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Crédit : AFP

Repêchage de la LNH

1er choix du CH: un ancien recruteur en chef se prête au jeu

Publié | Mis à jour

Ancien directeur du recrutement amateur chez les Ducks d'Anaheim, Alain Chainey aime glaner des informations auprès de ses ex-collègues à l'approche de chaque repêchage. 

Cette année, il a remarqué quelque chose de curieux lorsqu'il mentionnait le nom du Slovaque Juraj Slafkovsky.   

«Quand je posais des questions à gauche et à droite et que je m'intéressais à son cas, il y avait un petit moment de silence, raconte le brillant homme de hockey. Il y avait un moment de réflexion qui me faisait dire : "Oups, je viens de toucher une corde sensible."»

Durant sa fructueuse carrière de plus de 20 ans à titre de recruteur et recruteur en chef, Chainey n'a jamais eu le privilège de repêcher avec le tout premier choix d'un encan. Le TVASports.ca lui a donné la chance de le faire : l'ex-dépisteur s'est prêté au jeu en effectuant la sélection très attendue des Canadiens de Montréal. 

«J'ai regardé d'assez près sur vidéo les cinq têtes d'affiche de la cuvée : Shane Wright, Slafkovsky, Logan Cooley, Simon Nemec et David Jiricek. Évidemment, lorsque tu vois un joueur sur vidéo, il y a des choses que tu peux manquer, comme son jeu défensif et son langage corporel quand il rentre au banc, car la caméra suit toujours le porteur de la rondelle.» 

N'empêche, l'analyste de TVA Sports en a assez vu pour s'avancer sur le podium. Avec le premier choix au total, Alain Chainey est fier de repêcher... 

«Slafkovsky. C'est le gars qui m'a le plus frappé dans tout ça. Et je m'inscris en faux avec ceux qui disent que Shane Wright est simplement bon, sans plus. C'est un excellent joueur qui va avoir une longue et fructueuse carrière, mais je voyais en Slafkovsky quelque chose de plus.»

Ce qui a séduit notre homme, c'est cet élément de rareté : combien d'attaquants de puissance de 6 pi 4 po avec autant de talent existent dans la Ligue nationale de hockey? Le spécimen est unique. 

Rare licorne          

«Ce que je vois en Slafkovsky, c'est un upside, un potentiel, un développement de croissance qui est vraiment impressionnant, s'émerveille Chainey, qui voit en lui une version plus imposante d'Andrei Svechnikov. Il faut qu'il améliore un peu son explosion sur patins, mais sa vitesse de pointe est très bonne. Ce n'est pas un patineur qui est lent. Il a de bonnes mains, un très bon tir. C'est un gars qui est engagé physiquement. Un joueur qui protège très, très bien sa rondelle. Il a un long bâton et s'en sert très bien.

«Il est difficile à contenir dans les coins de patinoire, le long des rampes. C'est une rare combinaison, finalement, de gabarit, de rapidité, d'habiletés et d'implication physique. Ce n'est pas le genre de joueur que tu retrouves très souvent...» 

Autre facteur pris en considération dans l'évaluation : les performances de Slafkovsky contre des hommes, lors des tournois internationaux, et ce, même si le calibre aux Jeux olympiques et au Championnat mondial de hockey n'est pas le plus relevé, car les meilleurs joueurs au monde n'y sont pas forcément. 

Alors qu'il n'avait même pas encore célébré ses 18 ans, Slafkovsky a été nommé joueur par excellence du tournoi olympique, fort d'une récolte de sept buts en autant de matchs. Il en a remis au Championnat mondial en amassant neuf points, dont trois buts, en huit rencontres. Dans l'histoire de ce tournoi, Patrik Laine est le seul joueur de 18 ans et moins à avoir été plus productif.

Et Chainey n'est pas alarmé outre mesure par la production décevante de Slafkovsky dans la Liiga (5 buts, 5 aides en 31 matchs), le meilleur circuit de la Finlande. 

«Ça ne me fait pas peur. J'ai déjà vu d'excellents joueurs sur le bout du banc dans les ligues d'élite en Europe. Ce sont des choses qui arrivent.» 

L'autre drapeau rouge fréquemment soulevé par les observateurs moins friands du jeu de Slafkovsky se rattache à son sens du jeu, plus précisément sa créativité avec la rondelle.

