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Photo : Jusqu’à présent en saison régulière, 36 joueurs différents ont porté l’uniforme du Canadien, surtout en raison de la COVID-19. Plusieurs jeunes ont joué leur premier match dans la LNH. C’est le cas Michael Pezzetta, Rafaël Harvey-Pinard et Corey Schueneman, sur la photo. Crédit : Photo AFP

Canadiens de Montréal

Le CH file vers un autre triste record

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Vous avez eu de la difficulté à identifier tous les joueurs du Canadien, samedi après-midi, en les regardant affronter les Panthers? C’est compréhensible. Avec 36 joueurs qui ont déjà porté l’uniforme bleu, blanc, rouge depuis le début de la campagne, il y a de quoi s’y perdre.

Au rythme où Pierre Gervais coud les noms derrière les chandails, selon une liste à laquelle on finira bien par ajouter les noms de Paul Byron et de Joel Edmundson, le Tricolore file allègrement vers son record de 2000-2001, saison au cours de laquelle il avait eu recours aux services de 46 joueurs.  

Après 34 matchs, cet hiver-là, 37 joueurs avaient défilé dans le vestiaire.

«Cette année, c’est la COVID. À l’époque, c’étaient les blessures et quelques malades. Ça tombait comme des mouches. On avait eu plusieurs malchances», s’est remémoré André Savard lors d’une généreuse entrevue.

Oleg Petrov (81), Craig Darby (78) et Patrice Brisebois (77) étaient les seuls membres de la formation montréalaise à avoir joué au moins 70 matchs.

Appelé à prendre la direction générale de l’équipe, le 20 novembre, lors du grand ménage qui a mené aux congédiements de Réjean Houle et d’Alain Vigneault, Savard avait hérité d’une équipe relativement amochée et sans grande profondeur.

«Quand on est arrivé, le club était déjà en dernière place. Michel (Therrien) commençait sa carrière. Je voulais le mettre dans des conditions gagnantes, mais avec toutes les blessures, c’était compliqué», a raconté Savard, joint à son domicile floridien.

Par conséquent, à l’instar de Jeff Gorton, il n’a eu d’autre choix que de faire appel à une multitude de jeunes. 

Tout comme ç’a été le cas depuis le début de la saison avec Michael Pezzetta, Rafaël Harvey-Pinard, Mattias Norlinder, Corey Schueneman, Cameron Hillis et Brandon Baddock, les Andrei Markov, Xavier Delisle, Éric Chouinard, Matthieu Descoteaux, Francis Bélanger et Mathieu Garon avaient tous donné leurs premiers coups de patin dans l’uniforme du Canadien.

«Ces jeunes-là, je les connaissais. Je les avais amplement vus jouer à Québec (avec les Citadelles, l’équipe-école du Canadien). Je ne les avais pas amenés pour les évaluer. Je les ai amenés parce que j’en avais besoin. Tu sais, on n’était pas forts», a relaté Savard.

Le seul tour de piste de Chouinard

À ce moment, Éric Chouinard était assurément le plus bel espoir de l’organisation. 

Choix de 1er tour (16e au total) du Tricolore en 1998, le grand joueur de centre subissait déjà les comparaisons quelque peu injustes avec Simon Gagné, repêché six rangs plus loin, mais dont la carrière chez les Flyers était déjà bien amorcée.

Du 16 janvier au 13 février, Chouinard a disputé 13 rencontres, inscrivant un but et ajoutant trois passes.

«C’était une grande période d’apprentissage. Ça s’était tout de même bien passé, a indiqué Chouinard, aujourd’hui directeur du département de la sécurité des joueurs de la LHJMQ. En fin de séjour, je commençais à avoir moins de glace, mais [c’était] bien parti.»

Âgé d’à peine 20 ans, il était loin de se douter qu’il s’agirait de ses seuls matchs avec le Tricolore.

«Disons que je m’attendais à ce que les choses tournent différemment. Surtout que j’avais connu une bonne saison recrue dans la Ligue américaine. J’avais été élu joueur du mois et j’étais allé au match des étoiles», a-t-il déclaré.

