Canadiens de Montréal

L'unique parcours de Carey Price vu de l'intérieur

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Le 15 avril dernier, Carey Price disputait un premier match de hockey dans la Ligue nationale depuis le 7 juillet 2021. On parle d’une séquence d’inactivité d’exactement 282 jours.

Tout au long de la saison, même s’il n’était pas en uniforme, le no 31 du CH a constitué l’un des principaux sujets de discussion à Montréal. Pourquoi? Parce qu’il est spécial.            

Vendredi dernier, la nouvelle de son retour au jeu, alors que le CH croupit depuis octobre (!) dans les bas-fonds du circuit, s’est rapidement transformée en éclipse médiatique. Pourquoi? Parce qu’il est spécial.

«Il est spécial». Tellement facile à dire/écrire, clameront certaines personnes. En effet. Mais Carey Price a, depuis son arrivée chez les pros en 2007, accumulé les arguments pointant en faveur d’un tel statut. Il est carrément devenu le visage des Canadiens.

Et comme vous le verrez plus bas, ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui le dit.

Alors que tous n’ont aucune idée de ce qui attend Carey en vue de la prochaine saison, le TVASports.ca vous propose une incursion privilégiée au cœur des 16 premières années de sa carrière. 

D’anciens et actuels coéquipiers du cerbère de 34 ans ont accepté de raconter, à travers différentes analyses et anecdotes méconnues à ce jour, la façon dont ils ont vécu six moments marquants de son impressionnant parcours. 

Voici donc le riche héritage que Carey Price laissera à jamais derrière lui... peu importe la suite des choses. 

Saison 2006-2007: «vous avez une superstar en devenir entre les mains»  

Mars 2007. Carey Price a 19 ans lorsqu'il débarque chez les Bulldogs, à Hamilton, alors que sa saison junior vient de prendre fin. Cette année-là, le club-école du CH est correct, sans plus. 

Price dispute deux matchs de saison régulière, puis les Bulldogs se qualifient de justesse pour les séries. La suite est aujourd'hui connue: menée par un gardien recrue qui n'a même pas 20 ans, la troupe de Don Lever remporte quatre rondes éliminatoires et soulève la prestigieuse coupe Calder.   

Philippe Sauvé (que Price a relégué au rôle de troisième gardien):  

«Quand Carey est arrivé à Hamilton, j’étais le deuxième gardien de l’équipe, derrière Yan Danis. La fin de ma carrière approchait et je savais évidemment que l’organisation misait gros sur Price. Je l’avais vu jouer au Championnat du monde junior et tous les gars savaient un peu qu’on avait affaire à un gardien spécial. 

«Son arrivée a fait que je me suis rapidement ramassé troisième dans la hiérarchie. Je suis donc allé voir l’entraîneur-chef Don Lever et j’ai fait un deal avec lui. J’étais d’accord pour être "tassé", mais je voulais prendre Carey sous mon aile. Je voulais vraiment m’impliquer avec lui pour tout ce qui touchait l’intégration au monde du hockey professionnel. 

«À 19 ans, Carey est rentré dans ce vestiaire-là et il avait l’attitude d’un gars qui disait : "calmez-vous les gars, je m’occupe de tout". Il a contribué à calmer tout le monde, y compris des vétérans de plusieurs saisons. Regarde l’équipe qu’on avait à l’époque... Il n’y avait pas de grosses vedettes dans ce club-là! Jamais de la vie on aurait gagné s’il n’avait pas été là.»

«Du chocolat avant le dodo?!»

«J’étais son cochambreur sur la route et sa simplicité m’a tellement surpris. Il était toujours au téléphone avec sa blonde et... insistait chaque soir pour manger ses barres de chocolat avant de se coucher. À un moment donné, je lui ai dit qu’il ne pouvait pas faire ça chez les pros. Il a juste esquissé un sourire. Visiblement, il aimait ça, le chocolat! Je me suis dit que tant que rien ne paraissait sur la glace...»

Une déclaration sans appel à Bob Gainey

«Je me souviens que Bob Gainey, pendant un repas d’équipe entre deux matchs de la première ronde des séries, était venu me demander comment je trouvais Carey Price. Je lui répondu du tac au tac qu’il avait entre les mains une superstar en devenir. Je n’en ai jamais douté.» 

Mathieu Biron (défenseur québécois qui avait 26 ans, à cette époque):  

«Déjà, à cet âge-là, il avait de grandes aptitudes pour manier la rondelle autour de son filet. J’ai joué avec Roberto Luongo, mais Carey avait cette capacité à changer le rythme d’un match de par sa façon de casser le jeu ennemi, de relancer l’attaque, de mettre ses défenseurs en confiance. Et je te rappelle qu’il n’avait que 19 ans!» 

