Tour de France

Tour de France: pour l’honneur de la France

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L’équipe Jumbo-Visma du maillot jaune possède des ressources illimitées pour déjouer les parieurs, mais ce ne sont pas les Français, un peu désespérés, qui vont s’en plaindre à la fin de ce Tour de France surprenant.

Le Bleu Christophe Laporte, fidèle lieutenant depuis le premier jour, a tenté le coup du kilomètre avant d’obtenir la récompense ultime pour services rendus, vendredi, lors de la 19e étape longue de 188 km.

À la barbe des rois du sprint, Laporte a placé une accélération sèche après la flamme rouge pour filer seul vers la ligne d’arrivée située à Cahors, en Occitanie.

Malgré plus de 3000 km dans les jambes, le peloton a avalé l’épreuve en moins de quatre heures à près de 49 km/h de moyenne.

Le Varois signe ainsi sa première victoire d’étape à son huitième Tour. Il avait connu la frustration de la deuxième place à Pau en 2018 et à Libourne en 2021.

Les partisans français obtiennent enfin leur première victoire sur la Grande Boucle 2022. Pour Jumbo-Visma, il s’agit d’un cinquième gain après les quatre de Wout van Aert et de Jonas Vingegaard.

Avec seulement deux étapes à faire, 11 formations sur les 22 présentes au Tour n’ont rien à leur palmarès.

Un scénario raté

Quinn Simmons et Matej Mohoric ont bien tenté d’animer la course, mais sans succès. À la fin, Alexis Gougeard, Fred Wright et Jasper Stuyven ont creusé un petit trou de 30 secondes, mais les espoirs se sont envolés près de l’arche des cinq kilomètres. Laporte a finalement balancé le scénario aux ordures en sortant du lot comme une fusée.

«Wout m’a dit qu’il ne se sentait pas assez en jambes pour sprinter, et que c’était à moi de jouer. Ensuite j’ai accéléré aux 500 mètres, je me suis retourné et j’avais fait un trou sur eux. Remporter une étape du Tour de France, c’est le rêve de tout coureur. Ça ne se présente pas tous les jours. Cela compte aussi de ne pas laisser la patrie bredouille», a notamment affirmé le gagnant de 29 ans.

À quelques heures d’un triomphe à Paris, Vingegaard a salué le fait d’armes de son équipier.

«Je suis très heureux qu’on ait pu faire gagner Christophe, il le mérite tellement. Il a été là pendant trois semaines, le fait qu’il puisse avoir son étape montre aussi quel type d’équipe nous sommes.»

L’ours n’étant pas tué encore, le maillot jaune a refusé de spéculer sur le résultat du contre-la-montre individuel prévu samedi.

«Je n’ai pas de stratégie, je vais juste faire tout ce que je peux, en espérant que ce soit suffisant [pour être couronné].»

Un espoir

Pour déposséder le Danois de sa précieuse tunique, Tadej Pogacar devrait le battre de trois minutes et demie sur 40 km. Sauf catastrophe, les chances sont extrêmement minces.

«Je sais que je donnerai tout. J’ai fait à deux reprises la reconnaissance du parcours. Je ne m’attends pas à une énorme surprise, mais on ne sait jamais», a même reconnu le Slovène, deuxième au classement général.

Pour sa part, Wout van Aert a félicité sa formation Jumbo.

«On a encore montré à quel point l’équipe est forte. Mais avec tout ce que Laporte fait pour moi, ça compte beaucoup de le voir gagner aussi», a-t-il ajouté.

Et si Jumbo n’est pas rassasiée, le Belge pourrait encore enlever l’une ou l’autre des étapes ce week-end.

Paris est tout proche

Même si près d’une quarantaine de cyclistes blessés ou malades ont quitté le Tour de France, les quatre Canadiens toujours en selle devraient avoir l’occasion de célébrer ensemble dimanche soir sur les Champs-Élysées.

Le héros de ce Tour, Hugo Houle, était encore aux avant-postes vendredi. Au bout du compte, il a fini au 24e rang de cette étape ultrarapide.

Au classement général, son nom apparaît désormais en 22e position, ce qui est exceptionnel puisqu’il a volontairement levé le pied lors d’une ou deux journées.

Résilience

«On se rapproche de plus en plus de la fin. Tout a bien été. Je suis super content pour Christophe Laporte. C’est un costaud qui s’est donné trois semaines à son leader. Il le mérite», a observé Houle, qui connaît très bien le sens de ses paroles au sujet du Français.

Le Québécois n’entend pas ralentir au contre-la-montre samedi à Lacapelle-Marival.

«Je pense que je vais faire un bon chrono. Je me sens bien et je pense bien faire. [Guillaume] Boivin m’a dit de l’essayer !» a-t-il plaisanté.

De son côté, Boivin avait lancé dans la première semaine qu’il ne savait pas comment il ferait pour rallier Paris. Le Québécois semble avoir trouvé la solution puisque la tour Eiffel n’est plus très loin.

«Je vais être content d’arriver. La dernière semaine, les jambes sont mieux. Je voulais faire le sprint, mais ça n’a pas marché. C’est un bon camp d’entraînement !» a-t-il lancé mi-sérieux.

Boivin est fier de la performance de son équipe, mais aussi de ses compatriotes.

Duchesne impressionne

«On fait un tour fantastique. J’aurais aimé en faire un peu plus, mais le tremplin sera bon pour la fin de saison. Antoine [Duchesne] fait un excellent tour pour son meneur. Je ne l’ai jamais vu aussi fort de ma vie.»

Chez Groupama-FDJ, Duchesne est toujours visible à l’écran chaque jour. Il abat une besogne parfois peu reconnue du public, mais combien essentielle pour son capitaine David Gaudu, quatrième au cumulatif.

Enfin, l’Ontarien Michael Woods a vécu un peu de malchance sur ce Tour, mais n’eût été l’exploit de Houle, il aurait peut-être lui-même remporté la 16e étape, ce qui fait la beauté du sport.