Guy Lafleur

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Canadiens de Montréal

Guy Lafleur: la décision de Scotty Bowman qui a tout changé

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Dans toute la glorieuse histoire du Canadien, le nom de Guy Lafleur est celui qui vient en tête de la colonne des pointeurs avec 1246. Au cours de sa carrière de 13 saisons complètes dans l’uniforme tricolore, il est devenu le premier joueur dans l’histoire de la LNH à connaître six saisons d’au moins 50 buts.

Cependant, tous ceux qui ont suivi la carrière de Lafleur ou dont l’histoire leur a été racontée par leur père, leur grand-père ou leur oncle savent que l’entrée du prodige des Remparts de Québec dans la LNH ne s’est pas faite sans difficulté.

Remarquez que tout est relatif. Aujourd’hui, une recrue qui marque près de 30 buts à chacune de ses deux premières saisons, c’est tout de même remarquable. Mais les attentes envers Lafleur, qui avait inscrit 130 buts à sa dernière campagne dans la LHJMQ, étaient si grandes, que cette récolte semblait insuffisante.

«Tout le monde s’attendait à ce que Guy connaisse les mêmes succès que Marcel Dionne, choisi au deuxième rang par Detroit, et que Richard Martin, que les Sabres, qui l’avait sélectionné au cinquième rang, avait jumelé avec Gilbert Perreault et René Robert», a raconté Scotty Bowman, lors d’un entretien avec l’auteur de ces lignes, vendredi.

«En plus, Jean Béliveau venait de prendre sa retraite. Pour les partisans, Guy devait être son successeur. Mais personne ne pouvait remplacer Béliveau, comme personne n’avait pu remplacer Maurice Richard, avant lui», a poursuivi celui qui a dirigé le Canadien de 1971 à 1979.

Dix ans de succès

La légende veut que Lafleur ait débloqué le jour où il a abandonné l’idée de porter un casque, laissant libre sa longue crinière blonde qui allait donner naissance à son surnom.

L’illustre entraîneur n’est pas tout à fait du même avis.

«C’est quand il a commencé à jouer à l’aile droite que ça a débloqué, a soutenu Bowman rappelant que Lafleur avait amorcé sa carrière au centre. Les joueurs de centre de l’époque étaient très expérimentés. Il y avait Stan Mikita, à Chicago, Phil Esposito, à Boston, Jean Ratelle, à New York, et Bobby Clarke, à Philadelphie. C’était une adaptation difficile pour un joueur arrivant du junior, surtout dans le cercle des mises au jeu.»

Bowman a également eu la main heureuse en jumelant la fierté de Thurso à Jacques Lemaire, au centre, et, successivement, à Pete Mahovlich et Steve Shutt sur le flanc gauche.

«À partir de là, il a connu 10 ans de succès. Guy était un joueur spécial, car il pouvait autant fabriquer des jeux que marquer des buts. Jean Béliveau pouvait faire la même chose, mais ce n’est pas tous les grands joueurs qui sont en mesure de faire les deux», at-il souligné.

«Évidemment, il y avait toujours quelqu’un pour le surveiller. À Boston, c’était Don Marcotte, l’un des meilleurs joueurs défensifs du circuit. À Buffalo, il y avait Craig Ramsay. Mais il pouvait compter sur ses compagnons de trio pour marquer et un peu soulager sa tâche», a poursuivi le pilote le plus décoré de l’histoire de la LNH avec neuf coupes Stanley.

Le but des buts

N’empêche que c’est sur les épaules du numéro 10 que tout le monde se rabattait dans les moments importants. Bowman se trouvait derrière le banc du Canadien pour 405 des 518 buts que Lafleur a inscrits dans l’uniforme bleu-blanc-rouge en saison régulière et 52 des 57 buts de séries éliminatoires.

Chaque fois qu’il pense à toutes ces fois où Lafleur a fait bouger les cordages, Bowman a le même souvenir qui lui revient en tête.

«Il n’y en a pas un de plus important que celui contre les Bruins, en 1979, dans le septième match de notre série demi-finale. On avait tiré de l’arrière pratiquement tout le match, puis il a accepté cette passe arrière de Lemaire pour marquer d’un superbe but sur un tir sur réception. Un tir d’une quarantaine de pieds, dans le coin inférieur du filet. Il n’y a pas un gardien qui aurait pu arrêter ce tir», a raconté Bowman, à propos de ce but, qui propulsait les deux équipes en prolongation et qui ultimement allait mener à l'élimination des Bruins.

«C’est possiblement le but d’archives que l’on revoit le plus souvent avec celui de Bobby Orr (survenu neuf ans jour pour jour, le 10 mai 1970, avant celui de Lafleur). Et pourtant, ça fait 43 ans.»

Quelques semaines plus tard, le Canadien remportait une quatrième coupe Stanley de suite. Encore aujourd’hui, Don Cherry et les partisans des Bruins en font des cauchemars.