Cowboy jusqu'au bout des ongles... depuis toujours!

«Carey a toujours été un cowboy! En 2007, le côté rodéo et tout ce qui entoure cette mode-là, c’était très peu connu. Je me souviens qu’après notre conquête de la coupe Calder, tous les gars voulaient sortir dans les bars et festoyer. En sortant de l’aréna, les gars de l’équipe se sont tous directement rendus à la discothèque la plus près. Mais pas Carey. 

«Pourquoi? Parce qu’il voulait absolument revêtir sa tenue de cowboy! Il est donc parti à l’hôtel et est revenu au bar avec son gros chapeau, sa chemise à carreau et ses immenses bottes brunes. Disons qu’il détonnait à côté de nous, qui étions tous vêtus d’un complet-cravate. Mais il y tenait vraiment! Tous les gars se tordaient de rire. Mais Carey, c’est Carey. Il est toujours resté fidèle à ses racines, à qui il est vraiment. Même très jeune, il n’allait pas changer pour plaire...»

Saison 2007-2008: «ce qui m’a le plus renversé, concernant Carey...»  

Fort de ses débuts fracassants dans la Ligue américaine quelques mois auparavant, Carey Price fait le saut chez les Canadiens dès la saison suivante. Et il ne tarde pas à se faire un nom.

En tant que gardien de première année, il termine la campagne 2007-2008 avec une fiche de 24 victoires en 41 parties, une moyenne de buts alloués de 2,56 et un pourcentage d'arrêts de ,920.

Cristobal Huet (qui a partagé le filet avec Price, cette année-là):  

«Dès le départ, ce qui m’avait sauté aux yeux, c’est qu’il se déplaçait extrêmement vite malgré son jeune âge. Il était très agressif sur la rondelle et il avait une capacité à lire les lancers qui était impressionnante.»

Un geste inattendu à quelques minutes de son premier match

«Ce qui m’a le plus renversé concernant Carey, c’est lors de son premier match en carrière dans la LNH. La rencontre était disputée à Pittsburgh. Je me rappelle qu’il était vraiment tranquille. Pas du tout nerveux. Il y avait une caméra qui était rentrée dans le vestiaire avant le match, et Carey avait pris le temps d’écrire un mot pour sa mère et l’avait montré en faisant un clin d’oeil à la lentille. À son tout premier match professionnel! J'étais estomaqué.

«Les années ont passé et je me rends compte que c’est justement ce calme olympien qui lui a permis de réussir à s’établir comme il l’a fait. Un gardien qui parvient à rester calme en tout temps, cela se répercute sur son équipe entière. Tous les joueurs le sentent et cela fait maintenant des années que Carey amène cette apaisante facette à l’équipe.»

Saison 2009-2010: «Carey a été fâché pendant un certain temps»  

Le monde du hockey professionnel est parfois impitoyable et même les meilleurs risquent de goûter au moins une fois à la facette plus rugueuse de leur sport préféré. 

C'est à sa troisième saison dans la LNH que le no 31 des Canadiens apprend à la dure qu'il n'y a jamais rien d'acquis au sein du meilleur circuit au monde. Impliqué avec Jaroslav Halak dans une saine et farouche bataille pour l'obtention du poste de gardien no 1, le jeune homme natif d'Anahim Lake doit, dès le début des éliminatoires, composer avec une vive déception: l'organisation choisit de confier le filet à Halak pour débuter le tournoi printanier.

Pierre Groulx, alors entraîneur des gardiens chez les Canadiens  

«Carey Price est un gagnant et il garderait les buts à chaque partie s’il le pouvait. Mais Jacques (Martin) avait pris une décision et il fallait l’accepter. Évidemment, Carey était très déçu au départ.

«Il a été fâché pendant un certain temps, mais après quelques discussions, il s’est rapidement relevé. Il a compris qu’il devait être le meilleur coéquipier possible et que c’est toute l’équipe qui en serait meilleure s’il était positif là-dedans.

«C’est sûr que tu ne peux pas toujours avoir de bonnes journées au bureau. Mais en tant qu’entraîneur des gardiens, je devais être là pour lui et l’écouter. Sincèrement, j’ai adoré la façon qu’il a eu de rebondir et d’oublier sa frustration. J’ai été très impressionné. Il a aidé l’équipe, d’une certaine façon.»

