Patric Laprade

Tyson, Mayweather, Ali et Fury: la petite histoire des boxeurs dans la lutte professionnelle

Tyson, Mayweather, Ali et Fury: la petite histoire des boxeurs dans la lutte professionnelle

Patric Laprade

Publié 04 mars 2022
Mis à jour 04 mars 2022

Pendant de nombreuses années, à l’époque où on publicisait encore la lutte professionnelle comme un vrai sport, il y avait tout un débat autour de qui remporterait un combat entre le champion poids lourd lutteur et le champion poids lourd boxeur. 

On a déjà essayé, par exemple, d’organiser un combat entre Frank Gotch et James J. Jefferies au début du vingtième siècle ou un autre entre Ed « Strangler » Lewis et Jack Dempsey dans les années 1920. Dans les années 1950, le Sports Illustrated avait lancé le débat à savoir qui remporterait un match entre Lou Thesz et Rocky Marciano.

Ce qui a donné comme résultat que les promoteurs de lutte, toujours en quête de trouver une nouvelle façon de faire de l’argent, ont souvent accueilli des boxeurs dans leur arène. Habituellement, ceux-ci ne faisaient qu’arbitrer, certains ont fait un ou deux combats et peu sont devenus lutteurs à temps plein. 

L’ancien promoteur du territoire de Montréal dans les années 1940 et 1950, Eddie Quinn, utilisait à outrance les boxeurs dans un rôle d’arbitre. Des combattants comme Jack Sharkey, Jack Dempsey, Rocky Marciano, Joe Louis, « Jersey » Joe Walcott ont tous foulé les planches du Forum de Montréal dans un rôle de médiateur. Plus tard, Vince McMahon les utilisera de la même manière. Il a utilisé Muhammad Ali comme arbitre lors du tout premier WrestleMania. Puis, deux semaines après avoir causé une surprise en battant Mike Tyson, Buster Douglas a arbitré un match entre Hulk Hogan et Randy Savage. 

Dans les 30 dernières années, deux boxeurs ont principalement fait jaser dans le milieu de la lutte. 

Mike Tyson a beaucoup aidé à WWF  

Tous les fans de lutte, et plusieurs autres, ont vu l’interaction entre Mike Tyson, « Stone Cold » Steve Austin et Vince McMahon dans l’arène lors d’une présentation de Monday Night Raw en janvier 1998. McMahon, tout fier d’annoncer que Tyson sera à WrestleMania à la fin mars, est en beau fusil de voir Austin venir insulter sa vedette invitée, en lui montrant entre autres ses deux doigts préférés. S’en est suivi une échauffourée, après laquelle Vince McMahon a accusé Austin de tout ruiner. Évidemment, il en était tout autrement. Ce segment a énormément aidé la WWF dans sa guerre avec la WCW. À WrestleMania, Tyson, qui faisait partie de la D-Generation X, était l’arbitre spécial dans le combat entre Austin et Shawn Michaels. Mais ce n’était qu’une ruse. Tyson fera perdre le garçon sexy, alors que Michaels prendra une pause de quelques années.

Douze ans plus tard, Tyson fera équipe avec Chris Jericho pour affronter justement Shawn Michaels et Triple H à Raw. Toutefois, on empruntera une page dans le livre de WrestleMania 14 et Tyson rejoindra la DX vers la fin du combat. Une autre décennie plus tard, Jericho et Tyson auront régleront leurs comptes dans une arène d’All Elite Wrestling. 

L’argent est avec Mayweather  

Dans l’un des meilleurs combats entre un boxeur et un lutteur, Floyd « Money » Mayweather et le Big Show (Paul Wight) ont offert toute une performance à WrestleMania 24 en 2008. Le tout avait débuté à Raw, alors que Mayweather avait cassé le nez du géant. Mais il lui avait cassé pour vrai! « J’ai dit à Floyd ne me briser le nez, raconte Wight. S’il ne faisait pas quelques de gros ce soir-là, notre histoire aurait été finie. » 

La différence de gabarit entre les deux était telle qu’il fallait quelque chose de spectaculaire pour intéresser les gens. Et voir la face de Wight, le nez croche et le sang qui gicle était exactement ce qu’ils avaient besoin.

