Crédit : MARTIN ALARIE / AGENCE QMI / JOURNAL DE MONTREAL

Boxe

Mary Spencer voit grand

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Pour Mary Spencer, qui se battra une première fois sous la bannière d’Eye of the Tiger Management (EOTTM) samedi au Casino de Montréal, Beatriz Aguilar n’est qu’une étape vers son objectif : affronter Claressa Shields chez les professionnelles.

Spencer (3-0-0, 2 K.-O.) est passée chez les professionnelles portée principalement par cette motivation. Les deux femmes se sont battues deux fois chez les amateurs et Shields l’a emporté chaque fois.

Mais c’était chez les poids moyens, la catégorie naturelle de Shields. Maintenant, Spencer veut qu’elle la rejoigne dans sa propre catégorie, les mi-moyens.

«Je dirais que mon premier but chez les pros est de me battre contre Clarissa Shields dans ma catégorie, a expliqué Spencer, mardi, lors d’un entraînement médiatique. Je suis montée deux fois dans sa catégorie et j’aimerais l’affronter avec elle qui descendrait dans la mienne.»

Marie-Ève Dicaire, qui détient la ceinture IBF des super-mi-moyens, figure également parmi les championnes qu’elle souhaiterait affronter.

«Évidemment, je vois d’autres femmes avec des ceintures. Je ne suis pas passée chez les professionnelles pour un seul combat, a-t-elle prévenu. Ainsi, je regarde les ceintures dans ma catégorie. L’une est la propriété d’une fille ici au Québec, donc, bien évidemment que je veux l’avoir.»

«Ça va vraiment dépendre de ce que mon équipe mettra sur la table.»

À 37 ans, Spencer pourrait manquer de temps pour réaliser ses objectifs. Elle a toutefois donné une réplique cinglante à ce constat. «Les gens me disent que je n’aurai pas le temps. Mais vraiment, il n’y a aucune limite d’âge à ce que je sache.»

Un divertissement

Avant de rêver aux ceintures, Spencer devra faire ses classes et grimper dans les différents classements. Aguilar (7-6-1, 1 K.-O.) devrait lui permettre de faire un pas en ce sens.

Il s’agira certainement d’un gros pas en avant pour Spencer dont les trois premières adversaires revendiquaient, au moment des combats, une fiche cumulée de 5-46-2. Il importe néanmoins de mentionner que chaque fois, la combattante qu’elle devait affronter s’est désistée avant le duel initialement prévu.

Quoi qu’il en soit, l’Ontarienne a pu apprendre le fonctionnement de la boxe professionnelle, bien différente du milieu amateur.

«Tout ce qui entoure la boxe professionnelle est à propos du divertissement, a-t-elle lancé. Plutôt que l’aspect purement sportif, auquel j’ai été habitué pendant 15 ans, il s’agit d’un divertissement. Donc, il faut faire le changement. Ce n’est plus juste uniquement du sport.»

Changer, certes, mais pas trop. «Je vais juste être moi-même et je pense que mon talent parlera de lui-même.»

Un noble parcours bien particulier

Pendant que la plupart des boxeurs contemplent la retraite à 37 ans, Mary Spencer, nouvellement parrainée par Eye of the Tiger Management, en est à ses premiers pas dans la boxe professionnelle et a la ferme intention d’être sacrée championne très rapidement.

Le parcours de Spencer n’a rien de traditionnel. Elle a amorcé sa carrière amateur avec fracas, étant sacrée championne du monde chez les moins de 66 kg à 20 ans, en 2005. Elle a récidivé en 2008 avant que ses ambitions olympiques ne la forcent à passer chez les moins de 75 kg. Elle a ajouté un autre titre mondial dans cette catégorie en 2010.

Toutefois, son rêve olympique s’est rapidement transformé en cauchemar lorsque la Chinoise Li Jinzi l’a défaite en quart de finale des Jeux de Londres en 2012.

«Après ça, j’ai l’impression qu’il y a eu quelques années de dépression, étant dépassée par mes performances, a expliqué Spencer mardi lors d’un entraînement médiatique. Je regardais les choses que j’aurais pu faire différemment. J’étais dure avec moi-même. Mes performances allaient de mal en pis, jusqu’au point où je me suis dit que j’avais besoin d’arrêter.»

Aider les jeunes

Par la suite, Spencer a déménagé à Kashechewan, situé sur la rive de la rivière Albany, près de la baie James dans le nord de l’Ontario. Elle a participé à un programme mis en place pour garder les jeunes de cette Première Nation loin du crime.

Spencer a elle-même des origines autochtones. Elle est née à Cape Croker, au nord de Toronto sur la péninsule Bruce, où vivent les Ojibwés. Elle était donc bien au fait de la réalité à laquelle faisaient face les jeunes de Kashechewan lorsqu’elle s’est rendue là-bas.

Initialement, elle ne voulait pas y faire de boxe. Mais la flamme est rapidement revenue quand les jeunes l’ont questionnée sur le sujet. Elle a donc commencé à enseigner la boxe dans le cadre de cette noble cause, puis elle a repris sérieusement l’entraînement.

«Et me voilà, liée à Eye of the Tiger Management, vivant à Montréal et je suis très heureuse d’être ici. Très excitée par le gymnase où je m’entraîne et les gens avec qui je m’entraîne. Et je suis impatiente de montrer le travail acharné que j’ai fait pour me rendre ici et tout le savoir et les habiletés que j’ai accumulés en 20 ans de boxe.»