Canadiens de Montréal

Guy Lafleur : idole d'un peuple

Guy Lafleur : idole d'un peuple

Renaud Lavoie

Publié 22 avril
Mis à jour 22 avril

Mai 1975. Guy Lafleur est à l’aéroport Charles-De-Gaule à Paris, après avoir vu son équipe, les Canadiens, être éliminé face aux Sabres de Buffalo. J’ai un peu moins de deux ans, mais déjà un maniac de hockey. Mon père reconnaît le démon blond et me dit d’aller lui serrer la main.

Évidemment que je me suis précipité sur celui qui venait de connaître sa première saison de 50 buts et de plus de 100 points en carrière. Cette histoire, c’est ma mère qui me l’a racontée à quelques occasions, sachant très bien qu’on ne se souvient pas de grand chose à cet âge.

Mais c’était la première de nombreuses rencontres avec Guy Lafleur, que ce soit pour une entrevue, ou encore pour l’applaudir lorsqu’il portait l’uniforme Bleu-Blanc-Rouge, celui des Rangers ou encore celui des Nordiques. 

Thurso et son aréna 

Je suis né à Hull, en Outaouais, une région où le hockey est roi en raison de la proximité d’Ottawa. Les Olympiques de Hull et les 67’s d’Ottawa étaient de grosses attractions au niveau junior, une époque où le hockey se jouait d’une façon complètement différente de celle d’aujourd’hui, alors que l’intimidation était constante sur la glace.

La beauté de jouer en Outaouais, c’est qu’on pouvait parfois participer à des tournois qui avaient lieu du côté ontarien ou encore jouer à des endroits assez... rustiques. Je me souviens très bien de ma première année Pee-Wee alors qu’on devait faire un voyage de 40 minutes en voiture pour se diriger à l’arena Guy Lafleur à Thurso, la ville où est né un des plus grands joueurs de l’histoire de la LNH.

Si tout le monde était excité de patiner sur la glace de l’aréna où Guy Lafleur jouait dans son enfance, plusieurs de mes coéquipiers ont déchanté lorsqu’ils se sont aperçus que l’amphithéâtre était à aire ouverte (avec un toit quand même), avec des bandes en angles et qu’il faisait surtout un froid sibérien. Pas besoin de vous dire que mon temps de glace a augmenté de façon considérable lors de ce match, parce que personne ne voulait jouer.

Nos mains gelaient dans le temps de dire et ont était incapable de parler tellement nos visages étaient congelés. Reste que je vais me rappeler de cette rencontre toute ma vie parce qu’elle avait lieu dans l’aréna de mon idole et peu importe les contraintes, ce fut très agréable d’y jouer. La bonne nouvelle, c’est que quelques années plus tard des rénovations majeures ont été faites et l’aréna qui porte le nom de Guy Lafleur est un endroit beaucoup plus accueillant.

Les premières rencontres 

Pas besoin de vous dire qu’en Outaouais, comme partout ailleurs au Québec, Guy Lafleur est considéré comme un dieu. 

À mes débuts dans le monde de la radio dans les années 90, on m’avait demandé de faire une entrevue avec Guy Lafleur à la Cage aux Sports de Gatineau, après une rencontre du club de balle molle des Canadiens qui faisaient encore une tournée lors de la saison estivale. Préparer cette entrevue n’a pas été facile parce que j’étais intimidé par mon idole de jeunesse. 

Mais en bout de ligne, tout s’est bien passé parce que Guy Lafleur a été très généreux de sa personne et plus jamais je n’ai eu peur de le rencontrer pour lui parler de Maurice Richard, Jean Béliveau ou des grands qu’il a côtoyés dans sa carrière. 

Visite au Mont Tremblant 

Au début des années 2000, les Canadiens passaient quelques jours au Mont Tremblant pour terminer le camp d’entraînement. Au même moment, un autre camp avait lieu avec des anciens des Canadiens et des gens qui payaient pour passer quelques jours avec eux et y disputer quelques rencontres.

C’est alors que j’ai vu Guy Lafleur, au début de la cinquantaine, participer à un entraînement, avant celui des joueurs réguliers des Canadiens. J’étais complètement sidéré de voir comment le démon blond avait encore toutes ses jambes et n’avait rien perdu de ses habiletés. Sidéré de voir comment il était encore si élégant à regarder sur patins et par le fait qu’il était probablement meilleur, à 50 ans, que des joueurs qui tentaient de se tailler un poste dans le gros club. Évidemment que Guy Lafleur ne pouvait pas revenir dans la LNH et passer une saison complète, mais le temps d’une journée, il démontrait encore pourquoi il était tout simplement unique. Je l’ai vu disputer quelques rencontres avec les anciens par la suite, et pas besoin de vous dire que mes yeux étaient toujours sur celui qui portait le numéro 10.

Aujourd’hui, je suis comme vous. Je pleure le départ de Flower. Mais je me considère privilégié d’avoir été déçu de le voir prendre sa retraite dans l’uniforme des Canadiens, excité de son retour dans l’uniforme des Rangers, tellement heureux d’avoir eu la chance de le voir jouer au Forum dans celui des Nordiques et fier d’avoir eu la chance de le rencontrer à quelques occasions.

Merci Guy pour nous avoir fait vibrer pendant tant d’années et mes sincères condoléances à la famille Lafleur et aux Canadiens de Montréal ainsi que ses partisans.