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Roland-Garros: «Phénoménadal» pour une 14e fois

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Sa place dans l’Histoire était déjà assurée. Mais dimanche, pour la 14e fois de sa carrière, Rafael Nadal est parvenu à soulever à bout de bras la coupe des Mousquetaires, avant de l’embrasser devant le public en liesse sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros.

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L’exploit est phénoménal. «Phénoménadal», même, comme aiment dire certains amateurs de tennis. Et il a été réussi grâce à l’incomparable résilience de l’Espagnol, qui a non seulement battu un tableau relevé, mais aussi son pied gauche meurtri par un syndrome incurable pour y arriver. 

Certes, «Rafa» n’aura pas eu à puiser au fond de lui-même dimanche pour venir à bout du Norvégien Casper Ruud, le huitième favori ayant pris des allures de fantôme durant cette finale sèchement bouclée 6-3, 6-3 et 6-0 en 2 h 8 min

Quinzaine éprouvante

Mais le roi des lieux aura dû le faire souvent pendant cette quinzaine parisienne. Notamment devant le Québécois Félix Auger-Aliassime, qui l’a forcé à disputer une cinquième manche à la Porte d’Auteuil pour la quatrième fois seulement de sa carrière.

Puis en quarts face au Serbe Novak Djokovic, numéro 1 mondial et son plus grand rival, qu’il affrontait pour la 59e fois de sa carrière. 

Et finalement contre l’Allemand Alexander Zverev, qu’il ne menait que par une manche — remportée presque par miracle — après quasiment 3 heures de jeu, quand le troisième mondial s’est grièvement blessé la cheville. 

«C’est très difficile de décrire ce que je ressens. Je ne croyais pas pouvoir être là, à 36 ans, à nouveau compétitif dans le tournoi le plus important de ma carrière. Ça me donne beaucoup d’énergie pour continuer», a lancé Nadal dans son discours sur le terrain, après que plusieurs se sont questionnés sur la suite de sa carrière dans les derniers jours.

«Il m’a détruit»

Dimanche, contre le jeune Ruud, 23 ans, qui disputait sa première finale en Grand Chelem, «le roi de la terre battue» n’a pas eu à présenter son meilleur tennis pour triompher. 

Même s’il raffole lui-même de cette surface, le Norvégien n’a jamais réussi à déployer le jeu qui l’a mené jusqu’à cette rencontre ultime. Tendu, de son propre aveu, il a été brisé d’entrée dans chacune des manches. 

«Ç’a été très difficile, a reconnu ce dernier en point de presse. Je savais que ça le serait, il n’y avait qu’à regarder les chiffres. Mais il m’a détruit sur le court.»

Ruud a bien eu un sursaut d’orgueil au début du deuxième set, brisant à son tour Nadal pour prendre les devants 3-1. Mais visiblement en grande forme, l’Espagnol a recommencé à le promener de gauche à droite, avant de finir plusieurs points à la volée, pour s’approcher un peu plus du sacre.

Sacre qu’il a confirmé sur le service de son rival du jour, au terme d’une troisième manche qui a duré seulement 30 minutes. Contrairement à sa routine du passé, «l’ogre de l’ocre» ne s’est pas allongé sur la terre une fois sa victoire en poche. 

Il a modestement brandi les bras dans les airs, les yeux mouillés par l’émotion. 

«Je n’ai jamais rêvé d’atteindre les choses que j’ai atteintes, a confié le cinquième favori. Honnêtement, je ne me suis jamais considéré comme étant aussi bon. Bien sûr, c’est une surprise : si ça ne vous surprend pas de remporter 14 Roland-Garros, c’est parce que vous êtes super arrogant!»

Un record, encore

Ces 14 titres constituent évidemment un record. Il y a déjà 10 ans que Nadal a effacé la marque de six du Suédois Bjorn Borg. 

Mais pour saisir toute la portée de l’exploit, il faut se rappeler que l’Américain Pete Sampras a remporté 14 trophées majeurs dans toute sa carrière... et qu’on aura pensé au moment de sa retraite que cette marque ne serait jamais battue. 

