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Crédit : AFP

Canadiens de Montréal

Un ex-recruteur tranchant se prononce sur la relève du CH

Publié | Mis à jour

On a souvent reproché à l’ex-recruteur de la LHJMQ Simon Boisvert son pessimisme et son cynisme à l’endroit des Canadiens de Montréal. La beauté dans tout ça, c’est que son opinion n’est pas teintée de partisanerie lorsqu’il est appelé à évaluer la relève de l’organisation. 

Celui qui s’est fait connaître pour ses opinions tranchantes sous le sobriquet «Snake70» sur la toile à l’époque a accepté de se prononcer sur plusieurs espoirs du CH lors d’un entretien téléphonique avec le TVASports.ca.    

Constat le plus alarmant : du côté de l’attaque, il manque un futur joueur d’impact digne de ce nom. Et il manque, selon lui, des futurs joueurs de la LNH tout court. Une situation que l’état-major espérera corriger au prochain repêchage. 

«Si tu enlèves Suzuki et Caufield qui sont déjà dans la LNH, c’est très, très mince», a observé Boisvert. 

Il ne cache toutefois pas son intérêt envers un joueur qu’il avait lui-même recommandé aux Foreurs de Val-d’Or lorsqu’il œuvrait à titre de recruteur. 

«Je trouve que l’espoir le plus talentueux des Canadiens à l’attaque, c’est Sean Farrell, mais il fait 5 pi 9 po. Il joue à Harvard et il va avoir déjà 21 ans l’année prochaine. Il perd des années de développement. S’il avait été à Laval cette année ou l’an prochain, [ç’aurait été plus emballant]. Il fait un peu du surplace, malheureusement, considérant son potentiel à l’attaque. 

«Mais côté talent, s’il y en a un qui ressortira et qui deviendra un top 6, d’après moi, ce sera lui.» 

Et Boisvert admet que Joshua Roy lui fait réfléchir depuis quelque temps. 

«Je t’avoue qu’il est très impressionnant cette année, surtout à 18 ans. Il n’a pas 19 ans. Tu dois toujours respecter un gars qui 1er pointeur de la ligue junior à 18 ans. Cependant, est-ce que ça va se transposer dans la LNH? Je ne trouve pas qu’il a une superbe vitesse d’exécution. Je l’avais bien aimé au camp d’entraînement au mois de septembre, mais ça demeure un camp d’entraînement. Pour le moment, c’est un point d’interrogation.  

«Je ne sais pas s’il va jouer dans la LNH. S’il prouve qu’il peut jouer, je le verrais au milieu de la formation, dans le top-9 dans le meilleur des cas.» 

Crédit photo : DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUEBEC

De futurs joueurs réguliers en défense       

Heureusement, le portrait est plus rose en défense, où plusieurs espoirs aspirent à jouer au plus haut niveau.

«Je vois beaucoup de possibles joueurs réguliers dans la LNH, que ce soit Jordan Harris, Justin Barron ou Kaiden Guhle. Je pense que ce sont trois gars qui joueront régulièrement dans la LNH, alors c’est déjà très bien», fait remarquer le Snake.

Le même problème persiste, toutefois : l’absence d’un véritable futur joueur d’impact. 

«On n’a pas nécessairement le Quinn Hughes qu’on aurait dû repêcher en 2018. Je ne vois pas de no 1 ou de no 2 en ce moment, confie Boisvert. Ce n’est pas facile d’aller en chercher un. Tu le trouves au repêchage. Cette année, tu vois, il n’y en a pas à mon avis. C’est mieux d’y aller avec un attaquant.» 

S’il n’accolerait jamais le qualificatif de général à Guhle en raison de ses aptitudes offensives limitées, Boisvert pourrait le voir assurer les arrières d’un défenseur plus porté vers l’attaque, un peu comme Marc-Édouard Vlasic l’a fait à la gauche de Brent Burns, avec les Sharks de San Jose. 