À WrestleMania, c’est avec des gants de boxe dans un match sans disqualification que le boxeur a affronté l’homme qui est trois plus gros que lui. La stipulation permettait de faire un meilleur match avec un non-lutteur, d’aller à l’extérieur de l’arène, de permettre à l’entourage de Mayweather d’intervenir. Au final, c’est avec l’aide d’une chaise et d’un poing américain que le boxeur a mis le lutteur K.O. 

La rumeur court que Mayweather avait obtenu 20 millions pour ce combat. Le chiffre est exagéré, mais il s’agissait tout de même une somme considérable. 

Joe Louis avait besoin d’argent  

Contrairement à Floyd Mayweather, c’est par manque de revenus que Joe Louis a faits de la lutte. Champion du monde des poids lourds pendant 13 ans, Joe Louis dépensait son argent plus vite qu’il le gagnait. De plus, il n’avait pas payé sa dîme à Oncle Sam. 

Endetté par-dessus la tête, il tente de trouver des façons de faire de l’argent facile. Mais après une cuisante défaite face à Rocky Marciano, il prend sa retraite du noble art. À 37 ans, il décide donc de se recycler dans la lutte professionnelle. Il lutte entre autres face au Québécois Jim « Brute » Bernard, à Détroit, mais sa carrière sera de courte durée. Son cœur n’y était pas, il le faisait uniquement pour l’argent. « C’est mieux que de voler », avait-il déjà déclaré. Éventuellement, le gouvernement américain lâchera prise sur les sommes dues et Louis put profiter de la vie jusqu’à son décès en 1981. 

Inoki, Ali et le Géant Ferré  

En 1976, André était de loin le lutteur professionnel le plus connu dans le monde et l'une des plus grandes attractions aux tourniquets dans cette profession. Cela dit, soyons réalistes, il n'était pas aussi connu et aussi populaire que Muhammad Ali. Entre 1972 et 1975, Ali avait été nommé boxeur de l'année à trois reprises. De plus, il connaissait un succès monstre au box-office pour les événements en circuit fermé. 

Avant la télé à la carte, les télédiffusions des matchs de boxe étaient diffusées dans un certain nombre de salles, principalement des cinémas ou des arénas, où les fans devaient alors payer un billet pour regarder le combat en direct sur écran géant. On ne pouvait pas rester à la maison et regarder le combat comme nous le faisons aujourd'hui. Ces visionnements sont devenus très populaires dans les années 1960 et 1970 en raison des combats d'Ali et les promoteurs de boxe faisaient beaucoup d’argent de cette façon. Autrement dit, Ali était l'athlète le plus célèbre à l'époque et les promoteurs de lutte ont passé des années à essayer de trouver un angle afin d'utiliser Ali dans un combat mixte. 

Ils ont essayé en 1965 avec le champion de la NWA Lou Thesz. Dix ans plus tard, Vince McMahon Sr. et Bruno Sammartino ont tenté de faire de même, mais l’entourage d'Ali leur a dit qu'il ne serait intéressé que s’il y avait six millions de dollars sur la table. Ali était un grand fan de lutte et il avait même été influencé par Gorgeous George et Freddie Blassie pour ses entrevues, entrevues qui ont d’ailleurs fait sa renommée. Le combat aurait été prédéterminé et Sammartino a même été jusqu’à lancer le défi, tandis que McMahon essayait de s’associer à d'autres grands promoteurs de lutte pour recueillir les fonds nécessaires pour en faire un événement national en circuit fermé. Les promoteurs ont tous rejeté l'idée, pensant que cela allait surtout profiter à McMahon et à Sammartino. New Japan et NET TV ont entendu parler du prix exigé et ont dit au clan Ali qu’ils étaient prêts à payer ce prix. Antonio Inoki a toujours voulu trouver une façon d’éclipser son rival Giant Baba dans leur guerre territoriale au Japon. 

