Omnium banque Nationale

En pleurs, Serena fait ses adieux à Toronto

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C’est émue aux larmes que la grande Serena Williams a fait ses adieux à ses fans canadiens, mercredi soir à l’Omnium Banque Nationale, quelque 24 heures après avoir annoncé qu’elle prendrait sa retraite dans les prochaines semaines.

«Comme je l’ai écrit dans mon article [paru dans le magazine Vogue mardi], je suis terrible dans les adieux. Mais... au revoir Toronto», a lancé à la foule la plus grande joueuse de tous les temps.

À voir dans la vidéo, ci-dessus et ci-contre.

Williams a essuyé ses larmes à quelques reprises sur le terrain, dans les minutes qui ont suivi son revers au deuxième tour, 6-2 et 6-4, face à la Suissesse Belinda Bencic.

Il n’est pas coutume au tennis d’interviewer sur le terrain la perdante d’un match. Mais cette soirée de mercredi n’en était pas une normale.

Comme ce sera le cas à chaque tournoi que disputera désormais la légende américaine, qui n’a pas annoncé le moment précis de sa retraite, cette rencontre a été l’occasion d’honorer la carrière de Williams, détentrice de 23 titres en simple en Grand Chelem.

«On t’aime, Serena!»

Des fleurs, un tableau ainsi que des chandails des Maple Leafs et des Raptors lui ont été remis sur le terrain. Sous les applaudissements nourris d’un central plein à craquer d’où fusait les «on t’aime, Serena!» et les «tu vas nous manquer!»

«Je vous aime aussi!», a répondu Serena à la foule.

Éliminée par Bencic, Williams fait ses adieux au Canada -

Avant le match, une vidéo hommage dans laquelle figuraient Billie Jean King, ex-championne et fondatrice de la WTA, plusieurs joueuses actuelles et aussi Wayne Gretzky a été diffusée sur l’écran géant du stade.

Les fans se sont levés d’un trait pour accueillir la reine du tennis quand elle a fait son entrée dans l’enceinte. Les applaudissements, alors plutôt timides pour ce grand moment, sont devenus assourdissants quand l’annonceur a présenté la gagnante de 73 titres de la WTA.

Une lourde commande

Williams, bientôt 41 ans, avait trimé dur au premier tour, lundi, face à l’Espagnole Nurria Parrizas Diaz, 57e mondiale.

Il s’agissait seulement de son deuxième match en 13 mois, après la défaite qu’elle avait encaissée d’entrée de jeu à Wimbledon, à la fin juin.

Cette année d’absence des terrains, due à une blessure à la jambe subie en 2021 au All England Club, a fait chuter l’ex-numéro 1 hors du classement de la WTA.

La rencontre face à Bencic, 12e au monde et de 15 ans sa cadette, s’annonçait donc corsée.

Et elle l’a été. Peu en jambes, peut-être ébranlée par ces dernières 24 heures qui ont été «spéciales», selon ses propres dires, l’Américaine a multiplié les fautes directes.

Mais elle a aussi connu quelques moments de grâce, notamment au service, où sa première balle a parfois fait des dégâts comme dans ses meilleures années.

Williams a d’ailleurs réussi un as dès son premier point de la rencontre.

Crédit photo : AFP

«Merci du fond du cœur»

Nullement impressionnée par ce grand moment auquel elle prenait part, Bencic a profité des largesses de son adversaire.

La Suissesse a brisé Williams dès le troisième jeu, sur un deuxième service complètement raté. Elle a ensuite facilement filé avec la manche.

«Ce fut une soirée spéciale, a pointé Bencic en conférence de presse. Il n’était pas seulement question de tennis, mais de Serena et de sa carrière.»

«Ce n’est jamais facile de l’affronter. C’est comme si on sentait toujours son aura, a-t-elle poursuivi. [...] Bien sûr que je suis contente d’avoir gagné, mais je suis aussi un peu triste. Je ne veux pas qu’elle prenne sa retraite.»

Crédit photo : Photo AFP

Mais au grand plaisir des 12 500 amateurs présents dans le stade, la seconde s’est avérée plus serrée, Serena tenant le coup jusqu’au septième jeu, quand elle a perdu son service pour la première fois du set.