Markov a songé à partir

Pour sa première saison en Amérique du Nord, Markov avait connu le chemin inverse. Invité à demeurer avec l’équipe au début de la saison, il avait été rétrogradé à Québec, pendant un mois, à compter de la mi-février. 

Une rétrogradation qui avait été loin de faire son affaire.

«Je n’avais pas remarqué qu’on avait eu autant de joueurs. Mais mon renvoi à Québec, ça, je m’en souviens, a répondu l’ancien défenseur dans un échange de messages. Je n’ai jamais su pourquoi. Probablement parce que j’étais une recrue.»

Pendant qu’il grognait sur la glace du Colisée, le Canadien avait fait appel à huit arrières. 

Aux réguliers Karl Dykhuis, Patrice Brisebois, Sheldon Souray et Stéphane Robidas s’étaient ajoutés, en alternance, Matthieu Descôteaux, Christian Laflamme, Francis Bouillon et Patrick Traverse, curieusement acquis la veille du renvoi de Markov.

«Il n’était pas de bonne humeur. Il ne jouait pas beaucoup, a confirmé Savard. Il a fallu que je fasse venir son agent de la Russie pour lui expliquer ce qui se passait et lui dire de le convaincre de rester.»

«En fait, c’est la saison suivante que j’ai songé à partir. Il m’avait renvoyé dans la Ligue américaine sans même m’avoir fait jouer un match préparatoire, a tenu à corriger Markov. J’avais dit à mon agent que j’irais à Québec quelques mois. Mais que si la situation ne changeait pas, je rentrais en Russie.»

Un plan B qui, apparemment, ne l’enchantait guère puisqu’il a admis avoir mis les bouchées doubles pour demeurer avec le grand club, avec lequel il a finalement joué 990 matchs. 

Pas question de reconstruire en 2001  

Avec une formation aussi dépareillée, pas surprenant que le Canadien ait conclu la saison 2000-2001 avec une récolte de 70 points, la pire de son histoire dans un calendrier d’au moins 70 matchs, depuis l’expansion de 1967. 

Éric Chouinard n’est pas demeuré longtemps dans l’entourage du Canadien. Toutefois, il y est resté suffisamment longtemps pour constater que les choses ne tournaient pas rondement.

« Il y avait beaucoup de va-et-vient. Ce n’était pas une situation idéale. L’organisation au complet était en grand changement. Ça se ressentait à tous les niveaux. L’équipe n’avait vraiment pas de succès sur la glace. Il y avait eu un changement d’entraîneur et de directeur général. L’équipe avait même été vendue [à l’Américain George Gillett] », a rappelé le Québécois, à juste titre.

Une vente qui avait précipité le processus de transition qu’André Savard allait consolider l’année suivante avec les embauches de vétérans tels que Joé Juneau, Yanic Perreault, Donald Audette et Doug Gilmour.

Respect pour les partisans

«Par respect pour les partisans qui paient les billets et qui vont aux matchs, par respect pour ceux qui achètent des loges corporatives, il n’était pas question que je procède à une reconstruction, a lancé Savard. En plus, on ne sait jamais combien de temps ça va durer.»

C’est à la fin de cette misérable saison 2000-2001 que Savard a effectué sa première transaction d’envergure en faisant l’acquisition de Richard Zednik et Jan Bulis des Capitals, en retour de Trevor Linden et de Dainius Zubrus.

«Et en échangeant Linden et son salaire de 4 M$, je libérais beaucoup d’argent. Le propriétaire était content», a rigolé Savard au bout du fil.

«Ça faisait un mois que je travaillais sur cette transaction avec George McPhee, des Capitals, a-t-il dit, soulignant que les Canucks étaient également intéressés, mais peu généreux. Le joueur que je voulais absolument, c’est Zednik. Sinon, il n’y avait pas de deal

Savard avait vu juste. Au cours de ses quatre saisons complètes à Montréal, Zednik aura été le meilleur marqueur du club et se sera placé au deuxième rang chez les pointeurs (derrière Saku Koivu).