Canadiens de Montréal

Logan Mailloux brise le silence

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Il y a Logan Mailloux, le jeune défenseur de 19 ans qui rêve d’endosser l’uniforme du Canadien. Mais il y a aussi Logan Mailloux, le jeune homme qui aspire à la rédemption après avoir commis un geste odieux envers une jeune femme il y a deux ans.

Choix controversé de premier tour, 31e au total, en 2021, Mailloux n’avait pas parlé publiquement depuis le 24 juillet, l’an dernier, soit au lendemain de sa sélection par Marc Bergevin et Trevor Timmins.

Invité au camp de développement et présent dans l’entourage du Tricolore pour une première fois cette semaine, l’Ontarien a décrit son cheminement depuis qu’il a été reconnu coupable d’un crime à caractère sexuel (diffamation et partage d’une photo intime sans le consentement de la victime). À l’automne 2020, au moment des faits, il portait les couleurs du SK Lejon en Suède et il avait 17 ans.

Le choix de Mailloux avait plongé le CH dans une controverse, forçant même Geoff Molson à s’excuser auprès des partisans.

«Si je pouvais, je modifierais tout ce que j’ai fait [à la victime], c’est sûr à 100 %, a dit mardi le défenseur. J’ai vraiment changé en tant que personne et être humain lors de la dernière année. J’ai appris énormément. Je n’étais pas suffisamment éduqué et là, je pense l’être. L’éducation que j’ai reçue est incroyable. J’ai gagné en maturité très rapidement. Je partais de loin.»

«J’ai beaucoup travaillé dans la dernière année. Je veux être un Canadien de Montréal, c’est ici que je veux jouer. Ce fut assurément un long cheminement pour me rendre ici. J’ai participé à plusieurs démarches, des rencontres avec des thérapeutes, des professionnels. J’ai suivi des cours, des formations éducatives, beaucoup de choses.»

Des efforts

À la gauche de Mailloux lors de la mêlée de presse, Rob Ramage, l’un des directeurs du développement des joueurs chez le Tricolore, a corroboré les dires de son jeune protégé.

«Le Canadien considère qu’il a accompli les efforts, sinon il ne serait pas ici», a souligné Ramage.

Quand on lui demande de préciser le chemin parcouru par le joueur des Knights de London, il s’est dit charmé par son sérieux.

«Il a mis les efforts. Quand j’ai vu tous les programmes qu’il devait compléter, je me disais que c’était beaucoup de travail. Mais il ne l’a pas uniquement fait, il l’a fait pour devenir une meilleure personne et avec sincérité.»

À quelques jours du repêchage de 2021, Mailloux avait écrit un mot pour demander aux 32 équipes de la LNH de ne pas le sélectionner. À ses yeux, il n’avait pas la légitimité morale pour recevoir une telle récompense. Un an plus tard, il n’a pas changé d’opinion.

«Je crois encore que je ne le méritais pas, a-t-il répliqué. Mais, en même temps, j’étais extrêmement reconnaissant qu’on m’accorde cette occasion. C’est un privilège et non un droit d’être repêché et de faire partie de l’organisation du Canadien. J’aborde le tout avec humilité et j’obtiens un grand support de l’organisation. Les dirigeants m’ont beaucoup aidé.»

Changer le négatif en positif

Blessé à une épaule, Mailloux a patiné avec un thérapeute de l’équipe depuis le début du camp de développement. D’ici les prochains mois, il aura comme objectif de convaincre le directeur général Kent Hughes et son patron Jeff Gorton de lui offrir un premier contrat professionnel.

«J’aurai comme but de me prouver que je mérite cette chance, a dit le natif de Belle River. J’ai fait ce cheminement pour moi, non pas pour obtenir un contrat de la LNH. Ce n’est pas lié au hockey. Je veux devenir un meneur dans la communauté, que ce soit ici ou à la maison à London. Mais je dois d’abord le prouver à moi-même avant les autres.»

«C’est difficile chaque jour, j’y pense au quotidien et je sais que la victime doit également composer avec ça. Je vais devoir composer avec ça pour le reste de mes jours et elle également.»

Mailloux voudra maintenant tourner une histoire négative en un récit positif en partageant ses erreurs du passé avec des coéquipiers ou de plus jeunes joueurs.

Dans les plans du CH

«Rob pourrait être le visage de la deuxième chance»

Logan Mailloux a lancé un regard à sa gauche avant d’y aller de cette phrase très symbolique. Aujourd’hui directeur du développement des joueurs avec le Canadien, Rob Ramage a replacé sa vie sur le droit chemin après un grave accident de la route en 2007.

Reconnu coupable de quatre chefs d’accusation d’ivresse au volant qui a mené au décès de son ami Keith Magnuson, Ramage avait reçu une peine de quatre ans de prison, mais il avait finalement été libéré en retour d’une caution.

«Quand le Canadien m’a accordé cette chance, ça m’a donné l’occasion de parler à des jeunes comme Logan ainsi que des gens de la LNH et de la MLB. Je pouvais leur raconter mon histoire pour qu’il ne fasse pas la même erreur que moi. Ça n’aurait pas pu arriver si je n’avais pas obtenu cette deuxième chance.»

À l’emploi du CH depuis la saison 2014-2015, l’ancien défenseur de la LNH avait travaillé deux ans auparavant pour les Blues de St. Louis comme recruteur. Tout comme Ramage, Mailloux rêve d’une deuxième chance.

«J’ai discuté avec Rob pratiquement chaque semaine depuis que je suis membre de l’organisation du Canadien, a précisé l’Ontarien de 19 ans. Il a été un merveilleux mentor pour moi. Quand je traversais des moments plus difficiles, je pouvais compter sur son aide.»

«C’est ce que je fais comme entraîneur de développement, a renchéri Ramage. C’est un espoir et il est un jeune homme qui a commis une erreur. J’ai moi-même vécu des enjeux et je me suis assuré de conserver un contact avec lui. Logan vient de London tout comme moi, donc c’était facile d’aller le voir.»

Du potentiel

Suspendu pour les premiers mois de la saison dans la Ligue junior de l’Ontario, Mailloux a joué seulement 12 matchs la saison dernière avec les Knights de London. Il a obtenu neuf points (3 buts, 6 passes).

«À son retour au jeu, il a impressionné plusieurs personnes, a noté Francis Bouillon, aussi responsable du développement chez le Tricolore. Il a récolté des points, il se démarquait comme jeune dans le junior. Mais il s’est blessé à une épaule en fin de saison. Il n’a pas été chanceux. Il a un potentiel énorme. Il est un bon patineur. Il est fluide. Son futur avec l’organisation est assez clair.»

Aux dires de Bouillon, Mailloux sera assez fort mentalement pour survivre à un marché comme celui de Montréal.

«Logan est une bonne personne, un bon jeune. Encore une fois, s’il avait dit que ses actes n’étaient pas graves... Mais il sait que c’était grave, ce qu’il a fait. Il est conscient. Il a travaillé fort avec plusieurs intervenants pour s’en sortir et devenir une meilleure personne. Quand tu le rencontres, tu réalises rapidement qu’il est sérieux et honnête.»

MARC-ANDRÉ PERREAULT AU TVA NOUVELLES -