« Dans une guerre promotionnelle si chaudement disputée autour des deux grandes vedettes, battre Ali aurait élevé Inoki à un niveau que Baba ne pourrait jamais atteindre, a écrit Dave Meltzer dans le Wrestling Observer Newsletter. Ce faisant, New Japan surmonterait son handicap en matière de relations pour obtenir des vedettes internationales. Du fait qu’il aurait la plus grande vedette en Inoki, il serait le groupe numéro un au Japon. »

Le 25 mars, le combat a été officiellement annoncé lors d'une conférence de presse tenue à l'Hôtel Plaza de New York. Ali, Inoki et André étaient tous présents. Inoki a été présenté comme le champion des poids lourds au Japon et un expert en karaté. Ils ont annoncé que le match aurait lieu à Tokyo le 25 juin et qu’un autre combat entre un lutteur et un boxeur aurait lieu au stade Shea de New York alors qu’André affronterait Jerry Quarry, Oscar Bonavena ou Henry Clark. Ce match précéderait le match Ali-Inoki en circuit fermé. Au cours de la conférence de presse, Ali a demandé à André : « Tu penses que tu peux me battre? », ce à quoi le Géant a répondu : « Je peux te battre et te sortir d’ici. » Il y a eu une série de photos prises lors de cette conférence de presse où Ali a comparé sa main à celle d'André et a mis le poing d'André à côté de son visage. 

Quarry, Bonavena, et Clark étaient tous parmi les dix principaux prétendants au titre poids lourds un an auparavant. Quarry avec ses 6 pieds, semblait être un candidat de premier plan. Deux fois élu boxeur le plus populaire à la fin des années 1960, le futur membre du temple de la renommée avait perdu deux fois contre Ali et il avait aussi accumulé des défaites récentes contre les anciens champions Joe Frazier et Ken Norton. Mais après le combat avec Norton en mars 1975, il avait annoncé sa retraite. Il était un assez gros nom pour susciter de l’intérêt pour le combat, mais les promoteurs et lui n’ont pu s’entendre. Il reviendra finalement boxer uniquement à la fin de 1977. 

Pour sa part, Bonavena ne mesurait que 5 pieds 11 et avait également perdu contre Ali. Mais il était en plein milieu d'une série de sept victoires. Quarry et Bonavena avaient été les deux premiers boxeurs qu’Ali avait battus au retour de sa suspension en 1970. On parlait encore de lui comme d'un adversaire possible pour André en avril, mais heureusement pour la promotion et la publicité entourant le match, il n'a pas été choisi. Le 22 mai, environ un mois avant l'événement, Bonavena a été assassiné. De son côté, Clark était le plus grand des trois et était le champion de l'état de Californie. Cependant les promoteurs avaient d'autres plans pour lui.

Chuck Wepner devait se battre contre Johnny Clohessy, que Wepner avait déjà battu quelques années auparavant, dans un gymnase d’école secondaire à New York, le 7 mai. Le 29 avril, on rapportait que Clohessy avait été remplacé par Tommy Sheehan. Le lendemain, une plus grande annonce serait faite : Chuck Wepner avait été choisi pour affronter André the Giant au stade Shea. Wepner, alors le champion des poids lourds de l'état du New Jersey, a quand même affronté Sheenan, un risque calculé puisque Sheenan, avec sa fiche de 11-16-1, n'était pas considéré comme une menace. Et il ne l'était pas, puisque Wepner l'a battu à 1:01 de la première ronde. Bien que cela allait être un combat prédéterminé, le combat au stade Shea serait un match beaucoup d’une bien plus grande importance qu’un gymnase d’école secondaire. 

