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Golf

Tiger Woods prêt à jouer... et à gagner

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«En ce moment, je sens que je vais jouer.» Et Tiger Woods vise même la victoire.

Il n’aura fallu que quelques minutes à Woods avant de signaler ses intentions dans sa très attendue conférence de presse, sur le coup de 11 h, mardi.   

À l’écouter, à lire entre les lignes de son discours et entendre les observations de ses pairs, le vainqueur de cinq vestons verts s’élancera jeudi à l’occasion du 86e Tournoi des Maîtres.

Il effectuera ainsi un gigantesque retour officiel à la compétition, près de 14 mois après le terrible accident de voiture qui aurait pu le tuer ou l’amputer, le 23 février 2021, en Californie.

Ce pèlerinage vers Augusta est en quelque sorte un signe du destin. La dernière fois qu’il a participé à une compétition professionnelle, c’était sur ce terrain, en novembre 2020, lors d’un tournoi spécial tenu à huis clos en raison de la pandémie.

Woods avait alors terminé au 38e échelon, notamment en raison d’un retentissant 10 coups sur la normale 3 du 12e, au cœur du Amen Corner. Il avait toutefois terminé en force en alignant quatre moineaux de suite, du 15e et au 18e fanion.

L’ancien numéro un mondial avait alors expliqué qu’il ne s’était pas laissé abattre et qu’il voulait montrer à la génération qui l’admire de ne jamais baisser les bras.

Force de la nature 

Par sa présence à Augusta cette semaine et sa participation au Masters, Woods démontre à nouveau qu’il ne faut jamais agiter le drapeau blanc. Une leçon d’une puissance atomique compte tenu des obstacles surmontés depuis février 2021.

Si les médecins lui avaient dit, quand il était encore allongé sur un lit d’hôpital il y a exactement un an, qu’il serait en mesure de participer à ce tournoi cette semaine, il ne les aurait jamais crus.

Vrai qu’il n’est pas parfait. Loin de là. Son chemin de vie le prouve. Mais il possède cette force d’inspirer les gens et d’attirer tous les projecteurs, même en fin de carrière.

Les spectaculaires images captées lundi des milliers de «patrons» le suivant sur le parcours lorsqu’il a joué neuf trous à l’entraînement avec ses amis Fred Couples et Justin Thomas en sont la preuve.

Woods transcende son sport.

Après sa retentissante victoire en 1997, la légende Jack Nicklaus avait déclaré : «Il joue à un autre jeu sur ce parcours qu’il réussira à dompter longtemps. Il a le monde devant lui».

En confiance 

Vingt-cinq ans plus tard, le «Tigre» est toujours là, bien vivant et prêt à le rejoindre dans le livre des records du Masters en remportant un sixième titre en «terre sainte».

Parce que non seulement vise-t-il un retour à la compétition, mais il veut la victoire. L’Américain de 46 ans ne serait même pas présent à Augusta s’il n’y croyait pas.

La question d’un collègue était claire et limpide.

– «Penses-tu gagner le Masters cette semaine?»

Sa réponse, rappelant une certaine conférence de presse prémonitoire d’avril 2019, était frissonnante.

– «Oui.»

– «Qu’est-ce qui te le fait croire?»

– «Je frappe très bien la balle. Je n’ai aucune inquiétude sur ce que je peux accomplir physiquement au golf. C’est la marche qui est devenue difficile, ce qui n’est pas facile sur ce parcours. Avec ma jambe, ce l’est d’autant moins.»

Voilà la seule raison qui pourrait pousser Woods à se dissocier de sa déclaration de la journée. Il doit aligner quatre rondes sur l’Augusta National, un parcours vallonné taxant physiquement tous les golfeurs, jeunes et moins jeunes.

«Jouer 72 trous, c’est une longue route. C’est un défi difficile que je suis prêt à relever», a-t-il dit.

La douleur 

Woods est habitué à gérer la douleur après toutes les chirurgies qu’il a subies. Celle-ci est différente à son avis. Il peut tolérer la souffrance quotidienne. Il a déjà joué et gagné plus amoché qu’il ne l’est présentement.

Son unique présence à Augusta représente un succès en soi, selon lui.

«Et maintenant que je peux jouer, je me concentre sur ce que je dois accomplir pour me placer en bonne position sur le retour en ronde finale comme je l’ai fait il y a trois ans», a-t-il lâché.

Le «Tigre» n’a pas dit son dernier mot. Loin de là.

JEUDI 10 H 34 

Ce retour tant attendu de Tiger Woods est à l’horaire de la ronde initiale du Tournoi des Maîtres, jeudi matin, à 10 h 34. Ce sera la fin du suspense qui perdure, car le «Tigre» sait faire languir les partisans et les observateurs.

