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Canadiens de Montréal

Steve Shutt salue son grand complice

Jean-François Chaumont

Publié | Mis à jour

Steve Shutt réfléchit quelques secondes avant d’offrir un dernier mot à Guy Lafleur. Il a la voix qui tremblote au téléphone, mais l’ancien numéro 22 retrouve ses sens pour laisser parler son cœur.

«C’était un sacré voyage (it’s been a hell of a ride). Je veux maintenant que tu reposes en paix. Je t’aime, Guy.»

De sa résidence de Sarasota en Floride, Shutt s’est remémoré avec plaisir ses années en compagnie de Lafleur.

«Guy était un grand coéquipier, un très bon ami et encore plus une bonne personne, a dit Shutt en entrevue au Journal de Montréal. Une de ses grandes forces, c’est qu’il était humble. Il ne se voyait pas comme une grande vedette, il ne se comportait pas comme une star. Il restait le même homme avec tout le monde.»

«Quand ton meilleur joueur reste terre-à-terre, il force tout le monde à agir de la même façon. Quand tu analyses les grandes équipes du Canadien, il y avait toujours des joueurs avec cette qualité. Avant Guy, c’était Jean Béliveau. Avant Jean, c’était le (Maurice) Rocket Richard.»

Une famille

Aux yeux de Shutt, il n’y avait aucune distinction selon les origines des joueurs. L’Ontarien n’a jamais eu le sentiment de se sentir à l’écart malgré la barrière de la langue avec plusieurs francophones au sein de l’équipe.

«Ça ne changeait rien dans notre vestiaire. L’origine du joueur n’avait pas d’importance. Quand tu rentrais dans ce vestiaire, tu étais un membre du Canadien de Montréal. Tu devenais un membre de la famille. C’était ça le plus important. Tu pouvais parler français, anglais ou russe, ça ne dérangeait pas. Tu jouais pour le Canadien, c’est tout.»

Pas juste les points

Quatrième choix au total au repêchage de 1972, Shutt a fait ses débuts avec le Canadien lors de la saison 1972-1973. Lafleur en était à sa deuxième saison à Montréal. Ils ont gagné la Coupe Stanley une première fois en 1973.

Shutt et Lafleur ont grandi ensemble dans l’environnement de l’équipe. Ils étaient au cœur des quatre conquêtes d’affilée de l’équipe de 1976 à 1979.

«Pour dix ans environ, Guy était le meilleur joueur de la LNH, a mentionné le Torontois d’origine. À mes yeux, il n’y a pas de doute qu’il était l’attaquant le plus dominant. Mon boulot consistait à ne pas avoir l’air fou en suivant Guy sur la patinoire ! Avec le recul, je peux dire que j’ai réussi à bien me débrouiller, mais je n’avais pas le talent de Guy. Il a fait de moi un meilleur joueur. Je savais qu’à tous les matchs, Guy se présentait pour jouer. Et je devais être au sommet de mon art, sinon, il me laissait dans le brouillard. Il m’a forcé à m’améliorer.»

Shutt a connu sa meilleure saison en 1976-1977 avec 60 buts et 105 points. Dans la grande histoire de l’équipe, Lafleur (60 buts en 1977-1978) et Shutt sont les deux uniques marqueurs de 60 buts.

«Les buts et les points, je n’y accordais pas d’importance, a-t-il répliqué. Nous voulions gagner. Et nous avions une équipe construite avec des joueurs différents. J’avais comme responsabilité de marquer des buts, comme Guy. J’obtenais aussi des points. Mais Bob Gainey avait un rôle aussi important, il empêchait les autres joueurs de marquer. Il devait empêcher 50 buts par année. Ken Dryden réalisait les gros arrêts, Larry (Robinson), Guy (Lapointe) et Serge (Savard) étaient notre « Big Three».

«Nous ne marquions pas des buts d’une façon égoïste pour atteindre des plateaux, nous voulions obtenir des buts pour permettre à l’équipe de gagner. Nous ne cherchions pas à devenir des héros.»

Sur une note plus personnelle, Shutt a rendu visite à Lafleur à la fin du mois de mars.

«Je suis venu à Montréal pour une promotion pour une figurine Bobblehead. Je lui ai rendu visite à sa maison. Il était là avec sa femme, Lise. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais il était assez bien. Je le trouvais serein.»