Lors d'une entrevue avec l'auteur de sports canadien Jim Taylor le 11 mai, Frank Valois déclarait qu’ « il fallait que ce soit un gros nom. D'abord, c'était Jerry Quarry, mais c’est tombé à l’eau. Quand ils ont dit Wepner nous avons dit oui, parce qu'il a combattu une fois contre Ali et parce qu’il est connu. »

Wepner avait affronté Ali un an auparavant, soit le 24 mars 1975, à Cleveland. Ali n'avait pas peur de se battre. Il avait accumulé 18 combats en quatre ans avant d'affronter Wepner. Son dernier, contre le champion des poids lourds George Foreman à Kinshasa au Zaïre, était celui où il avait dévoilé sa stratégie de « rope-a-dope », qui consistait à laisser son adversaire se fatiguer. Le combat avec Wepner, avec comme slogan « Donnez au blanc sa chance », a été le combat le plus important de la carrière de Wepner. Le clan d'Ali voulait combattre un boxeur blanc et Wepner était le seul dans le top 10 à l'époque. Il avait grandi et appris à se battre dans les rues de Bayonne au New Jersey. 

Connu sous le nom du « Bayonne Bleeder », le saigneur de Bayonne, en raison de la facilité avec laquelle il saignait dans le ring, il avait commencé sa carrière professionnelle en 1964 et a eu quelques combats d’importances contre des gars comme Buster Mathis, un jeune Foreman et le tout dernier combat de Sonny Liston avant son décès. Des combats où Wepner s’est toujours retrouvé avec la bourse du perdant. Un négligé à 40 contre 1 contre le champion, tout ce que Wepner voulait faire était de tenir la distance, prouvant que le monde de la boxe avait tort de le sous-estimer. Il était en fait à 19 secondes de son but quand il a été mis K.-O. par Ali. Mais pas avant d'avoir envoyé Ali au sol dans la neuvième ronde, le dernier de quatre boxeurs à réussir cet exploit. Ce combat a d’ailleurs été l'inspiration pour le film « Rocky ».

« Dans un théâtre de Los Angeles, un acteur en manque de travail nommé Sylvester Stallone a regardé le combat Ali-Wepner et est rapidement rentré à la maison et a écrit le script d'un petit film appelé « Rocky ». Ce n'était pas basé sur une histoire vraie du moins pas exactement. Mais « Rocky » a été inspiré et a fortement emprunté à une histoire vraie. Au moment de la sortie du film le 3 décembre 1976, la rumeur s'était répandue que Wepner était la muse de Stallone et Wepner profitait de la gloire d'entendre son prénom scandé dans les salles de cinémas new-yorkaises où il allait visionner le film », a écrit Eric Raskin sur le site ESPN.com en 2011. 

Lors du combat contre André, ce fait n'était pas encore connu, mais Wepner était un nom quand même bien connu du grand public. Il avait entre autres participé à l’émission de Mike Douglas et il était un grand bonhomme de 6 pieds 5, assez grand pour affronter le géant dans un tel spectacle.

« L'idée originale était de faire 3 combats boxeur c. lutteur, avec Ali c. Inoki à Tokyo, André the Giant c. Chuck Wepner au stade Shea à New York et le champion du monde de la NWA Terry Funk c. Henry Clark », a écrit Meltzer. Le combat Funk-Clark est cependant tombé à l’eau après que Clark ait été battu par Earnie Shavers à Paris trois jours après la conférence de presse. 

Aux États-Unis, les principaux promoteurs étaient le promoteur de boxe Bob Arum et Vince McMahon Sr. Pour essayer de vendre plus de billets, l'idée était de présenter des matchs au stade Shea, puis de diffuser le combat Ali-Inoki en direct du Japon sur les écrans géants en circuit fermé. McMahon voulait que tous les autres promoteurs fassent de même. Il avait affecté Fred Blassie à Ali comme gérant, ce qui était logique parce que Blassie était bien connu et respecté aux États-Unis et encore plus au Japon, en plus d'être excellent au micro pour mousser un combat. Mais les promoteurs de lutte étant ce qu'ils sont, l'idée de mettre les projecteurs sur la promotion et le talent de quelqu'un d'autre n'a pas connu le succès escompté par McMahon. 

« Dans la plupart des cas, les promoteurs ont mis la lumière sur leur propre talent. Des images d'Inoki battant Willem Ruska (pour le championnat Real World Martial Arts), d’Ali en entrevues, de Fred Blassie en entrevue et d’André aussi en entrevue avaient été envoyées à tous les promoteurs d’importance. La plupart n'ont donné à l'événement qu'une importance marginale dans leur programmation.», ajoute Meltzer.