Si la marée de spectateurs qui l’a suivi durant tout l’après-midi, lundi, était imposante, celle de jeudi s’annonce monstrueuse.

Le vétéran Louis Oosthuizen et le jeune Joaquin Niemann devront être prêts à tout endurer. Les mouvements de foule autour du golfeur aux 82 titres de la PGA en carrière sont aussi impressionnants que dérangeants.

En conférence de presse, mardi, Woods a parlé comme s’il prenait le départ officiellement. En fait, il a semé tous les indices.

Météo capricieuse 

Après les pluies torrentielles d’hier et les orages qui ont balayé la région et déversé plus de 45 millimètres d’eau, il souhaitait le retour rapide du beau temps pour vivre une belle semaine du Masters.

Mercredi, Woods s’élancera à nouveau pour sa préparation finale. Le temps s’annonce nuageux, et même orageux, durant l’après-midi. Le mercure qui devrait atteindre 27 degrés Celsius aidera certainement son corps endolori qui se crispe à la fraîcheur.

Bonne récupération 

Au rayon des bonnes nouvelles, le nouveau membre du Temple de la renommée du golf sourit et parle ouvertement de son processus de récupération.

«Ce qui est excitant, c’est que chaque jour, je me remets bien des étapes de ma préparation. C’est le défi quotidien. La semaine dernière, j’ai joué 27 trous lors de ma visite avant de retourner à la maison. C’était un bon test.»

Lors de cette fameuse visite épiée par tous, la stratégie de départ était de jouer 18 trous. Mais son fils Charlie, 13 ans, était si heureux de l’accompagner qu’ils ont aussi disputé le parcours à normales 3.

S’il y en a un qui a bien pu le pousser à se surpasser depuis des années, c’est bien son petit bonhomme, qui est devenu sa copie conforme.

Charlie a joué un rôle majeur dans ce grand retour au jeu.

Digne d’Hollywood 

Reste maintenant à voir si dimanche la planète assistera à l’un des plus grands couronnements sportifs de tous les temps, trois ans après l’un des plus grands moments de l’histoire quand Woods avait triomphé à Augusta.

La scène est prête. Il ne reste que le scénario à écrire. 

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Un champion endolori

Même s’il n’est pas dans sa plus grande forme physique, Hideki Matsuyama défendra son veston vert.

À ses deux derniers départs, celui qui compte déjà deux victoires cette saison a été contraint de déclarer forfait en raison d’une persistante blessure au cou.

Depuis la deuxième ronde de l’Invitation Arnold Palmer au début de mars, le Japonais de 30 ans n’a pas été en mesure d’effectuer un élan complet à pleine puissance sans éprouver de douleur.

À l’Omnium du Texas jeudi dernier, il a abdiqué après une ronde initiale de 74.

Mais depuis le début de la semaine à Augusta, il se sent beaucoup mieux. Il a joué ses rondes d’entraînement en compagnie des nombreux autres golfeurs asiatiques. Mardi, il s’est d’ailleurs élancé avec Keita Nakajima et Takumi Kanaya, deux vainqueurs du Championnat amateur de l’Asie-Pacifique, l’une des voies menant à Augusta.

«Les traitements font effet. Je me suis levé sans douleur lundi et mardi, ce qui est bon signe. Mon cou était toutefois un peu plus raide ce matin. Ma préparation au champ de pratique en matinée s’est tout de même bien déroulée. Il y a longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien. J’espère guérir complètement avant le début de cette défense.»

Voilà qui lui permet de regarder vers l’avant à court terme, car le week-end dernier, par sa démarche, les chances qu’il puisse participer à ce Masters étaient plutôt minces.

Une belle année

Depuis qu’il a quitté l’Augusta National en avril 2021, la vie du Japonais a complètement changé. Il a pris un soin maladif de ne pas froisser son fameux veston vert.

Si le vainqueur en 2017, l’Espagnol Sergio Garcia, l’a porté aussi souvent qu’il en a eu l’occasion, Matsuyama n’a même pas voulu le faire nettoyer.

«J’avais trop peur que survienne quelque chose, a-t-il plaisanté. Je n’ai jamais voulu le quitter des yeux. Je crois que j’ai passé une année entière à le contempler.»

«Et je me dis présentement, alors qu’on revient à cette semaine du Tournoi des Maîtres, que j’aurais dû le porter plus fréquemment.»

Avec le premier ministre

Néanmoins, le golfeur l’a enfilé pour rencontrer le premier ministre japonais, Yoshihide Suga, lui accordant un honneur bien mérité quelques semaines après son triomphe.

