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Patrice Bernier

Une qualification qui donne des moyens

Une qualification qui donne des moyens

Patrice Bernier

Publié 30 mars
Mis à jour 30 mars

La qualification du Canada pour la prochaine Coupe du monde, 36 ans après sa participation à celle de 1986, est évidemment une superbe nouvelle pour le soccer au pays. En tant qu'ancien de la formation nationale, c'était un moment attendu, qui a semblé impossible à atteindre pendant un certain temps après de nombreux échecs et faux départs.

Les émotions sont au firmament, on parle de nous partout et un certain respect pour les talents canadiens a été gagné à la suite de cet énorme accomplissement. Nous avons hâte au dernier match de cette phase de qualification, qui a lieu ce soir, et on attend aussi le tirage qui déterminera qui le Canada affrontera lors de la phase de groupes du tournoi.

Mais il y a une autre belle nouvelle qui accompagne cet exploit: cette participation à la Coupe du monde, elle rapportera de l'argent, beaucoup d'argent, à Soccer Canada. Lorsqu'un pays participe à la Coupe du monde, la FIFA lui donne un montant qu'elle offre à toutes les nations participantes. Ainsi, le Canada recevra 10 millions $ américains pour sa présence au tournoi, de l'argent tiré notamment des gargantuesques revenus télé de cet événement suivi partout sur la planète.

Cet argent ira évidemment à l'association canadienne. Pourquoi j'en parle? Comparons le Canada aux États-Unis. Nous ne sommes pas allés à la Coupe du monde depuis 1986. Les Américains, eux, y sont allés de 1994 à 2014 avant de rater leur qualification en 2018. Cela signifie que dans les dernières décennies, le programme national américain a probablement obtenu de 50 à 70 millions $ en ristournes de la FIFA pour leurs participations à la Coupe du monde. Tout cet argent aide énormément les programmes nationaux quand vient le temps de mieux former les entraîneurs, de mettre en place des infrastructures et de soutenir les ligues locales. Ça donne d'ailleurs un bon coup de main si l'on veut mettre sur pieds une ligue professionnelle féminine...

Après ça, il y aura sans doute des investisseurs et sponsors supplémentaires qui vondront désormais s'associer au Canada, qui devient une marque plus attrayante dans le monde du soccer masculin (elle l'était déjà du côté des femmes, qui sont championnes olympiques). 

Bref, cette cagnotte pourra aider le Canada, chez les hommes comme chez les femmes, à maintenir le niveau qui l'a amené là où il se trouve aujourd'hui, et ensuite de l'améliorer. On pourra solidifier des projets, voire en partir d'autres qu'on ne pouvait mettre en route parce que les moyens n'étaient pas là et qu'on tentait de survivre avant tout. Je pense entre autres à la construction d'un centre national d'entraînement, une addition qui viendrait changer la donne dans le développement et le perfectionnement des équipes canadiennes masculine et féminine.

Crédit photo : AFP

Et ça pourrait ne pas s'arrêter là: si le Canada passe la phase de groupes et atteint les rondes suivantes, il recevra encore plus d'argent. La FIFA avait donné 400 millions $ aux 32 équipes lors de la Coupe du monde 2018, dont 38 millions $ pour la France, championne du tournoi. Pourquoi les grandes nations du soccer parviennent à se garder durablement au sommet? C'est en partie à cause de cet argent qui permet de mieux investir dans les infrastructures et la préparation. Plus près de chez nous (dans la CONCACAF), il y a l'exemple du Costa Rica, qui s'est doté d'un centre national après ses participations à la Coupe du monde.

Un vent de fraîcheur à Montréal

Après l'exploit canadien, une autre bonne nouvelle est venue ensoleiller davantage la semaine des amateurs de soccer au Québec: l'embauche de Gabriel Gervais à titre de président du CF Montréal. On parle ici d'un ancien joueur de l'organisation, qui ramènera «l'ADN Impact». Oui, le nom actuel du club demeurera, mais l'appellation «Impact» effectuera un certain retour à titre de surnom de l'équipe, tout comme la couleur bleue, qui était au coeur de l'image de l'organisation jusqu'à l'année dernière.

Gabriel, un ancien coéquipier que je connais depuis plus de 25 ans, connaît bien l'organisation et a sans doute quelques bons contacts dans le «Québec inc». Il pourra refaire du CF Montréal un élément rassembleur dans la communauté après une période de division.

Crédit photo : PHILIPPE-OLIVIER CONTANT/AGENCE QMI

Je suis très heureux de le voir rentrer au bercail. Pour beaucoup d'anciens du club, qui sentaient qu'on avait peut-être tourné la page sur l'Impact et ceux qui avaient mis une pierre à l'édifice, c'est un plaisir de revoir l'un des leurs accéder au poste de président. Ça envoie le signal que le passé a encore une importance au sein de l'organisation et peut de nouveau faire partie de son identité. Alors qu'on semblait vouloir effacer l'ancien logo de l'histoire du club, l'arrivée de Gabriel Gervais démontre que celle-ci est toujours en son coeur et que le changement d'identité est davantage une évolution qu'une rupture avec tout ce qui est arrivé avant.

Sur ce, on se dit à samedi prochain, alors que le CF Montréal affrontera le FC Cincinnati dès 16h à TVA Sports!