Pourtant, la plupart des plus grands territoires de lutte ont participé à l’idée. Houston, Indianapolis, Dallas, Los Angeles et San Francisco (où des matchs locaux ont été présentés après les deux combats principaux en raison du décalage horaire), Detroit, Tallahassee, Calgary, Atlanta, Chicago, New York et Tokyo (le 26 au Japon) avaient toute une carte locale avant les deux événements principaux. À Montréal, terre d’accueil d'André, le territoire venait de commencer ce qui allait être une période de vache maigre. Par conséquent, les deux combats principaux ont été montrés en circuit fermé à l'auditorium de Verdun, mais aucun match local n'a été ajouté et l’assistance n’a pas été très bonne. 

Parmi ceux qui présentaient des matchs, seulement Atlanta avec Jack Brisco contre Dory Funk Jr., Chicago avec Verne Gagne contre Nick Bockwinkel et bien sûr Tokyo ainsi que New York ont attiré au moins 10 000 spectateurs. La plus grande de ces assistances a été au stade Shea puisque non seulement le match d'André était présenté sur place, mais aussi le match revanche entre Bruno Sammartino et Stan Hansen. Deux mois auparavant, ils s'étaient affrontés au MSG et Hansen avait alors échappé accidentellement Bruno sur la tête. Sammartino, qui aurait pu être paralysé, est revenu plus tôt qu'il aurait dû à cause de McMahon qui avait beaucoup insisté. Il a combattu Hansen dans un match de 10 minutes, coincé entre le combat d’André et celui d’Ali. Sans se tromper, on peut affirmer que ces combats étaient bien loin d’être des candidats au match de l’année.

Pendant ce temps à Tokyo, ce qui était censé être un match prédéterminé s'est transformé en un combat légitime. Ali, qui était censé perdre, avait changé d'avis et Inoki ne voulait pas perdre lui non plus. La seule solution sur laquelle tout le monde s’entendait était de faire un vrai combat. Arbitré par le frère du promoteur Mike LeBell, « Judo » Gene LeBell, un ancien lutteur devenu cascadeur à Hollywood et qui entrainerait plus tard Ronda Rousey, le combat a simplement été mauvais. 

Il y avait tout un ensemble de règles qui ne leur permettaient pas de se battre comme ils auraient pu, chacun essayant plutôt de sauver sa réputation. Ainsi, Inoki a passé la plupart des 15 rondes sur son dos, atteignant Ali de 78 coups de pied aux jambes, tandis que le boxeur n'a réussi que six coups de poing. Le combat est allé aux cartes de pointage et les juges qui ont finalement tranché : match nul. « À l'époque, il n'y avait pas de kickboxing aux États-Unis et encore moins de MMA, a écrit Meltzer. Personne n'a compris l’effet des coups de pied aux jambes. Même au Japon, ils ne comprenaient pas non plus l’impact de ces attaques. En regardant le combat aujourd'hui, quoiqu'il s’agît encore d'un mauvais combat, Inoki avait clairement gagné. »

À New York, la foule est repartie heureuse parce qu'elle avait vu Sammartino remporter son match. Pour ce qui est d’André et Wepner, il s’agissait plus d’une farce qu'autre chose, même si c'était un match prédéterminé. Les règles étaient qu'André pouvait faire n'importe quelle prise qu'un lutteur avait le droit de faire normalement et Wepner pouvait faire tout ce qu'un boxeur avait le droit de faire habituellement, y compris se battre avec des gants. Si Wepner touchait les cordes, il y aurait un bris. Eh bien pour les deux premières rondes, c'est ce qui s'est passé. Chaque fois qu'André s'en prenait à Wepner, le boxeur saisissait les cordes. Les fans ont même hué le match, décrit sur circuit fermé par Vince McMahon Jr. et Argentina Rocca, qui bien honnêtement, ne disait pas grand-chose. Finalement, le Géant a soulevé Wepner au-dessus de sa tête et l’a jeté par-dessus le troisième câble. La fin a été bâclée, car Wepner ne savait pas comment prendre une pareille chute à l'extérieur du ring et a essayé de ralentir sa chute en saisissant la troisième corde. Il est alors maladroitement tombé sur le tablier de l’arène, puis a rebondi sur le terrain de baseball, où il a été compté à l’extérieur à 1:17 de la troisième ronde. Au fil des ans, de nombreux médias ont parlé du match comme s'il s'agissait d'un combat légitime. André pour sa part n'a jamais parlé de l'aspect scénarisé du match. 