Ce triomphe à Paris est aussi le 22e de la carrière de l’Espagnol en Grand Chelem, soit deux de plus que Djokovic et le Suisse Roger Federer. 

À 36 ans, malgré un pied blessé qui l’a forcé à recevoir des injections pendant le tournoi, il réussit également pour la première fois le doublé «Internationaux» d’Australie-Roland-Garros. 

«Pour moi, avoir ce trophée à mes côtés une fois de plus, ça veut tout dire et c’est très émouvant, a admis Nadal. C’est la plus émouvante des victoires, la plus inattendue d’une certaine manière.» 

Injections et interrogations 

Le pied gauche de Rafael Nadal a été tellement malmené pendant toute la quinzaine à Roland-Garros que le champion a reçu des injections visant à endormir la douleur avant chaque match. 

Un stratagème que l’Espagnol ne veut plus répéter et qui le force à se questionner sur la suite de sa carrière. Car l’une de ces solutions de rechange serait une intervention chirurgicale impliquant une longue convalescence et ne lui assurant pas d’être encore compétitif par la suite.

Sans injections, Nadal ne sait donc pas s’il sera à Wimbledon, même s’il souhaite de tout cœur disputer à la fin juin le tournoi mythique qu’il a remporté deux fois.

«Je serai à Wimbledon si mon corps est prêt pour jouer Wimbledon, a pointé “Rafa” en conférence de presse. [...] Mais bien sûr, je ne peux pas continuer à jouer en tournoi avec un pied endormi. Donc, maintenant, il va falloir retourner à la table de travail.»

Depuis ses 18 ans, Nadal souffre du syndrome de Müller-Weiss, «une pathologie chronique et incurable» qui provoque des douleurs consistantes sur le dessus de son pied, expliquait l’Agence France-Presse ce week-end. 

Incapable de marcher

Pour contrer ce mal, le joueur de 36 ans prend des antidouleurs. Mais à Paris, dans l’optique de remporter ce 14e titre, il a opté avec un médecin pour une solution plus radicale. 

Car après son match de deuxième tour contre le Français Corentin Moutet, Nadal ne pouvait même plus marcher, a-t-il confié à la télévision française dimanche. 

«Mon docteur a pu mettre un anesthésiant au niveau des nerfs et cela supprime toutes les sensations dans mon pied, a expliqué le champion. En même temps, c’est un plus grand risque. Comme on a moins de sensations, c’est un plus grand risque de se fouler la cheville.»

Trouver une solution

Avec son médecin, Nadal tentera dans la prochaine semaine de trouver une autre solution afin de couper la douleur. S’ils réussissent, celui qui retrouve la quatrième place mondiale aujourd’hui pourrait être présent sur le gazon du All England Club.

Dans les derniers jours, «Rafa» avait créé un flou entourant la suite de sa carrière. Refusant de parler de ses douleurs après les matchs, il avait dit qu’il discuterait de la suite après le tournoi. 

Nadal n’a toutefois jamais caché que depuis un moment, il dispute chaque match comme s’il s’agissait du dernier... parce qu’il craignait que ce le soit. 

«J’aime le tennis»

Dans son discours sur le Philippe-Chatrier, quelques minutes après avoir vaincu le Norvégien Casper Ruud, «l’ogre de l’ocre» n’a pas promis d’être de retour sur ce court qu’il aime tant, l’an prochain. Mais il a assuré qu’il allait «continuer à se battre». 

Questionné par les journalistes à savoir ce qui continuait à le pousser à aller de l’avant, malgré ses 14 titres à Roland-Garros et ses 22 en Grand Chelem, Nadal y est allé de cette réponse :

«L’idée n’est pas d’être le meilleur de l’histoire et de remporter toutes les victoires. C’est parce que j’aime jouer au tennis et j’aime la compétition. [...] C’est de vivre des moments qui vont rester en moi pour toujours et de jouer devant les meilleures foules et dans les meilleurs stades du monde.»