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Sport Canada était au courant, mais n’avait pas informé la ministre

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Le présumé viol collectif qui aurait été commis par des joueurs d’Équipe Canada lors du Championnat mondial de hockey junior de 2018 avait été porté à l’attention de Sport Canada par Hockey Canada, sans que la ministre des Sports de l’époque, Kirsty Duncan, soit mise au courant des allégations.

Sport Canada, une organisation fédérale placée sous l’égide du ministère du Patrimoine canadien, n’a pas non plus effectué de suivi du dossier après en avoir pris connaissance, a reconnu mardi son directeur principal des programmes, Michel Ruest, lors de son passage devant le comité parlementaire tâché d’enquêter sur cette sordide affaire survenue à London, en Ontario. 

L’actuelle ministre des Sports, Pascale St-Onge, a assuré de son côté lors de son propre témoignage devant le Comité permanent du patrimoine canadien qu’elle n’a pris connaissance des allégations de viol collectif que cette année. 

«Sport Canada, en aucun moment, n’a été informé [par Hockey Canada] de l’ampleur de ce qui s’était produit en 2018. Les informations qui ont été transmises [étaient] minimales», a-t-elle affirmé en se portant à la défense de Sport Canada. 

La ministre St-Onge a aussi rejeté le blâme de la gestion du dossier sur le dos d’Hockey Canada, dont les dirigeants «n’ont tout simplement plus droit à l’erreur». 

«Nos attentes sont donc très élevées envers les dirigeants de l’organisation et ils ont beaucoup de chemin à faire pour regagner notre confiance», a-t-elle déclaré, la gorge nouée par l’émotion. 

Rappelons qu’Hockey Canada se trouve sur la sellette depuis des semaines, après qu’il eut été révélé que l’organisation s’est entendue avec la présumée victime pour la dédommager en échange de son silence. Dans la foulée des révélations, des commanditaires se sont dissociés d’Hockey Canada, tandis que le gouvernement libéral a coupé ses fonds. 

La moitié des joueurs jamais interrogés 

Plus tôt en matinée, Danielle Robitaille, l’avocate du cabinet Henein Hutchison qui avait été embauché par Hockey Canada en 2018 pour enquêter sur les allégations de viol, a raconté avoir rencontré seulement 10 des 19 joueurs qui formaient l’équipe canadienne. Parmi les autres, deux ont dit préférer attendre la conclusion de l’enquête avant de parler, tandis que sept ont tout bonnement refusé de livrer leur version des faits. 

Après près de deux ans de démarche, son enquête avait été tablettée en septembre 2020, faute de collaboration de la victime alléguée. 

L’enquêtrice avait refilé un rapport périodique à Hockey Canada contenant quelques recommandations. Muette sur la nature de celles-ci, Mme Robitaille a toutefois dit que l’une d’entre elles était liée à la consommation d’alcool et qu’elle a été implantée par l’organisation. 

La situation a cependant changé le 9 juillet dernier, alors que la victime a renoué contact avec l’équipe d’enquête, se disant prête à collaborer. «Nous avons maintenant le témoignage détaillé de la version des faits de la victime, et je suis maintenant en mesure de rencontrer les joueurs restants», a témoigné Mme Robitaille. 

Une brochette de dirigeants du monde du hockey, incluant les PDG de Hockey Canada et de la Fondation Hockey Canada, feront face aux parlementaires lors d’un autre passage devant le comité du Patrimoine mercredi. Leur témoignage du mois de juin avait suscité l’indignation des députés et de la société. 

Rappelons qu’Hockey Canada a dévoilé lundi un plan d’action visant à mettre fin à la «culture toxique». Il s’agit d’une des conditions imposées par la ministre pour qu’elle touche à nouveau au financement du fédéral. 

Par ailleurs, l’ancien joueur canadien de la Ligue nationale de hockey (LNH), Sheldon Kennedy, a réclamé sur Twitter mardi après-midi la démission de Scott Smith, le PDG de Hockey Canada, ainsi que de toute l’équipe de direction. M. Kennedy a lui-même été abusé sexuellement pendant plusieurs années et fut l’un des premiers joueurs à en parler ouvertement, dès la fin des années 1990. 

- Avec la collaboration de Raphaël Pirro