Canadiens de Montréal

Ducharme doit se fâcher

Ducharme doit se fâcher

Michel Bergeron

Publié 27 novembre 2021
Mis à jour 27 novembre 2021

Dominique Ducharme fait ce que tous les entraîneurs font : il protège ses vétérans. Mais ça ne fonctionne plus. S’il ne désire pas être la prochaine tête à tomber chez le Canadien, l’entraîneur-chef devra accepter de froisser certains ego et faire place aux joueurs les plus méritants.

Ducharme est un bon entraîneur et un bon gars. Tout le monde sympathise avec lui en ce moment parce qu’il se retrouve dans une situation extrêmement difficile. En bon homme de hockey, il refuse depuis le début de la saison de blâmer qui que ce soit lors de ses points de presse d’après-match. De toute évidence, il ne livre pas le fond de sa pensée afin de ne froisser personne à l’interne.

Par contre, il va falloir que ça change. Il va falloir qu’il reconnaisse publiquement que Tyler Toffoli, Jonathan Drouin, Jeff Petry ou Josh Anderson ne livrent pas la marchandise. Tout comme il va devoir admettre que Christian Dvorak est une énorme déception depuis son arrivée à Montréal.

Il va falloir qu’il se fâche.

S’il ne le fait pas, c’est dommage, mais l’organisation n’aura pas le choix de lui trouver un remplaçant.

J’en ai marre d’entendre les joueurs sortir les mêmes clichés, match après match, en répétant qu’ils n’ont pas assez travaillé, qu’ils n’étaient pas prêts pour le match. Ça, c’est du bla-bla qui ne sert qu’à les déculpabiliser. En bout de ligne, de dire qu’on ne travaille pas et qu’on n’est pas prêt, c’est mettre indirectement la faute sur l’entraîneur et sa façon de préparer l’équipe. Je suis tanné d’entendre ça.

J’aimerais que Ducharme y aille au mérite. Le meilleur exemple : Ryan Poehling marque deux buts en 37 secondes face aux Predators de Nashville, il connaît un très bon match, et où se retrouve-t-il le match suivant ? Sur le quatrième trio avec Cédric Paquette.

Peut-on au moins lui donner une chance de poursuivre sur sa lancée ? L’organisation du Canadien ne cesse de s’enorgueillir de la qualité de ses jeunes, mais s’entête à les reléguer à des rôles de second plan derrière des vétérans qui ne font rien de bon.

De vieux souvenirs  

Ça me rappelle d’ailleurs ma première année avec les Nordiques. J’étais un jeune entraîneur et je savais pertinemment que certains joueurs ne me respectaient pas complètement. On avait connu un début de saison difficile et j’avais décidé de placer le jeune Dale Hunter avec Michel Goulet, reléguant notre capitaine Robbie Ftorek sur le troisième trio. La chimie entre Hunter et Goulet avait été instantanée. Insatisfait de son sort, Ftorek était débarqué dans mon bureau en me disant qu’il n’était pas un joueur de troisième trio. Ce à quoi j’avais répondu : « tu n’es pas un joueur de troisième trio, mais, dans mon club, oui ». Pas besoin de dire que ça ne lui avait pas plu, et il avait demandé une transaction. Quelques jours plus tard, il était échangé aux Rangers de New York.

Au final, ça n’avait pas trop mal tourné pour Dale Hunter.

Place aux jeunes  

Tout ça pour dire que Ducharme devra accepter de déplaire à certains de ses vétérans s’il espère que le vent tourne. Qu’on fasse place aux jeunes, qu’on leur donne du temps de glace. Des joueurs comme Poehling ou Cole Caufield n’ont pas envie de retourner avec le Rocket de Laval. Ils vont se défoncer chaque soir pour prouver qu’ils méritent de jouer régulièrement dans la LNH.

Après tout, on n’arrête pas de dire que c’est aux joueurs de forcer la main de l’organisation. Qu’on respecte notre parole et que les meilleurs, peu importe leur statut, soient ceux avec qui on va à la guerre.