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Repêchage de la LNH

Blackhawks: ce qui se tramait dans les coulisses du repêchage

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Sur le plan du recrutement amateur, les Blackhawks de Chicago sont passés d’une situation peu enviable à une position favorable sur le plancher du repêchage, à Montréal, au grand dam des partisans qui pleuraient les départs d’Alex DeBrincat et de Kirby Dach, tous deux échangés jeudi.

Un vieux proverbe dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Et la haute direction des «Hawks» devra marcher sur les coquilles qu’elle a cassées pour plusieurs années après avoir échangé un double marqueur de 41 buts de 24 ans et un prometteur joueur de centre. 

Ces transactions impopulaires ont tout de même permis aux Blackhawks d’obtenir trois choix de premier tour, après n’en avoir possédé aucun le matin de la séance. Comme les spectateurs frénétiques dans les gradins du Centre Bell le soir du coup d’envoi, le responsable du recrutement national pour le Québec et l’Ontario, Alex Rouleau, a vécu sa part de montagnes russes en 48 heures. 

«C’est un de mes plus beaux repêchages à vie», a-t-il confié d’emblée lors d’un entretien avec le TVASports.ca. 

Son fils de bientôt 12 ans, Samuel, était à ses côtés sur la scène pour accueillir le défenseur offensif Kevin Korchinski avec la septième sélection au total - liquidée par les Sénateurs d’Ottawa en retour de leur nouvelle vedette DeBrincat - ainsi que l’attaquant Frank Nazar, puis l’arrière Sam Rinzel au 25e échelon.

Crédit photo : Le recruteur amateur national des Blackhawks, Alex Rouleau, et son fils Samuel.

Pas de fumée sans feu

Quelques heures plus tôt, Rouleau et l’équipe de recruteurs avaient reçu un mot d’ordre de la direction à l’hôtel.

«On s’est fait dire de se préparer, que les transactions pouvaient arriver et qu’on pourrait avoir des choix additionnels, raconte-t-il. On s’était préparé en fonction de toutes les possibilités. On avait une bonne idée que de gros noms pouvaient partir de Chicago. Ce n’était plus un secret à la fin. 

«Puis, ça commençait à sortir sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas de fumée sans feu.» 

Rouleau, un ancien défenseur des Foreurs de Val-d’Or repêché par les Penguins de Pittsburgh en 2001, était actif dans le recrutement de DeBrincat et aussi de Dach, lorsque l’organisation les a repêchés en 2016 et en 2019, respectivement.

Voilà l’une des ingrates réalités de la profession d’éclaireur de jeunes talents. 

«J’ai vécu (les transactions) de façon un peu divisé, car j’ai quand même participé au recrutement de DeBrincat, puis de Dach. Quand tu vois des joueurs que t’as recrutés se faire échanger, t’es toujours sous le choc. 

«Mais nous avons reçu de nouveaux choix, donc ce sont de nouvelles chances. Dans le cas d’Alex, c’est un ancien choix de deuxième tour qui nous a rapporté beaucoup. Ça veut dire qu’on a fait un bon job avec lui. C’est le travail du DG après. À partir de là, on embarque dans le bateau.»

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Donc, avec la deuxième sélection acquise des Sénateurs, l’équipe s’est approprié tôt au deuxième tour le joueur de centre Paul Ludwinski, un coéquipier de Shane Wright chez les Frontenacs de Kingston, qu’il décrit comme une «bougie d’allumage extrêmement polyvalente».

«Quand j’allais voir Kingston cette année, tu ne pouvais pas ne pas le remarquer, insiste Rouleau. Il bouge bien ses pieds et il est toujours dans le feu de l’action. Certains soirs, quand le trio de Wright était plus tranquille, ils pouvaient le muter à l’aile sur un de leurs premiers trios.»  

Samuel Savoie : un amour de longue date

Au tour suivant, les Blackhawks ont imité les Ducks d’Anaheim en pigeant chez les Olympiques de Gatineau.

