Le phénomène Mathurin


Stéphane Cadorette
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Même s’il performe à un haut niveau depuis longtemps, Bennedict Mathurin soulève plus que jamais les passions avec ses performances éblouissantes au prestigieux tournoi de basketball du March Madness. Le prodige québécois des Wildcats de l’Arizona fonce tout droit vers la NBA et se réjouit de constater qu’il devient enfin prophète en son pays.
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«Il y a beaucoup de monde qui embarque dans mon bateau à force de me voir bien jouer durant le March Madness et c’est plutôt normal. Je reste humble et je continue de faire le travail que j’ai à faire parce que ce n’est pas fini», a d’ailleurs mentionné Mathurin lors du point de presse de l’équipe à San Antonio, à la veille de l’affrontement de jeudi soir face aux Cougars de Houston.
Il ne reste que 16 équipes en vie au March Madness, dont celles en section Sud qui s’affrontent au Texas.
Sous les projecteurs
L’Arizona est première tête de série dans cette section en bonne partie grâce au jeu inspirant de Mathurin, qui a mystifié TCU dimanche dernier avec 30 points, dont six en prolongation.
Malgré la pression du moment, le Journal a eu l’occasion de discuter brièvement avec Mathurin après son point de presse, en marchant vers le vestiaire des siens.
«Il n’y a pas beaucoup de monde qui me connaissait au début de l’année et c’est bien de voir qu’on commence à reconnaître ce que je suis en train de faire. Ça ne peut que motiver les jeunes qui viennent du Québec pour qu’ils réalisent qu’il y a toujours de l’espoir», a-t-il confié.
«Je ne peux pas dire que l ‘attention ne me plaît pas parce que le but c’est de pousser les jeunes. Je vais être l’un des premiers de ma génération qui va être repêché en NBA. Il y a de quoi inspirer les jeunes et leur rêve peut être possible également.»
Prêt pour la NBA
Une place dans le top 10, voire le top 5, au prochain repêchage de la NBA en juin, est loin d’être farfelue.
Sur le terrain, Mathurin ne fait pas que marquer des points. Il le fait de manière intimidante. Il est à son meilleur quand l’enjeu monte. Il s’impose des deux côtés du terrain.
Ce n’est pas là un simple constat teinté de chauvinisme. Il suffit de demander à l’entraîneur de Houston Kelvin Sampson quel défi l’attend concernant Mathurin pour qu’il s’enflamme.
Et il en a pourtant vu d’autres, lui qui est entraîneur depuis 1979 et qui a notamment passé six années dans la NBA.
«Il ne se rendra pas dans la NBA pour jouer un rôle de deuxième ordre. Il va être partant dès le jour 1. Il sera repêché tellement haut que ça n’a pas le choix d’arriver. Ce sera bon pour son développement. Il a tout pour être un partant dès le jour un pour n’importe quelle équipe de la NBA. Il possède un excellent lancer, il est incroyable défensivement, son accélération est digne du prochain niveau», a-t-il encensé.
Moments clés
À la suite de la victoire face à TCU, l’entraîneur de l’Arizona Tommy Lloyd avait affirmé que Mathurin semblait avoir un gène spécifique pour les grands moments. Son vis-à-vis a acquiescé.
«C’est une citation parfaite, parce que c’est vrai. Les jeux qu’il a faits à la fin du match contre TCU sont incroyables. Plusieurs joueurs ont peur de vivre de tels moments sous pression. Il nous a montrés de quoi il est fait. C’est un jeune homme très impressionnant», a renchéri Sampson.
Pour sa part, le Québécois continue de vivre pleinement le tournoi sans tomber dans le piège de se projeter trop vite vers la NBA.
«C’est une bonne expérience pour moi. C’est la première fois que je vis ce tournoi et j’ai vraiment beaucoup de plaisir à être sur le terrain avec mes coéquipiers. Le fait d’avoir gagné les deux premiers matchs, c’est un bon sentiment, mais je vise toujours de gagner le championnat.»
Si Arizona bat Houston, elle se frottera samedi au gagnant du duel entre Villanova et Michigan.
Un plan de développement devancé
Quand l’entraîneur-chef de Bennedict Mathurin en Arizona l’a pris sous son aile, il ne s’attendait clairement pas à ce que son poulain soit mûr pour la NBA après seulement deux saisons universitaires dans la NCAA.
«Avant la saison, j’ai parlé à Ben et je lui ai dit qu’on travaillerait sur un plan de deux ans. Il m’a regardé et m’a dit : je sais, c’est un plan de deux ans et j’en suis à ma deuxième année!
«Je ne voulais pas qu’il porte le fardeau de devoir être parfait toute l’année et de bien jouer à chaque match pour atteindre la NBA. Je pense qu’il a largement dépassé ce plan», constate Tommy Lloyd.
Du Mexique à l’Arizona
C’est en en 2018, à l’Académie de la NBA à Mexico City, que Lloyd a observé Mathurin pour la première fois. Le Montréalais de 19 ans qui fait aujourd’hui 6 pi 6 po et 210 lb devenait le premier joueur canadien de l’histoire à prendre part au programme.
Il n’a pas réalisé à l’époque que quelques années plus tard, Mathurin deviendrait le meilleur joueur de son programme avec une moyenne de 17,8 points et 5,7 rebonds cette saison.
«Évidemment qu’on voyait le talent brut, mais au départ, il n’avait pas ce gabarit, il semblait mince et il manquait un peu d’habiletés. Puis, quelque part entre cette époque et l’an dernier, il a appris à lancer», a raconté le pilote, amusé.
Pour son coéquipier et co-chambreur camerounais Christian Koloko, le jeune phénomène montréalais s’est élevé à ce niveau parce qu’il croit en ses moyens.
«Ben, c’est quelqu’un de spécial et ce qui fait la différence avec lui c’est sa confiance. Chaque fois qu’il entre sur le terrain, il donne tout. Il joue avec beaucoup d’intensité et il essaie d’impliquer tout le monde. C’est un gagnant», a-t-il louangé.
Bonne attitude
Avant de laisser Mathurin voler de ses propres ailes vers la scène professionnelle, son entraîneur estime qu’il y a encore du boulot à accomplir.
«Le plus important pour moi est que Ben quitte l’Arizona avec les habitudes et l’éthique de travail requises pour devenir un bon joueur dans la NBA parce que ce ne sera pas facile. Même la saison en cours n’a pas toujours été facile pour lui. Tout n’est jamais tout paisible. Avec son attitude, il a une vraie belle opportunité de connaître une grande carrière dans la NBA», croit Lloyd.
Les Québécois sélectionnés au repêchage de la NBA au fil des ans
2015
- Olivier Hanlan (2e ronde, 42e rang, Utah)
2012
- Kris Joseph (2e ronde, 51e rang, Boston)
2001
- Samuel Dalembert (1re ronde, 26e rang, Philadelphie)
*Né en Haïti, mais a grandi au Québec
1985
- Bill Wennington (1re ronde, 16e rang, Chicago)
1983
- Stewart Granger (1re ronde, 24e choix, Cleveland)
- Ron Crevier (3e ronde, 75e choix, Chicago)
*En 2021, Chris Duarte a été repêché au 13e rang par Indiana. Il est né à Montréal, mais a grandi en République dominicaine