« Écoute "Boss", l'affaire du boxeur contre un lutteur est presque une blague. Après tout, un type peut me frapper quelques fois, mais si je coupe l’arène et que je me rapproche, que peut-il faire après que j'ai mis mes mains sur lui? Le boxeur n'a aucune chance, car il ne peut même pas lutter et faire une prise de contact à cause de ses gants », expliquait André à Terry Todd du Sports Illustrated. De son côté, Wepner avait fait des déclarations contradictoires sur le combat, jusqu'à tout récemment. « Nous nous sommes rencontrés dans un hôtel, et nous avons pratiqué certaines prises, parce que c'est du show-business, vous savez. Je les ai convaincus de le laisser me jeter hors du ring et puis je n’allais tout simplement pas revenir. Et c’est ce qu’il a fait », a-t-il dit à David Onda dans une entrevue en 2017. 

Cependant juste après le match, une mêlée a éclaté à l'extérieur de l’arène entre Gorilla Monsoon, qui était dans le coin d'André avec Frank Valois, et les hommes de coin de Wepner. Monsoon a été accusé d'avoir donné un coup de pied à Wepner alors qu'il était au sol. Dès que ça a commencé, Valois s'est précipité sur le ring pour s'assurer de lever le bras d'André en signe de victoire et de l'éloigner de tout ce brouhaha. Mais la bagarre est revenue dans l’arène, alors que cette fois, Wepner et André se sont échangés de vrais coups. L'un des seconds de Wepner a donné un coup de poing à l'épaule d'André et s'est cassé deux doigts. Selon Wepner, ce n'était plus du show-business.

« J’étais comme, mais qu’est-ce qui se passe? Les choses ont dégénéré. Certains lutteurs sont sautés dans l’arène. Gorilla Monsoon projetait du monde partout comme s’ils étaient des poupées de chiffon. Les esprits s’échauffaient, mais finalement les choses se sont calmées. Je ne voulais pas m’en mêler. Nous étions là pour le spectacle et pour leur donner un bon moment. Un vrai combat juste pour ça? C'était fou! » raconte Wepner à John Gross dans son livre Ali vs. Inoki. « Il y avait eu une bagarre d'après-match qui ressemblait à des gens qui tentaient de séparer une bataille à la lutte, mais qui a évidemment eu quelques moments bien réels », ajoute Meltzer. Environ 250 000 billets ont été vendus dans plus de 100 salles en circuit fermé. C'était considéré comme un échec. Au Japon cependant, le combat a été vu par environ 60 millions de téléspectateurs au total. Le combat Inoki contre Ali a été diffusé à la télévision avec un délai de 45 minutes, soit de midi à 13h30 heure locale. Mais plus tard dans la soirée à 19h30, NET TV a diffusé le combat André-Wepner, suivi d'une rediffusion d'Ali et Inoki, puis d’un combat entre Willem Ruska et Don Fargo en provenance de Los Angeles. La seconde diffusion a attiré entre 27 et 29 millions de personnes devant le petit écran. 

Les conséquences de tout cela ont été différentes pour les quatre hommes. Ali a été fort occupé en 1976. En comptant le match avec Inoki, il a été impliqué dans quatre combats en l'espace de cinq mois. Et juste avant cela, il avait été à la guerre contre Joe Frazier aux Philippines. « Ali n'a jamais été le même boxeur après, a écrit Meltzer. Qu'il s'agisse du match contre Frazier surnommé « Thrilla in Manila », de l'usure normale, des problèmes de reins ou des dommages à la jambe qu'il a subis dans ce combat, ou d'une combinaison de tout cela, il était un boxeur différent quand il est monté sur le ring avec Norton (en septembre 1976). »

«Jersey» Joe Walcott contre Mad Dog Vachon  

À l’instar de Joe Louis, l’ancien champion du monde, « Jersey » Joe Walcott a lui aussi fait quelques combats de lutte après sa carrière active comme boxeur. 

