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Photo : Gabriel Fortier réussissant à déborder Brett Kulak le 7 décembre dernier au Centre Bell. Crédit : Photo d'archives, Ben Pelosse

LNH

Jouer en portant le grand Gilles Lupien dans son cœur

Gabriel Fortier a atteint la LNH quelques mois après le décès de l’agent

Publié | Mis à jour

«Gab a finalement fait ses débuts dans la LNH l’année du décès de mon père. Je ne sais pas ce qui se passe en haut, au ciel, mais je pense bien que mon père l’a regardé assez fièrement pour ses premiers pas avec le Lightning.»

La voix nouée par les émotions, Érik Lupien raconte cette petite anecdote au sujet de Gabriel Fortier, un ailier recrue avec le Lightning de Tampa Bay, et de son père, Gilles. 

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Le 18 mai dernier, Gilles Lupien s’est éteint après un combat contre un cancer du gros intestin. Il avait 67 ans. L’ancien défenseur du Canadien de Montréal n’a pas eu le temps de voir les premiers pas de Fortier avec le Lightning. Il n’y était pas en personne, mais il restait bien présent dans le cœur de son jeune protégé. 

Choix de 2e tour du Lightning en 2018, Fortier a joué son premier match dans la LNH le 30 novembre dernier contre les Blues à St. Louis. Trois semaines plus tard, soit à sa huitième rencontre, il a marqué son premier but contre Laurent Brossoit et les Golden Knights à Vegas. 

«Oui, j’ai pensé à Gilles à mon premier match dans la LNH, a dit Fortier en entrevue téléphonique au Journal. Et j’ai encore pensé à lui après mon premier but à Vegas. Depuis que je suis dans la LHJMQ, il me répétait que j’allais atteindre la LNH et que j’étais un pro dans l’âme. Il m’a permis d’y croire, tout comme Erik.»

Fortier
Crédit photo : Photo courtoisie

«Gilles est décédé au mois de mai et j’ai joué à Tampa quelques mois plus tard, a-t-il continué. On dirait que ça se passe trop rapidement, que c’est trop proche. Mais je pense fort à lui. Je sais qu’il serait extrêmement content et fier de moi.»

Un hurlement de joie

À plusieurs kilomètres de Vegas, de sa résidence à Blainville, Erik Lupien, qui a pris la relève de son père comme agent, a également festoyé quand le petit attaquant du Lightning a touché la cible une première fois. C’était le 21 décembre lors du tout dernier match de la LNH avant la pause en raison des nombreux cas positifs à la COVID-19. 

«J’ai réveillé mes enfants quand il a marqué son premier but dans la LNH, a affirmé Érik. Je ne me cacherai pas. J’ai hurlé assez fort après son but. Ma femme est venue me voir pour savoir ce qui se passait. Je lui ai répondu que Gab venait de “scorer”. Il était 22 h 40 environ.» 

«Je sais tous les sacrifices qu’il a faits pour atteindre la LNH, a enchaîné l’homme de 37 ans. Gab est aussi le premier gars que j’ai signé dans le pro. Il y avait également une symbolique pour moi. Gab m’a permis d’apprendre mon métier. J’ai fait mes premiers appels avec un DG en Julien BriseBois. J’ai reçu mon certificat d’agent de la LNH avec lui.» 

Un ange gardien

Avec la visite du Canadien à Tampa, Fortier en sera à son neuvième match dans la LNH. À moins que les éclosions en raison du variant Omicron viennent déjouer les plans. 

À 21 ans, l’ancien du Drakkar de Baie-Comeau et des Wildcats de Moncton gagne bien sa vie avec un salaire de 791 000 $ quand il se retrouve dans la LNH. Comme il l’avait dit dans une entrevue à Joe Smith sur le site TheAthletic à Tampa, il a grandi dans un environnement très modeste à Lachine avec ses parents, Rock junior et Isabelle. La petite famille avait parfois de la difficulté financièrement avec deux jeunes garçons qui jouaient à un niveau élite au hockey. 

«Mon lien avec Gilles et Érik remonte à loin, a rappelé Fortier. Je pense que j’étais au niveau pee-wee quand j’ai parlé à Gilles une première fois. Je me souviens que nous étions dans un restaurant St-Hubert. Il parlait à mon grand frère, Maxime. Et il m’avait regardé en me disant que mon tour allait venir.» 

«Gilles était une sorte de guide, un conseiller, pour notre famille. Il nous a aidés monétairement. Il nous guidait dans nos rêves pour atteindre la LNH. À mes années dans le Bantam, j’ai déjà téléphoné à Gilles pour recevoir un bâton quand je venais d’en briser un. Je recevais un nouveau bâton dans la semaine qui suivait, chez moi. Il retirait un gros stress sur le dos de mes parents.»

Aujourd’hui, Maxime, 24 ans, poursuit sa carrière de hockeyeur avec le HC Ajoie en Suisse. Et les deux frères ne manquent plus de bâtons.