«Dans le meilleur des cas, le gars qui accompagne un genre de Quinn Hughes sur la 1re paire. Un accompagnateur de puck mover. Mais offensivement, c’est très, très limité. Offensivement, il a le potentiel d’une deuxième ou même troisième paire, mais comme il a un bon coup de patin et une bonne première passe, il pourrait accompagner sur la 1re paire un puck mover

«Ça pourrait être un shutdown à qui tu pourrais confier un 20-21 minutes par match. Mais il ne sera pas le défenseur no 1 du CH. Si c’est le défenseur numéro 1 du CH, le CH est dans le trouble.» 

C’est en Justin Barron que Simon Boisvert voit le plus grand potentiel en termes de production. 

«Je le vois sur une 2e unité d’avantage numérique à condition que le CH ait son quart-arrière sur la 1re. Barron, c’est un potentiel no 3 ou no 4. Il est encore jeune. Il n’avait même pas 20 ans quand il a commencé dans la Ligue américaine.» 

Notre homme ne partage pas l’enthousiasme débordant de certains amateurs lorsqu’il est question du projet Logan Mailloux. 

«Il a un potentiel pour jouer dans la LNH sauf que, pour le moment, il joue à peu près n’importe comment parce qu’il a un beau physique. Il fait ce qu’il veut sur la glace. Il fonce en zone adverse, il revient, il ne revient pas... Je le trouve un peu indiscipliné sur la glace par moments, je le trouve un peu polichon. 

«Mais c’est sûr qu’il a les outils nécessaires pour éventuellement atteindre la Ligue nationale. La question est de savoir : est-ce que ce sera un gars de 3e paire ou de 2e paire? Est-ce que ça lui prendra deux ans à Laval? Lui, c’est un projet.» 

Et pour ce que ça vaut, Boisvert n’a jamais cru en Mattias Norlinder, qui a connu une année difficile, tant en Suède qu’en Amérique du Nord. 

«Son potentiel, ça n’a jamais existé. En tant qu’espoir légitime, il n’a jamais existé», analyse candidement Boisvert, précisant toutefois que ses commentaires n’ont rien de personnel envers l’homme. 

Simon Boisvert, en vrac...        

Sur Emil Heineman, l’espoir obtenu des Flames dans l’échange de Tyler Toffoli...

«Son plafond, c'est joueur de soutien sur l'un des deux derniers trios. Ça, c'est s'il l'atteint. De là à critiquer l'échange? Non. Déjà, ils ont obtenu un 1er choix. C'est très rare que tu vas obtenir un espoir de 1er plan pour un joueur comme Toffoli. C'est très rare, point, que tu vas obtenir un joueur de 1er plan. Martin Erat contre Filip Forsberg, c'est une anomalie, c'est une joke!

«Règle générale, tu vas obtenir un gars qui a une chance de faire la LNH, mais qui est habituellement un joueur de soutien. Je ne critique pas l’échange du tout. Ils vont avoir le 1er choix de Calgary. C'est bon.» 

Sur la décision d’offrir un contrat d’entrée à Lucas Condotta, et non à Brett Stapley...

«Je comprends la décision de ne pas donner de contrat à Brett Stapley. Mais je comprends pas l’idée de Condotta, à moins qu’ils veulent simplement aller chercher un genre de policier comme c’est un gros bonhomme. Je pense que c’est ciblé pour ajouter du muscle à l’équipe.

«Stapley, c’est un choix de 7e tour, c’est un non-factor. Il y en a beaucoup de Brett Stapley dans la NCAA. Les gens regardent les listes de prospects et ils voient des joueurs de la LNH partout! À moment donné, il n’y en a pas tant que ça des NHLers! En moyenne, il y en a un et trois quart par équipe chaque repêchage. À peu près une cinquantaine, bon an mal an. 

«Les gens voient 20 prospects et 17 NHLers. Déjà, dans la liste du CH, ce n’est pas si pire. C’est juste qu’il n’y a pas le super joueur d’impact. Il faut espérer que ce soit au repêchage de cette année ou de l’an prochain.»