Il a affronté à quelques reprises le champion Lou Thesz, le Québécois Stan Stasiak, ainsi que la grande vedette Buddy Rogers. Un des matchs face à Rogers s’était déroulé le 7 octobre 1959 au Forum de Montréal devant 10 000 fans. Après avoir dominé pendant deux rondes, Rogers a pris Walcott par surprise avec la prise en quatre pour remporter le combat. C’était ça qu’on voulait démontrer à l’époque : la puissance des coups de poing contre la force d’une prise de soumission. 

Puis, alors que sa tournée dans l’Ouest canadien tire à sa fin, Maurice lutte contre l’ancien champion mondial des poids lourds à la boxe, Jersey Joe Walcott. Ce dernier s’était fait une renommée dans les années 40 et 50 avec ses combats contre Joe Louis, Ezzard Charles et Rocky Marciano. Il est aussi un des anciens boxeurs qu’Eddie Quinn aime avoir à Montréal comme arbitre spécial. Il y luttera d’ailleurs quelques mois après son combat avec Maurice, cette fois contre Buddy Rogers. 

Quelques mois plus tôt, Walcott avait affronté Maurice Vachon, à Calgary, avant que ce dernier ne devienne un chien enragé!

Le match avait été planifié la semaine précédente. Paul Vachon, le frère de Maurice, lutte alors contre « Whipper » Billy Watson et Walcott est l’arbitre spécial du combat. En bon coéquipier, Maurice intervient en faveur de son frère et Walcott, voulant faire régner l’ordre dans l’arène, tente de sortir Maurice du ring. Ce dernier le défie donc dans un combat la semaine suivante. Le boxeur accepte à la condition que les deux portent des gants de boxe. 

Et ainsi, l’attraction spéciale du plus gros gala de l’année à Regina vient de prendre forme sous les yeux médusés des spectateurs.

Le combat Maurice vs. Walcott est l’une des trois finales que la soirée du 14 juillet amène à ses partisans, en compagnie d’un combat de championnat entre O’Connor et Lou Thesz et d’un combat de championnat pour le titre de l’Empire britannique entre le Torontois Watson et l’ancien footballeur des Eskimos d’Edmonton, Gene Kiniski. 

Le lendemain, le Leader-Post de Regina titre dans la manchette sur le gala de lutte : « Walcott couche le lutteur ». Malgré la présence d’un combat de championnat de la trempe de celui qui avait été présenté, l’attention médiatique est portée vers cette attraction spéciale, ce combat de boxe entre Walcott et Maurice prévu pour 15 rondes. Évidemment, non pas parce qu’il allait quitter le territoire, mais plutôt parce qu’il est un des plus détestés de la foule, la victoire est remportée par le boxeur, alors qu’il envoie Maurice au plancher trois fois à la deuxième ronde. Bien entendu, le match est tout aussi prévu que la balance des combats sur la carte et encore une fois, malgré les apparences, Maurice est protégé alors qu’il peut toujours se défendre en disant qu’il n’est pas un boxeur, mais bien un lutteur et que Walcott n’aurait aucune chance dans sa spécialité. Mais Maurice quittera le territoire et n'y luttera plus jamais. 

Primo Carnera, le meilleur boxeur à la lutte  

Après avoir été champion du monde dans les années 1930, le boxeur d’origine italienne a fait le saut à la lutte professionnelle après la Deuxième Guerre mondiale. Et malgré ses 40 ans, il a été le boxeur qui a connu le plus de succès à la lutte. Avec ses six pieds six pouces, il était considéré comme un géant et une attraction que tout le monde voulait voir. 

