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Canadiens de Montréal

«J'étais jeune et fou» : l'énigmatique Jiri Sekac se confie sur son passage à Montréal

Publié | Mis à jour

Pendant une éphémère période, Jiri Sekac semblait promis à un bel avenir avec les Canadiens de Montréal. Sa vitesse et ses habiletés crevaient les yeux. Or, Sekac a tout gâché. Le principal intéressé l’avoue lui-même. 

En théorie, il avait le talent pour fournir une étincelle au sein d’un troisième trio de la Ligue nationale de hockey. Hélas, les raisons de son échec n’ont rien à voir avec le talent. 

Lors d’un entretien téléphonique des plus candides avec le TVASports.ca depuis la Suisse, l’attaquant qui évolue désormais à Lausanne a laissé entendre à mots à peine couverts qu’il fêtait sans lendemain dans les rues montréalaises, ce qui l’a directement mené à sa perte. 

«J’étais jeune et fou (young and wild), a lancé Sekac dans un élan d’honnêteté qui a surpris son interlocuteur. Je ne me comportais pas comme un professionnel. Je pensais que c’était facile pour moi de jouer dans la LNH. Je n’ai pas suffisamment apprécié cette chance.» 

À la décharge de Sekac, sa vie a changé du tout au tout en un très court laps de temps. En une saison, carrément, ce joueur dont personne ne se souciait est devenu un attaquant très prisé par les formations de la Ligue nationale de hockey, qui étaient nombreuses à vouloir l’embaucher après qu’il eut connu une excellente saison dans la Ligue continentale (KHL) avec le Lev de Prague, à 21 ans. 

Sekac sortait de nulle part : il n’avait pas été repêché, lui qui avait connu un succès très modeste dans le junior en Amérique du Nord, tant au Canada qu’aux États-Unis. 

À l’été 2014, le CH a remporté le derby pour les services de ce mystérieux ailier. 

«Deux ans plus tôt, j’étais un joueur que personne ne connaissait, pratiquement, puis j’ai eu une bonne saison dans la KHL avant d’arriver dans la LNH. C’était une situation difficile à gérer et je me suis égaré. Voilà ce qui est arrivé», a confié Sekac sans se défiler. 

Débuts intéressants          

Sekac a rapidement conquis les partisans montréalais, et ce, dès ses premiers coups de patin du camp d’entraînement. Lors des matchs préparatoires, il était partout sur la glace, à l’origine d’une chance de marquer presque chaque présence. 

Il a somme toute bien commencé la vraie saison, également. Après 24 matchs avec les Canadiens, il revendiquait 12 points, dont six buts, ce qui n’était pas si mal pour un joueur de troisième trio qui avait alors une moyenne de temps de glace de 14 minutes. Ses performances ont convaincu le CH de larguer René Bourque dans la Ligue américaine.  

Sekac avait notamment fait écarquiller les yeux avec un superbe tourniquet face aux Kings de Los Angeles, le 12 décembre 2014.

Les choses se sont gâtées pour lui par la suite. Le numéro 26 a été limité à quatre points, dont un maigre but, lors de ses 26 matchs suivants. Son temps de jeu fondait à vue d’œil. 

La faute de tout sauf lui          

«Mon comportement non-professionnel à l’extérieur de la glace a évidemment affecté mes performances, qui étaient inconstantes, a reconnu Sekac. Et la qualité la plus importante dans la LNH est la constance, la capacité de performer chaque soir.»

À ce moment-là, Sekac, avec la naïveté de sa jeune vingtaine, était persuadé qu’il n’était pas responsable de ses insuccès. 

«J’ai été stupide pendant un bout de temps. Je croyais que ce n’était pas de ma faute, que l’on ne me donnait pas assez de chances de me faire valoir. Avec l’âge et l’expérience, j’ai compris aujourd’hui...» 

Les Canadiens commençaient à en avoir marre de ses soirées arrosées et lui ont même servi à plusieurs reprises des avertissements. Avertissements qui sont tombés dans l’oreille d’un sourd. 

«Quelques personnes sont venues me parler et m’ont avisé de changer mon comportement, mais dans ma tête, c’était simplement quelque chose que je voulais faire. Je suis quelqu’un de têtu. Si je veux faire quelque chose, je vais probablement le faire, tout simplement.»

Marc Bergevin a fini par échanger Sekac le 24 février 2015 aux Ducks d’Anaheim en retour de Devante Smith-Pelly. Le directeur général des Canadiens n’avait pas vraiment le choix. Et Sekac ne lui en veut pas du tout, il est reconnaissant envers l’homme qui lui a donné sa chance dans la LNH.

Sekac n’en veut pas plus à Michel Therrien qui, décidément, ne le portait pas dans son cœur.

«Il était un entraîneur dur (rires), a-t-il raconté. Mais je ne faisais pas ce que je devais faire. Tu dois performer chaque soir. Si tu n’y parviens pas et que tu as un entraîneur sévère, il va te le faire savoir.»

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Le nouveau Sekac  

Sekac vit aujourd'hui une vie plus tranquille en Suisse avec sa femme, son fils de deux mois et sa fille de trois ans. 

Après avoir joué en Russie lors des cinq dernières années, il se sent plus confortable que jamais dans sa nouvelle terre d'accueil. 

«C'est différent ici. Je ne veux rien dire de mal sur la Russie, j'étais bien traité là-bas. C'est parfait à Moscou. Mais ici, c'est plus tranquille, plus calme. Il y a moins de trafic. Les montagnes sont superbes.»

Si c'était à refaire, le père de famille qu'il est devenu serait-il revenu dans le temps pour effacer les erreurs du passé? Sa réflexion est plutôt nuancée.

«Évidemment, je préférerais jouer dans la LNH en ce moment. Je ne sais pas si j'ai des regrets, parce que c'était plaisant de toute façon. Mais, ouais, évidemment, j'aurais fait des choses différemment, c'est sûr.»

En vrac    

Sur l'annonce de Carey Price, qui a révélé être aux prises avec des problèmes de consommation...

«C'est un gars calme, il n'est pas très bruyant dans un vestiaire. Il n'avait pas l'air du type de gars qui rencontrerait ce genre de problèmes.»

Sur Brendan Gallagher...

«On avait le même âge quand je suis arrivé à Montréal. Il était un des gars à qui je parlais le plus. Je me souviens de son éthique de travail sur la patinoire, c'était impressionnant. Il est l'un des joueurs les plus travaillants avec qui j'ai joué. Il n'est pas le plus gros, mais il bataille avec acharnement et il vend chèrement sa peau. C'est assez incroyable.»

Sur ses liens avec le CH...

«Depuis que j'ai quitté Montréal, je n'ai pas parlé à qui que ce soit qui faisait partie de l'équipe à l'époque.»