L’échange de Jaroslav Halak

«Pierre Gauthier, Jacques Martin et moi avions eu d’innombrables discussions sur le sujet lors des semaines précédant l’échange. Honnêtement, ce ne fut pas une décision facile, car Halak avait été incroyable pour nous. D’un autre côté, on voyait vraiment que Price pouvait devenir un gardien élite. Le choix n’a pas été évident. Mais en regardant l’ensemble de Carey Price, c’est-à-dire son côté sportif, mais aussi son côté humain, on savait qu’il allait devenir spécial. Aujourd’hui, on peut dire que la bonne décision a été prise.»

Saison 2013-2014: courtcircuité par Chris Kreider  

Le CH vient de connaître une saison de 46 victoires. Carey Price va lui aussi très bien, comme en témoigne sa fiche de 34 victoires en 59 matchs et son pourcentage d'arrêts de ,927. 

Le Tricolore entre en séries rempli confiance et se fraie un chemin jusqu'à la troisième ronde, où les Rangers constituent l'ultime obstacle le séparant de la grande finale. Toute la ville se met soudainement à croire à une 25e coupe Stanley. Mais dès le match no 1 de cette série finale de l'Est, catastrophe. 

En début de deuxième période, Chris Kreider s'échappe seul devant le gardien du CH, mais il perd pied et le percute violemment. La série de Price est terminée.

Le CH s'incline finalement en six matchs et doit faire son deuil: la coupe Stanley attendra.

Crédit photo : USA Today Sports

Mike Weaver, ancien défenseur de l'équipe   

«Le CH, c’était très majoritairement Carey Price. Quand Dustin Tokarski est sauté dans la mêlée, il n’a pas mal fait. Loin de là! Nous n’avons pas marqué beaucoup et ça n’a pas aidé. Mais perdre ton joueur-étoile, ça fait mal et Carey Price avait cette capacité à rassurer tout le monde de par sa simple présence devant le filet. 

«Carey est tellement respectueux que malgré une frustration probablement immense après sa blessure, il n’a jamais démontré le moindre signe de colère. Il est resté positif et ne voulait en aucun cas être une distraction pour les gars. Il savait que l’équipe devait rester positive et concentrée et il a agi en conséquence. Il a toujours fait passer l’équipe en premier.»

Quand Carey Price n'a juste... pas le goût d'être sérieux

«Peu de gens savent que Carey est un fin farceur et qu’il adore jouer des tours. 

«Je me souviens d’une journée où lors d’un entraînement matinal, avant un match, on répétait constamment le même exercice d’échauffement. Un entraîneur rejetait la rondelle derrière le filet, puis un défenseur la récupérait et entamait une sortie de zone. Puis on reprenait. Normalement, Carey devait initialement s’interposer et bloquer le dégagement de l’entraîneur derrière son filet, puis laisser le disque au défenseur et retourner devant sa cage. 

«Mais ce matin-là, il a décidé qu’il s’emparait de la rondelle à chaque fois et qu’il me la remettait dans les patins. Il a répété ce manège une dizaine de fois. À un certain moment, les entraîneurs m’ont demandé de faire mes passes aux ailiers plus rapidement. Je leur ai alors répondu que Carey faisait exprès de viser mes patins avec la rondelle et qu’il me compliquait la tâche. J’ai entendu Carey éclater de rire et tout le monde s’est alors esclaffé. Nous avions ce genre de relation, lui et moi.»

Un gars normal

«Quand tu joues contre Carey, tu sais qu’il est le meilleur gardien au monde. Tu le sais, c’est tout. Il est intimidant, il fait peur. Ce qui est toutefois fascinant avec lui, c’est qu’une fois son équipement retiré, tu te retrouves devant le gars le plus normal qui soit. Il est toujours habillé de façon ultra décontractée et son principal sujet de discussion est la chasse et la pêche. Tu vois le genre? Parfois, j’ai de la difficulté à comprendre comment un gars aussi normal que lui à l’extérieur de la patinoire peut se transformer en Superman quand il saute dessus. C’est fou!»

Daniel Brière, ancien attaquant de l'équipe  

«Ç'aura été tout un trajet! Très peu de personnes nous voyaient battre le Lightning en première ronde. Ensuite, nous étions largement négligés contre Boston au tour suivant. Mais quand nous avons battu les Bruins, c’est là que j’ai vraiment commencé à croire à une finale de la Coupe Stanley à Montréal. Je suis convaincu qu’on aurait atteint la ronde ultime si Carey Price ne s’était pas blessé.»