De 1946 à 1952, il était régulièrement l’une des 10 plus grandes attractions à la lutte professionnelle, certaines années devant des champions de la trempe des Lou Thesz, Bobby Managoff, Pat O’Connor et Yvon Robert. D’ailleurs, un combat contre le Québécois, le 20 août 1947, a attiré 15 132 fans au Forum de Montréal, la deuxième meilleure assistance de lutte en Amérique du Nord cette année-là. Les journaux titraient que la victoire de Robert était la première défaite de Carnera depuis le début de sa carrière de lutteur. En 2019, la WWE reconnaissait ses exploits en l’introduisant dans son Temple de la renommée. 

Tyson Fury, pas le résultat escompté  

D’autres boxeurs ont aussi foulé une arène de lutte. Butterbean l’a fait à deux reprises avec la WWF, dont le fiasco qu’avait été « Brawl for All » face à Bart Gunn en 1999. Il a lutté à 11 reprises en tout, dont un combat face à Sterling James Keenan, mieux connu maintenant sous le nom de Corey Graves. Il y a aussi Evander Holyfield qui a affronté Matt Hardy en 2007 dans un très court match. Le match avait eu lieu au Madison Square Garden et annoncé par la légende, Michael Buffer. Le match ne passera pas à la légende toutefois. 

Puis, il y a Tyson Fury. 

Le Britannique est fait pour la lutte. Du charisme à vendre, excellent dans les entrevues, un physique qui fait rêver, Fury a tout ce qu’un promoteur désire.

C’est donc le jour de l’Halloween 2019, en Arabie Saoudite, que Fury a affronté le géant Braun Strowman. On avait de grands espoirs, surtout après que les deux s’étaient chamaillés à Raw en prévision de leur combat, un segment qui avait reçu beaucoup de réactions. Mais le combat n’a pas donné le résultat escompté. Le problème réside dans le fait qu’on a fait travailler Fury comme un lutteur et non pas comme un boxeur qui fait de la lutte. Or, entre autres, il ne savait pas comment courir les cordes et son inexpérience a paru dans le combat. Pourtant, c’est la chose à éviter avec un non-lutteur. Il faut faire ressortir ses forces et cacher ses faiblesses. Comme avec Big Show et Mayweather. D’ailleurs, le choix d’adversaire pour Fury n’a peut-être pas aidé. Strowman n’avait pas l’expérience ni les capacités requises pour mener le combat comme l’avait fait Show. 

Est-ce qu’on reverra un boxeur dans une arène de lutte?  

La réponse courte est oui. Si on se fie à l’histoire, il y aura un autre boxeur qui voudra faire un coup d’argent et un promoteur qui va vouloir lui donner la lune. Tyson Fury lui-même déclarait cette semaine qu’il était sûr à 100% qu’on allait le revoir à la WWE. 

Étant moins connaisseur de la boxe actuelle, j’ai fait appel à mon collègue à TVA Sports, Jeff Jeffrey, l’expert en boxe, afin de connaître les noms de ceux et celles qui auraient un certain potentiel dans le monde de la lutte. Parce que pour devenir lutteur, ça prend un certain sens de spectacle, un peu comme Apollo Creed dans la franchise des Rocky.

Jeff me mentionne cinq noms. 

Chris Colbert, qui a beaucoup de charisme et qui n’hésite pas à changer de couleur de cheveux comme s’il était le fils de Dennis Rodman! Il y a aussi Blair Cobbs, qui est un grand fan de Shawn Michaels, au point de s’habille de manière identique lorsqu’il arrive au ring. Elvis Rodriguez, comme son prénom l’indique, est un fan du chanteur et fait du « air guitar » après ses combats. Jared Anderson est un lourd qui a beaucoup de « swag » et qui avec ses six pieds quatre et 240 livres, est celui qui intéresserait le plus Vince McMahon. Chez les femmes, Claressa Shields est la seule que Jeffrey voit, étant donné qu’elle a déjà fait des arts martiaux mixtes en plus de la lutte, en plus d’être une double médaillée d’or olympique, un autre aspect que McMahon aime bien. À suivre, comme on dit!