Après Noah Warren (42e rang) et Tristan Luneau (53e), l’attaquant néo-brunswickois Samuel Savoie est devenu le troisième protégé de Louis Robitaille à recevoir un chandail de la LNH. Comme ses coéquipiers, l’ailier gauche acadien était parmi les quatre joueurs que les Olympiques avaient repêchés à l’encan de 2020 de la LHJMQ.  

Le directeur du recrutement des Blackhawks, Mike Doneghey, l'a décrit comme une «boule d’énergie» lors de son bilan de la cuvée, vendredi après-midi. Savoie compare lui-même son style de jeu à ceux de Brad Marchand et de Sam Bennett, ce qui ne peut lui nuire dans une entrevue d’équipe pour gagner des points. 

Crédit photo : Joël Lemay / Agence QMI

Rouleau dit l'épier depuis longtemps, puisque la région de l'Outaouais - Ottawa incluse - est sur son chemin lorsqu'il entame ou conclut ses voyages. Il illustre son propos en s'autoproclamant «à peu près le seul recruteur au monde qui habite en Abitibi».

«Ce que t’entends, c’est ce qu’on aime, note-t-il. Chaque fois qu’on le voit jouer, il a l’énergie au plancher. Il est très actif et il n’a pas peur d’aller au filet. Il a du fun et il a envie de faire une différence. Ce sont des qualités qui nous attirent. 

«Doneghey a fait le voyage pour le voir jouer à Gatineau, car la ville est convenablement située pendant les voyages de recruteurs pour observer. Nos supérieurs étaient venus le voir jouer, même les grands boss à un certain moment. Brian Campbell (le conseiller spécial aux opérations) y était, il est très près de la direction.» 

Pour le jeu des comparaisons, il y a de quoi conquérir les partisans, mais les recruteurs préfèrent jouer de prudence lorsqu’on leur demande de comparer un espoir à un patineur de la LNH.

«C’est la question la plus difficile à laquelle répondre. C’est dur de comparer, mais si tu regardes des joueurs repêchés cette année, il a beaucoup de similitudes avec des joueurs des Frontenacs, fait-il savoir en évoquant Ludwinski.

«La vitesse des pieds et sa rapidité globale. Il est comme un couteau suisse. Il peut jouer plusieurs rôles tout en amenant une étincelle. Ce sera le fun de travailler avec lui, car il peut donner des options peu importe qui est son entraîneur.»

Le plan de l'ère Davidson

Comme c’est le cas à Anaheim, un vent de changement souffle dans la «Ville des vents» et le nouveau DG Kyle Davidson a passé une commande à ses éclaireurs.

Ce n’est pas un hasard s’ils ont repêché 11 espoirs, dont huit attaquants, dans les sept tours.

«Une ligne de conduite est assez claire en regardant nos choix dans l’ensemble. Le trait commun c’est la vitesse, explique-t-il. Nazar est extrêmement rapide. Ludwinski et Savoie patinent avec un haut niveau de rapidité. 

«Le trait commun est facile à voir. La nouvelle direction voulait mettre l'accent sur la vitesse cette année.»

Certains experts se demandaient si cette concession à la dérive n’aurait pas dû attendre le cru de 2023 pour faire le plein d’espoirs dans un encan plus relevé. Il faut comprendre que c’est dès maintenant que s’engrange la reconstruction.

«Pour toutes les cuvées, ça fait un an qu’on cherche des joueurs, qu’on les regarde travailler, qu’on les aime et qu’on a envie de travailler avec eux si c’est un bon fit

«Pourquoi attendre un an de plus, quand nous sommes dans des années importantes? Notre DG, sa vision est de dire "on efface et on recommence". C’est ce qu’il a fait pour recommencer le plus vite possible.»

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En ce qui a trait à Korchinski, le premier choix des Blackhawks, aucune décision n’est prise pour le moment. Il se présentera au camp de développement, lundi.

«Le plan est de ne pas le brusquer. Si l’organisation sent qu’il n’est pas prêt, il poursuivra son apprentissage. On va lui laisser le temps.»