«Les Kings, finalistes de l'Ouest, avaient une grosse équipe et étaient très lourds, surtout en attaque. C’était une grosse machine de hockey. Toutefois, en finale de la Coupe Stanley, tout peut arriver. Et c’est encore plus vrai avec un Carey Price en grande forme...» 

Saison 2014-2015: «la plus belle saison que j’ai vue de la part d’un joueur de hockey»   

S'il y a une saison où le rendement de Carey Price a marqué les esprits, c'est assurément celle-ci. 

Ses 44 victoires, sa moyenne de buts alloués de 1,96 et son pourcentage d'arrêts de ,933 lui ont valu quatre (!) prestigieuses distinctions: les trophées Hart, Vézina, Ted Lindsay et William M. Jennings.

Crédit photo : Photo AFP

Pierre-Alexandre Parenteau, ancien attaquant du club (2014-2015)  

«Pour moi, il est le meilleur joueur du CH depuis 15 ans. La campagne 2015 de Price, c’est la plus belle saison que j’ai vue de la part d’un joueur de hockey. Et j’en ai côtoyé, des vedettes! Honnêtement, il nous a volé au moins 15 matchs à lui seul. Au moins. Et je te parle de 15 parties qu’on aurait clairement dû perdre quatre ou cinq à un, mais qu’on gagnait 1-0. Les gars se sont mis à en rire dans le vestiaire tellement s’en était parfois ridicule. 

«À mes yeux à moi, Carey Price a toujours caché beaucoup de lacunes chez les Canadiens, surtout pendant l’ère Bergevin. Si tu mets ce gars-là avec une équipe au potentiel intéressant, je suis pas mal sûr qu’il a au moins une coupe Stanley aujourd’hui. J’ai toujours eu de la difficulté avec le traitement que certains partisans du CH réservent à Carey Price depuis son arrivée à Montréal. Je ne pense pas qu’il a le respect qu’il mérite.»

Se transformer en mur de briques et... narguer Max Pacioretty

«On ne marquait même pas contre lui lors des entraînements! Écoute, j’ai joué avec Henrik Lundqvist et Semyon Varlamov et ce n’était pas ça. Pacioretty pouvait s’approcher à 10-15 pieds du filet de Price, mais il n’était pas capable de le battre! Et Carey le challengeait constamment. Il lui disait : "let’s go! Amène-toi, mon gars". Il est tellement compétitif! Le niveau de talent de Carey Price, la façon qu’il a de dominer ses opposants, ça ne s’explique même pas avec des mots! Je sais qu’il ne dégage pas ça en raison de son calme, mais Carey est l’un des gars les plus compétitif de cette ligue, crois-moi.»

Jamais avec les paroles

«Carey, ce n’était jamais les paroles. C’était les actions. Jamais je ne l’ai vu se lever dans le vestiaire et varloper un coéquipier. Pourtant, tu seras d’accord que les occasions de remettre un défenseur à sa place ont été nombreuses! Mais Carey restait toujours bien concentré, dans sa bulle et s’occupait de livrer la marchandise. En fait, c’était probablement le meilleur type de réponse qu’il pouvait offrir quand ça allait moins bien pour l’équipe. Je respecte beaucoup ça.»

Séries 2021 et saison 2021-2022: «il peut te dire lors de quelle journée d’entraînement tu es parvenu à le déjouer»  

«On ne sait jamais. Il existe toujours une possibilité [que je ne puisse plus jamais jouer]. Les prochaines semaines seront très chargées, et elles détermineront le reste de ma saison. Je suis de toute évidence un peu anxieux à l’idée d’obtenir des réponses.»

Cette déclaration (très préoccupante, avouons-le) avait été lancée en janvier dernier par Carey Price. 

Alors que s'accumulent les retards et déceptions dans le cadre de la remise en forme suivant son opération au genou, le gardien du CH envoie ces mots transparents, mais très durs, aux membres de la presse à qui il s'adresse pour la première fois en six mois.

Il faut dire qu'après avoir connu l'excitation et la gloire d'un impressionnant parcours éliminatoire (où il a été le meilleur joueur de son équipe), le no 31 vient de traverser des mois extrêmement taxants. En plus de devoir vivre la reconstruction d'un genou, Price a aussi, au beau milieu de celle-ci, choisi de joindre le programme d'aide aux joueurs de la Ligue nationale de hockey (LNH). 

Après la déclaration de Price en janvier, un scénario où on le verrait en action cette saison semble improbable, voire impossible. 

Et pourtant. Le 15 avril dernier, le cerbère saute sur la glace pour affronter les Islanders de New York. 

