Canadiens de Montréal

Matheson: ce qui se cache derrière l'«être humain cinq étoiles»

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La nouvelle acquisition des Canadiens de Montréal, Mike Matheson, est un homme qui aime se fondre dans la masse. À preuve, il n’est même pas le meilleur joueur de hockey de son couple; sa femme, Emily Matheson, peut se targuer d’avoir raflé l’or avec les États-Unis aux Jeux olympiques de Pyeongchang. 

Cela lui a souvent valu les moqueries de Jeff York, son ex-entraîneur qui s’est chargé de son développement durant trois ans dans la NCAA avec Boston College. 

«Je lui rappelle souvent ce fait pour lui tirer la pipe, confirme l’homme de hockey au bout du fil lors d’un entretien avec le TVASports.ca. Se faire des amis, c’est naturel chez lui. Sa famille lui a inculqué cette qualité et il la développe depuis plusieurs années déjà, depuis le hockey midget. 

«Mike fait partie d’une équipe. Ce n’est jamais à propos de Michael. Il n’a pas besoin d’être le premier joueur en ligne. Il se mêle au groupe dès le premier jour.»

C’est donc à cela que son ancien agent désormais directeur général des Canadiens, Kent Hughes, faisait allusion lorsqu’il qualifiait Matheson d’être humain «cinq étoiles». Parce que Matheson est bien plus qu’un joueur de hockey quand on y regarde de plus près.

Après tout, il aurait très bien pu abandonner ses études en psychologie lorsqu’il a quitté Boston College avant sa quatrième année d’université pour faire le saut chez les professionnels. Le studieux athlète est allé au bout de ses ambitions pour compléter sa maîtrise alors même qu’il tentait de s’établir dans la meilleure ligue au monde. 

«C’est un jeune homme avec une perspective intéressante sur le monde entier, sur tous les volets de la société. Ce n’est pas un simple joueur de hockey», souligne son ancien entraîneur. 

Un coup de patin élite

Bon, Matheson ne cherche pas à attirer les réflecteurs vers lui; n’empêche, l’amateur de hockey ne peut rester insensible à la grâce de son coup de patin.

Le Québécois, né à Pointe-Claire, se déplace en effleurant majestueusement la glace. Sans creuser. Sans mouvement superflu. Il s’agit sans conteste de sa marque de commerce. 

«C’est la première chose qu’on a remarquée lorsqu’il est arrivé dans notre programme, raconte Jeff York. Il avait un coup de patin de classe mondiale, digne de l’élite.»

Si bien que l’ancien directeur général des Panthers de la Floride Dale Tallon voyait en lui une émule de Duncan Keith, une conviction qui l’a encouragé à lui consentir un généreux contrat de 39 millions $ sur huit ans en 2017 alors que Matheson n’avait jusqu’ici rien cassé dans la Ligue nationale. 

Ce contrat a pesé lourd sur le jeune défenseur, qui a perdu ses repères avec les Panthers avant de les retrouver avec les Penguins de Pittsburgh grâce aux bons soins de leur entraîneur adjoint responsable des défenseurs, Todd Reirden. 

«Ses aptitudes avec la rondelle sont devenues tellement meilleures [que dans la NCAA], reconnaît York. Il est plus calme, il fait les bons jeux. Je crois que Todd a fait un travail fantastique avec lui en lui montrant des vidéos et en lui apprenant à jouer dans toutes les différentes situations. 

«Pour la petite histoire, j’ai moi-même dirigé Todd à l’époque où il évoluait à Bowling Green. J’ai donc souvent discuté avec lui pour prendre des nouvelles de Mike et je peux te dire qu’il était très excité de son progrès.»

Il se développe encore

Puisqu’il est cérébral, allumé et sérieux, Matheson continue de se développer à 28 ans et après sept saisons dans la LNH. Ce faisant, les qualités athlétiques qui lui ont valu d’être choisi au premier tour du repêchage de 2012 commencent de plus en plus à se manifester.

L’an dernier, il est passé à un autre niveau avec les Penguins : ses 11 buts marqués à égalité numérique l’ont placé au huitième rang chez les défenseurs de la LNH, ex aequo avec Devon Toews de l’Avalanche du Colorado. Ses 31 points en 74 matchs représentent pour lui un sommet personnel. 

Et il y a encore place à l’amélioration. Matheson a enregistré ces résultats en étant utilisé en moyenne seulement 43 secondes par match en avantage numérique. À Montréal, il risque fort d’avoir des responsabilités accrues dans ce département. 

«Il a un bon tir, la rondelle sort rapidement de sa lame, note York. C’est sûr qu’en avantage numérique à Pittsburgh, c’est souvent Malkin et Crosby qui ont la rondelle. Il aura la chance d’avoir un plus grand impact à 5 contre 4. Mais c’est à 3 contre 3 que vous le verrez dominer. Il est de la dynamite dans cette facette du jeu grâce à son coup de patin.» 

En fait, oubliez les situations de jeu. Matheson aura la chance de jouer davantage... tout court. Il devient presque de facto le défenseur numéro un des Canadiens. Ça tombe bien, puisqu’il est en mesure de passer beaucoup de temps sur la glace sans perdre de sa superbe. 

«Il ne s’essouffle jamais, assure York. Il peut faire une présence de 40-45 secondes et, même s’il reste coincé dans son territoire, il n’est pas à bout de souffle, les genoux fléchis, en train de reprendre ses esprits. Il est dans une fantastique forme physique.»

Ce sont les jeunes Justin Barron, Kaiden Guhle et Jordan Harris qui pourront le remercier, car sans cet «être humain cinq étoiles» dans la formation, ces recrues auraient très bien pu être envoyées à l'abattoir.