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Hockey

Souvenirs en or

Benoît Rioux

Publié | Mis à jour

En plus de leur précieuse médaille d’or, Martin Brodeur et Simon Gagné partagent un autre souvenir commun de la conquête de l’équipe canadienne de hockey masculin aux Jeux de Salt Lake City : une œuvre d’art.

Dans son bureau, à sa maison située dans la grande région de Québec, Gagné affiche un superbe tableau où on le voit sauter dans les bras de Brodeur à la suite du triomphe de 2002. Dans le sous-sol de sa demeure, à St. Louis, le célèbre gardien a sa propre version, qui est autographiée par son ami Simon. À n’en point douter, l’événement figure parmi les moments les plus mémorables de leur carrière respective.

«Je n’en reviens pas que ça fait déjà 20 ans, laisse tomber Brodeur, lorsque joint au téléphone par l’Agence QMI. C’est certainement l’une des belles choses que j’ai accomplies dans ma carrière.»

«C’est dans le haut, c’est certain, dit pour sa part Gagné. Quand j’étais jeune, j’ai grandi en rêvant de jouer dans la Ligue nationale [LNH] et de gagner la coupe Stanley. Une médaille d’or olympique, ce n’était pas vraiment un objectif car les joueurs de la LNH n’y allaient pas [avant 1998]... Mais avec les années, c’est comme si cette médaille d’or avait pris de la valeur.»

Brodeur aussi rêvait d’abord et avant tout à la coupe Stanley, lui qui l’a emporté trois fois, en 1995, 2000 et 2003 avec les Devils du New Jersey. Cette médaille olympique a toutefois un cachet particulier au niveau familial, son père Denis ayant lui-même gagné une médaille de bronze comme gardien du Canada aux Jeux de Cortina d'Ampezzo, en Italie, en 1956.

«À la maison, on a grandi dans le sport olympique», affirme Brodeur.

Une disette de 50 ans

Cette conquête de 2002 à Salt Lake City demeure historique. En remportant la médaille d’or, le Canada avait alors mis fin à une disette de 50 ans sans voir son équipe de hockey sur la plus haute marche d’un podium olympique. En 1998, aux Jeux de Nagano, l’arrivée des vedettes de la LNH n’avaient pas eu l’effet escompté pour la formation canadienne en vertu d’une décevante quatrième place causée principalement par le brio du gardien tchèque Dominik Hasek en demi-finale.

À Salt Lake City, il faut rappeler que le Canada n’avait pas non plus entamé le tournoi en force, perdant d’abord contre la Suède, avant de battre difficilement l’Allemagne et de livrer un verdict nul contre Hasek et les Tchèques. Mais le club s’était levé au bon moment, jusqu’à une victoire de 5 à 2 contre les États-Unis en finale.

«Il n’y avait eu aucune panique chez les meneurs de l’équipe, assure Gagné. Nos leaders avaient montré l’exemple sur la glace.»

Gagné : le plus jeune

Parmi ses nombreux souvenirs personnels, Gagné s’était retrouvé cochambreur avec Joe Sakic, son idole de jeunesse, de même qu’avec Brodeur et Jarome Iginla.

«J’avais pris soin de lui un petit peu», dit Brodeur.

À seulement 21 ans, Gagné était le plus jeune joueur du Canada aux côtés des Mario Lemieux et autres vedettes. L’attaquant québécois, maintenant âgé de 41 ans et père de trois enfants, conserve précieusement sa médaille d’or, à la maison, dans un coffre-fort.

«Je ne la sors que très rarement, mais quand je la présente à des jeunes par exemple, je vois dans leurs yeux qu’ils sont impressionnés et inspirés», dit Gagné, actuellement entraîneur des A’s de Québec, au niveau pee-wee AAA (M13).

Son fils Matthew, 12 ans, réalise notamment à quel point son père a connu une grande carrière qui va bien au-delà de cette coupe Stanley remportée avec les Kings de Los Angeles, en 2014.

Arrêt contre Brett Hull

Au-delà de son amitié avec Gagné, Brodeur reconnaît qu’un sentiment d’appartenance résiste à jamais entre les membres de cette équipe canadienne.

«Avec Simon, c’est une relation qu’on a bâtie à partir de là. Mais encore aujourd’hui, je croise régulièrement Chris Pronger et Al MacInnis, par exemple, dans la région de St. Louis et on se rappelle des vieux souvenirs, indique le gardien. Et quand je croise Brett Hull, je lui rappelle de l’arrêt de la jambière que j’avais fait contre lui, en finale, en troisième période.»

Avec moins de cinq minutes à écouler, le Canada menait alors par un seul but, soit par le pointage de 3 à 2. À la suite de l’arrêt, l’équipe canadienne avait repris la rondelle et Jarome Iginla était allé inscrire un filet important à l’autre bout de la patinoire. La suite appartient à l’histoire.

Résultats de l’équipe canadienne de hockey masculin aux Jeux olympiques de Salt Lake City :

Tournoi à la ronde

15 février - Suède 5, Canada 2

17 février – Canada 3, Allemagne 2

18 février – Canada 3, République tchèque 3

Quart de finale

20 février – Canada 2, Finlande 1

Demi-finale

22 février – Canada 7, Bélarus 1

Finale

24 février – Canada 5, États-Unis 2

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Les meilleurs pointeurs de l’équipe canadienne au tournoi olympique de 2002 :

Nom du joueur PJ B A P

Joe Sakic 6 4 3 7

Mario Lemieux 5 2 4 6

Steve Yzerman 6 2 4 6

Jarome Iginla 6 3 1 4

Paul Kariya. 6 3 1 4

Simon Gagné 6 1 3 4

L’anecdote préférée de Martin Brodeur

Le gardien Martin Brodeur partage une anecdote particulièrement savoureuse reliée au tournoi olympique, à Salt Lake City, et elle concerne Pat Quinn, qui était alors l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne.

«J’avais remarqué que Pat avait souvent des petits brillants sur ses souliers et je me demandais bien pourquoi. Un moment donné, j’ai demandé à [Eric] Lindros s’il connaissait la raison... C’est là qu’il m’a répondu que Pat était très superstitieux et que durant le tournoi, il portait ses bas chanceux, qui étaient des bas de Noël avec des paillettes. Les particules brillantes tombaient sur ses souliers.»

Deux décennies plus tard, Brodeur en rit encore de bon cœur en pensant à Quinn, qui est malheureusement décédé, à la suite d’une longue maladie, en novembre 2014.