nouvelle équipe au Québec afin de permettre aux joueuses qui sortent de l’université de continuer à pratiquer leur sport. Selon elle, plusieurs femmes ont déjà abandonné leur rêve, faute d’opportunités.

«On va donner la chance, d’abord et avant tout, aux joueuses qui arrivent des circuits universitaires, a-t-elle fait valoir. On a perdu peut-être une génération d’athlètes avec le fait que Montréal – et le Canada – n’avait peut-être pas nécessairement ces structures.»

«Les joueuses vont rester dans le système et continuer leur développement, alors c’est une excellente nouvelle.»

Force de Montréal: dévoilement des chandails de l'équipe -

Hommage aux Maroons

La Force a opté pour le marron, le noir et le blanc comme couleurs. Trois chandails ont été présentés, soit un de chaque couleur. Le logo, quant à lui, allie un «F» pour Force et une fleur de lys. Les Maroons de Montréal, qui ont évolué dans la Ligue nationale de hockey (LNH) de 1924 à 1938, ont servi d’inspiration.

«Je voulais qu’on soit différents un peu, a lancé Raphaël. Ça aurait été facile d’y aller avec le Bleu-Blanc-Rouge, mais on voulait se creuser un peu la tête. Je suis vraiment heureux du résultat!»

Le calendrier devrait être annoncé au cours des prochaines semaines. Jusqu’ici, 16 joueuses ont des ententes pour la campagne initiale.

Ann-Sophie Bettez prête à prendre ses responsabilités

L’attaquante Ann-Sophie Bettez sera certainement l’une des têtes d’affiche de la Force de Montréal pour sa saison inaugurale et elle compte bien accepter toutes les responsabilités qui lui incomberont.

À 34 ans, la Québécoise sera la joueuse la plus âgée de l’équipe jusqu’à preuve du contraire. Son expérience sera certainement précieuse puisque plusieurs joueuses amorceront leur parcours professionnel à ses côtés.

«Pour moi, c’est d’être la force de l’équipe, a expliqué Bettez mardi, lors du dévoilement de l’identité de l’équipe au Casino de Montréal. J’ai de l’expérience; je pense que je suis la plus vieille. C’est sûr et certain que ça vient avec certaines responsabilités. Je vais apporter du plus profond de mon cœur tout le leadership que je peux avoir pour cette équipe.»

Décision difficile

En acceptant de rejoindre la Force, Bettez a dû tourner le dos à la Professional Women’s Hockey Players Association (PWHPA), qui militait pour de meilleures conditions de travail depuis la dissolution de la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), dont faisaient partie les Canadiennes de Montréal, et qui n’a jamais trouvé de terrain d’entente avec la PHF.

Pour elle, la PWHPA, qui n’offrait que peu d'opportunités de chausser les patins avec quelques matchs d’exhibition, n’était plus l’avenue à privilégier. Trois ans après ses derniers matchs significatifs, elle voulait reprendre l’action.

«Il me reste moins de millage à faire dans ma carrière professionnelle, a-t-elle expliqué. Ce dont j’étais tannée, c’est de ne pas jouer pour un championnat. Pour moi, c’est important de finir ma saison sur plusieurs parties. Je voulais faire ce saut, jouer pour un championnat, jouer dans une ligue établie. Pour moi, tout ça avait du sens.»

Chez elle

Bettez a également été charmée par la tournée de l’équipe, qui s’arrêtera notamment à Sept-Îles, d’où elle est originaire.

«Je suis très enjouée! s’est-elle exclamée. J’ai appelé ma grand-mère ce matin pour lui dire, elle était encore couchée! De pouvoir revenir là-bas, ça veut dire énormément. Tout a commencé là-bas pour moi. J’ai chaussé les patins à trois ans. Le fait de jouer devant des partisans, mais surtout devant ma famille... J’ai de la misère à trouver les bons mots, mais j’ai des frissons juste à y penser.»

Le président de l’équipe, Kevin Raphaël, n’est d'ailleurs pas peu fier de son coup.

«[Depuis] Sept-Îles, c’est rare que tu descendes en ville, a-t-il justement souligné. Je ne sais s’il y a beaucoup de gens de Sept-Îles qui ont vu Ann-Sophie jouer avec les Canadiennes. Je ne sais pas s’ils l’ont vu jouer avec le Canada. Mais là, je peux vous garantir qu’ils vont la voir jouer avec la Force.»