Une frappe retournée hors des lignes à 5-4 pour Bencic a ensuite mis un terme au tournoi de Williams.

Elle a du même coup sonné le glas de sa carrière en sol canadien, où elle a été titrée à trois occasions (2001, 2011 et 2013), chaque fois à Toronto.

Crédit photo : Photo Agence QMI, Dominic Chan

L’ultime adieu pourrait avoir lieu aux Internationaux des États-Unis, qui débuteront le 29 septembre, et où Serena a gagné son premier majeur en 1999.

«Les dernières heures ont été chargées en émotions, a reconnu l’Américaine. J’ai toujours aimé jouer ici, devant vous. J’aurais aimé être meilleure aujourd’hui.»

«Mais merci. Merci du fond du cœur.»

Crédit photo : Dominic Chan / Agence QMI

Tout a commencé à Québec

C’est au Club Avantage que Serena a disputé le premier tournoi de son illustre carrière

Elle a joué des centaines de tournois partout dans le monde durant sa longue et faste carrière, mais c’est à Québec, au Club Avantage, que Serena Williams a disputé son tout premier chez les professionnelles, en octobre 1995.

L’Américaine avait tout juste 14 ans. Il lui avait fallu obtenir une dérogation de la WTA afin de prendre part à l’événement, les épreuves pros étant réservées aux athlètes de 15 ans et plus.

À l’époque, hormis peut-être son père Richard, personne ne se doutait qu’elle deviendrait un jour la plus grande joueuse de tennis de tous les temps, du haut de ses 23 titres majeurs.

Crédit photo : AFP

D’ailleurs, la très jeune Serena s’était alors inclinée dès le premier tour des qualifications contre une compatriote, Annie Miller, classée à l’époque 141e.

«Je me rappelle très bien de Serena qui courait partout dans le stade, tellement elle était excitée d’être là et de jouer, raconte en riant Jacques Hérisset. Son père était venu avec elle. Évidemment, personne ne pouvait imaginer la carrière qui l’attendait...»

Un précieux chèque de 240 $

À cette époque, M. Hérisset n’était pas encore aux commandes du Challenge Bell. Celui que l’on surnomme affectueusement «Monsieur Tennis» à Québec s’occupait des bénévoles et apprenait de Richard Legendre les rouages du métier de directeur.

Si, 27 ans plus tard, Jacques Hérisset a encore bien en mémoire la venue de Serena à Québec, la légende n’a pas oublié non plus l’endroit où elle a donné ses premiers coups de raquette sur la WTA.

«Je me rappelle, quand elle avait atteint les 22 millions $ en bourses, Serena avait mentionné son premier chèque obtenu à Québec», souligne M. Hérisset.

En effet, en 2009, après être devenue l’athlète féminine la plus riche de l’histoire au terme des Internationaux d’Australie – elle devançait alors la golfeuse suédoise Annika Sorenstam –, la cadette des sœurs Williams avait évoqué ce chèque de... 240 $.

«Je me souviens du jour où j’ai touché mon premier chèque à Québec, en 1995, avait relaté l’ancienne numéro 1 mondiale. Même si je pensais à ce moment pouvoir faire une belle carrière dans le tennis, je n’aurais jamais imaginé, voire rêvé la suite.»

Invitation au curling

Serena Williams n’est plus jamais revenue à Québec par la suite. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé, même dans les années plus glorieuses de sa carrière, pointe M. Hérisset.

«Avec Eugène [Lapierre], on l’a invitée par la suite, pointe-t-il. On avait eu de bonnes discussions avec son agent. On était passé proche et la seule raison pour laquelle elle n’était pas venue, c’est parce qu’elle avait beaucoup de tournois dans les semaines précédentes.»

Son aînée Venus a aussi disputé le Challenge Bell. Elle s’était inclinée en finale, en 2014. «Quand Venus est venue, on l’avait fait jouer au curling. Et elle avait appelé Serena pour lui dire : “tu dois venir à Québec pour essayer ça!” Même leur père voulait venir jouer», se souvient M. Hérisset en rigolant.