Il dispute alors un premier match en 282 jours et... tourne enfin la page sur un chapitre qu'il aurait bien voulu éviter.

Crédit photo : Photo AFP

■ Paul Byron, attaquant des Canadiens et coéquipier de Price depuis 2015           

«Juste de pouvoir assister en personne aux arrêts qu’il a fait lors des dernières séries, c’était fou. De le voir jouer à ce niveau, ça nous donnait tellement de confiance. Notre travail est devenu si simple. Si je veux être franc, le sentiment dans le vestiaire est que chaque match qu’on débute avec Carey dans le filet, on croit pouvoir le remporter.

«Au printemps, nous nous disions que nous n’avions qu’à marquer deux ou trois buts pour que le travail soit fait. Je n’ai jamais vu de ma vie un gardien jouer de cette façon. Honnêtement, le simple fait de voir jouer Carey en séries a été en soi une expérience inoubliable pour tous les joueurs de l’équipe.»

«Pour moi, l’un de ses arrêts mémorables lors des dernières séries est survenu contre Jason Spezza en première période du match numéro trois contre Toronto. C’était l’égalité 0-0 dans la partie et 1-1 dans la série. Il est parvenu à plonger à sa droite pour voler Spezza avec son bâton. Le filet était pourtant ouvert. C’était fou.

«Sinon, il a très souvent fermé la porte à Mitch Marner lorsque les Leafs évoluaient en avantage numérique lors des parties 5 et 6. Des arrêts qui ont permis à la série de se poursuivre. Je me souviens aussi d’un gros arrêt sur Mark Stone contre Vegas. À un certain point, c’est juste devenu une habitude pour Carey. Il réalisait au moins un vol par match.»

L'histoire de l'appeau à canard

«À ma deuxième saison à Montréal, j’ai acheté ma première maison ici. Angela, la femme de Price, a ensuite confié à ma femme que Carey aimait se rendre aux matchs en solo. Alors pendant deux ans, je prenais la route du Centre Bell avec Andrew Shaw, Jeff Petry et Shea Weber. Nous avions un genre de petit bus et nous avions notre routine : on se rendait à l’aréna ensemble.

«Mais un bon matin, Carey m’a proposé de m’amener à l’aréna. Nous étions pourtant un jour de match! Honnêtement, j’étais effrayé. Je ne voulais pas qu’il connaisse un mauvais match par ma faute! Nous avons finalement pris l’habitude de voyager ensemble. Les premières fois ont été assez silencieuses. Mais un jour, alors qu’il ne parlait pas vraiment, il a juste sorti un appeau à canard et a fait de drôles de bruits avec ça. Juste soudainement. Nous nous sommes mis à rire aux éclats et ça a alors immédiatement éliminé toute la tension qu’il y avait dans le véhicule.»

«Il peut te dire lors de quelle journée d’entraînement tu es parvenu à le déjouer»

«Il est tellement sharp, qu’il peut te dire lors de quelle journée d’entraînement tu es parvenu à le déjouer. Il va te sortir un truc du genre : "ouais, tu as marqué contre moi il y a deux semaines lors de tel exercice". 

«Ça a vraiment pris du temps avant que je puisse marquer contre lui! Avoir la chance de l’affronter à chaque jour rend ta tâche plus facile lors des matchs. Il amène le défi à un autre niveau.»

Un retour salutaire et apaisant... pour tout le monde!

«Contre les Islanders, il y avait une ambiance spéciale dans le vestiaire. Son retour a constitué pour nous une grosse dose d’énergie. Les dernières semaines ont été éprouvantes. Nous affrontions souvent des équipes dominantes et nous étions parfois sur la route pour de longs moments. J’étais personnellement très heureux de le revoir. Il a été parti très longtemps.

«Une blessure comme celle qu’il a eue est très difficile pour un joueur. Physiquement, évidemment, mais aussi mentalement. Ça joue beaucoup avec tes émotions. Il y a même un moment dans le processus où les matchs deviennent difficiles à regarder. Carey a tellement l’équipe à cœur qu’il voudrait garder le filet à chaque partie. Je voyais vraiment que ça le dérangeait de ne pas pouvoir nous aider.

«Je connais bien Carey, car nous jouons ensemble depuis longtemps. Il y a des jours où son visage parlait de lui-même : il en avait ras-le-bol et ne voulait qu’être envoyé dans la mêlée. Il a vécu beaucoup de frustration cette année. Quand il a su qu’il pourrait revenir cette année, il était très excité.»