«Je ne vois pas de problème majeur par rapport à ça, rétorque Chainey. C'est sûr que ce n'est pas le joueur le plus créatif avec la rondelle, avec la meilleure vision. Par contre, il est capable de faire de bons jeux avec celle-ci. Il n'est pas aussi créatif que Logan Cooley, qui est très dynamique, ou que Shane Wright, qui est un excellent passeur qui peut ralentir le jeu. Ce n'est pas nécessairement son style. Mais tu ne peux pas être parfait partout. Slafkovsky, ce n'est pas nécessairement sa force, sa créativité avec la rondelle, mais je ne peux pas dire que c'est un dummy non plus. Il est capable de faire de bons jeux.

«Il arrive dans les coins et on le voit très souvent réussir à soutirer la rondelle aux joueurs adverses, réussir à se déplacer avec la rondelle et faire une bonne passe à son coéquipier. Maintenant, est-ce qu'il est crafty avec la rondelle et fait des jeux fantastiques comme peut le faire Nick Suzuki? Ça ne se compare pas. Ce n'est pas du tout son style. Mais dans un club de hockey, tu as besoin de toutes sortes de joueur.»

Slafkovsky, Juraj (1)
Crédit photo : Photo courtoisie, Dan Hickling

À la défense de Wright            

Bien qu'il lui préfère l'ailier de puissance du repêchage, Chainey ne veut pas être mêlé à certaines campagnes de salissage à l'endroit de Wright qui sont menées sur les réseaux sociaux. 

Si certains quidams sur internet prennent un malin plaisir à dénigrer le caractère du jeune homme, d'autres détracteurs plus raisonnables se contentent de lui reprocher un manque d'intensité, tout en lui reconnaissant ses qualités offensives. 

Or, les doutes persistants sur le niveau d'effort et l'engagement de Wright ne sont peut-être pas étrangers au fait qu'il est suivi étroitement depuis des années. 

«Il y a des joueurs qui paraissent nonchalants [sans forcément l'être], mentionne Chainey. C'est dans leur façon de se déplacer, leur façon d'agir. L'erreur que plusieurs recruteurs font lorsqu'ils observent un joueur trop souvent, c'est de finir par voir seulement ses défauts.» 

Mais il ne faut pas voir en Wright le sauveur que plusieurs premiers de classe avant lui sont devenus. 

«Est-ce qu'il va devenir un joueur étoile? Ce n'est peut-être pas le cas de Shane Wright. Les gens disent : "Peut-être un deuxième ou un premier joueur de centre." Mais écoute, il a un bon sens du jeu, un très bon tir et il se place quand même bien.» 

En passant, toutes les équipes de la Ligue nationale, même celles qui ne sont pas censées repêcher au premier tour, bâtissent une liste de A à Z en partant du premier rang au total. Cela signifie que les 32 équipes du circuit Bettman se poseront, dans les prochains jours, la question à laquelle les Canadiens devront répondre : Shane Wright ou Juraj Slafkovsky? 

Shane Wright of the Kingston Frontenacs. Photo by Terry Wilson / OHL Images.
Crédit photo : Photo d’archives

«Idéalement, le CH parviendrait à faire une transaction pour avoir le choix des Devils du New Jersey, lance Chainey. J'offrirais la lune pour ça! Ok, Jeff Petry, le choix des Flames, deux choix de deuxième tour, les veux-tu? Les voilà! Veux-tu un autre joueur? On va te le donner!» 

Pour les curieux, voici comment Chainey classe, dans l'ordre, les cinq têtes d'affiche qu'il a observées de près dans ses visionnements : Slafkovsky, Wright, Cooley, Nemec, Jiricek. 

Notre expert préfère effectivement Nemec à Jiricek chez les défenseurs. 

«Je le trouve plus complet par rapport à ce qu'il fait sans la rondelle et avec la rondelle. C'est un excellent passeur, il appuie bien l'attaque. Il est très calme avec le disque. Il prend de bonnes décisions; c'est ce que j'ai aimé de Nemec. Mais l'autre défenseur est dynamique aussi. Ça ne me surprendrait pas que des gens aient Jiricek avant Nemec.» 

Quoi qu'il en soit, ne soyez pas trop rigides et ne vous fiez pas abusivement aux différentes listes disponibles au grand public. Chaque année, il y a des surprises... 

«Les listes des équipes sont vraiment différentes de celles que tu vois sur internet. C'est le jour et la nuit, carrément», prévient Chainey.