Il a également été privilégié de participer aux Jeux olympiques chez lui, l’été dernier, en portant l’étiquette du plus récent détenteur du veston vert. Mais jeudi, à l’Omnium du Texas, on l’a présenté comme tel pour une dernière fois sur le circuit de la PGA. Ce qui lui a fait un pincement au cœur.

Matsuyama peut se consoler, car il l’entendra à nouveau mercredi avant son premier coup de départ.

Sa première conquête majeure en carrière lui a permis de gagner en confiance. Il y a longtemps qu’il portait tout le poids de l’Asie sur ses épaules à cet égard.

Bien faire sur les verts

Matsuyama a bien terminé la saison dernière avec deux tops 10. Mais cette victoire l’a surtout amené à connaître un excellent début de campagne 2021-2022. À ses 11 premières sorties, il compte déjà quatre tops 10, dont deux gains.

«Cette victoire m’a vraiment aidé. Elle fut bénéfique pour mon jeu. J’espère que cela va se poursuivre», a dit Matsuyama.

Il figure parmi les meneurs du circuit de la PGA dans quasi toutes les colonnes, à l’exception d’une seule : sur les verts.

C’est la clé à Augusta. Il devra y retrouver ses moyens s’il souhaite défendre ce veston avec vigueur.

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Une marche «brutale»

Bien calé dans son sofa à regarder attentivement le Tournoi des Maîtres, on distingue peu, ou à peu près pas, les ondulations et les changements d’élévation du Augusta National. Sur place, la réalité saute aux yeux. Déambuler sur ce parcours n’est pas une petite promenade dominicale.

Après la montée de l’allée du 18e trou, Mackenzie Hughes aimerait se retrouver confortablement installé sur un divan tant la marche a déchargé sa batterie.

«C’est brutal. Je le dis chaque fois à mon cadet Mike, relate le Canadien de 31 ans qui participe à son troisième Tournoi des Maîtres. J’ai pourtant deux très bonnes jambes et je suis en forme. Je sens toujours que c’est plus taxant que ça en a l’air. C’est toute une marche!»

«Pour terminer la ronde, cette côte au 18e nous achève, poursuit-il, en notant aussi celles à l’approche des 8e et 9e fanions. Tout ce que tu souhaites, c’est d’en finir et relaxer.»

Aux passages ascendants s’ajoutent les endroits inclinés. L’allée de la normale 5 du 13e drapeau, surnommée Azalea, est autant inclinée vers la gauche qu’un virage d’une piste de NASCAR.

Des déplacements additionnels

Et aux 7510 verges officielles, il faut aussi additionner les distances pour se rendre aux tertres plus reculés. Au fil du temps, l’Augusta National s’est adapté aux avancées technologiques de l’équipement. Les tertres ne sont plus adjacents aux verts.

«C’est franchement un parcours difficile à marcher», estime Justin Thomas, 28 ans, qui joue en moyenne 23 tournois par saison sur le circuit de la PGA depuis 2014.

«C’est la plus difficile de l’année, insiste-t-il. Elle est très, très longue et vallonnée. Se rendre aux tertres arrière, reculés de 60-70 verges, ce n’est pas toujours évident. Il y a 20 ou 30 ans, ça ne devait pas être si dur, mais le parcours a beaucoup changé.»

En effet, depuis sa fondation en 1934, le comité de compétition l’a allongé de près de 600 verges au fil des ans. Cette année, les 11e et 15e trous ont subi des rénovations majeures changeant la stratégie.

«On ajoute tous ces déplacements supplémentaires aux ondulations impressionnantes et nous terminons notre ronde brûlés. À la fin de la semaine, j’ai les jambes mortes», explique Hughes.

Gestion des forces

Même pas encore dans la trentaine, Thomas explique qu’il doit gérer son énergie durant la semaine du Masters. Il se prépare physiquement dans les semaines précédant le prestigieux événement.

Les golfeurs d’aujourd’hui n’ont jamais été aussi en forme. Pour résister au marathon d’un championnat, ils se soumettent à d’intenses régimes d’entraînement. Exit depuis longtemps les bedonnants et les fumeurs sur le parcours.

Observer la silhouette des meilleurs d’entre eux permet de constater l’évolution du sport.

Bref, des promenades de beaucoup plus de 8000 verges par jour, en montées, en descentes et en dévers, c’est ce qui attend Tiger Woods cette semaine. Cela représente environ 7,5 kilomètres quotidiennement.

Avec une jambe droite qui a subi d’importantes chirurgies et qui manque de flexibilité, la tâche ne sera pas évidente. D’autant plus qu’il doit aligner de bons pointages.

«J’espère que ça va tenir et qu’il se sentira en forme», a souhaité Hughes.