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LNH: «Québec est un marché fabuleux»

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Le nom de Peter Karmanos a longtemps été associé à Québec en raison des rumeurs de déménagement des Hurricanes de la Caroline. Maintenant qu’il a vendu la concession à Tom Dundon pour qu’elle demeure à Raleigh, l’homme d’affaires a mentionné son intérêt à faire partie des investisseurs si une opportunité de ramener une équipe à Québec se présentait, a-t-il confié au «Journal».

L’homme d’affaires de 78 ans n’est officiellement plus dans le giron de la Ligue nationale de hockey depuis le 30 juin dernier, moment où il a vendu les parts qu’il lui restait avec les Hurricanes, à Dundon.    

Voyez le passage de l'auteur de ces lignes à l'émission «JiC» en vid

 Le Journal l’a contacté il y a quelques jours afin d’avoir le fond de sa pensée sur le marché de Québec. M. Karmanos a été longtemps un membre du sélect comité exécutif de la LNH, et il a vécu de l’interne le processus d’expansion de 2016 dans lequel Vegas avait été préféré à Québec.

Toutefois, avant de répondre à nos questions sur l’opinion de la LNH en ce qui concerne le marché de la Vieille Capitale (voir autre texte), M. Karmanos s’est empressé de lancer des fleurs à la ville de Québec, répétant à plusieurs reprises être intéressé par un investissement dans le but d’y ramener une équipe de hockey.

«Si je peux trouver des partenaires solides, je serais intéressé à utiliser ce magnifique amphithéâtre, a-t-il dit sans qu’on le lui demande. Selon moi, Québec est un marché fabuleux et les partisans là-bas y sont passionnés. J’ai du mal à trouver un meilleur endroit en ce moment pour y installer une concession de la Ligue nationale. Mon opinion est que la LNH fait une grave erreur en n’ayant toujours pas d’équipe à Québec.»

Pas de pourparlers    

Avant de vendre 61 % de ses parts à Tom Dundon en 2018, pour une valeur estimée à 440 M$, selon le magazine économique Forbes, de nombreuses rumeurs mentionnaient que M. Karmanos avait eu des discussions avec Québecor. Des rumeurs qu’il avait d’ailleurs niées catégoriquement lorsqu’il avait rencontré le collègue Stéphane Cadorette au PNC Arena de Raleigh, en avril 2016.

Hier, il a de nouveau assuré ne jamais avoir eu de discussion avec qui que ce soit à Québec.

«Je n’ai parlé à personne. Par contre, si quelqu’un est intéressé à parler, je serais heureux d’écouter.»

Expansion ou rien    

De ce qu’il a vu de l’interne, M. Karmanos croit toutefois que la seule chance de Québec de ravoir une formation de la Ligue nationale de hockey sera de l’obtenir par le biais d’une nouvelle expansion. Il faut donc arrêter de regarder du côté de l’Arizona ou même d’Ottawa.

Une opinion qui diffère de la croyance publique actuelle.

«Il n’y a aucune équipe actuelle qui va déménager, a-t-il tranché. Si Québec désire ravoir une équipe, il faudra donc convaincre Gary Bettman de procéder à une nouvelle vague d’expansion. Si la LNH accepte de le faire, je peux vous garantir que Québec aura son équipe. Houston sera l’autre.»

Rappelons que l’homme d’affaires Tilman Fertitta a déjà démontré de l’intérêt afin d’amener une deuxième équipe au Texas, possiblement à Houston. La fortune de M. Fertitta est évaluée à 6,2 milliards $, selon Forbes. Il est entre autres propriétaire des Rockets de Houston dans la NBA.

La question demeure toutefois quant à savoir si la LNH est ouverte à l’idée d’ajouter deux autres formations à sa ligue pour en porter le nombre à 34. Dans un échange de courriel avec Le Journal, le commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly, a répété que la Ligue «ne prévoyait pas pour l’instant une autre expansion».

«La Ligue aurait tout à gagner à le faire, a renchéri Karmanos. Quand j’étais membre du comité exécutif, mon but était que la Ligue se rende à 36 équipes. On me disait constamment qu’il n’y avait pas assez de joueurs pour ça. Pourtant, des joueurs de hockey, il y en a amplement.»

La LNH ne se sert pas de la Vieille Capitale    

Québec n’est pas une arme de négociation, assure Karmanos

Le marché de Québec n’est pas utilisé par la LNH pour faire monter les enchères ailleurs, assure Peter Karmanos.

Pourtant, c’est l’impression que donne la Ligue nationale de hockey depuis un certain temps. En 2016, le circuit Bettman n’avait accepté que la candidature de Vegas pour l’expansion de la saison 2017-2018, assurant que celle de Québec avait été reportée (deferred).

Toutefois, la Vieille capitale n’a même pas été considérée lors du deuxième processus d’expansion, auquel seule la ville de Seattle a été invitée à participer.

La menace de Burke    

Il n’y a pas que pour l’expansion que Québec a donné l’impression d’être une arme de négociation.

En 2017, alors que les Flames de Calgary tentaient de s’entendre avec les différents paliers gouvernementaux sur le financement d’un nouvel amphithéâtre afin de quitter le vétuste Saddledome, le président de l’équipe Brian Burke avait de nouveau laissé planer la « menace Québec ». Lorsqu’un détenteur de billet de saison lui avait exprimé son scepticisme quant à la possibilité que l’équipe quitte même sans nouvel aréna, lors d’une conférence à Calgary, Burke avait répondu ceci: «Vous ne pensez pas qu’on puisse trouver un autre endroit. Vous me dites ça sans rire. Voyons voir... Québec... Ah oui, ils ont un édifice tout neuf qui remplit les critères de la Ligue nationale. Québec. Et vous venez tout juste de dire qu’on ne pourrait pas déménager.»

Finalement, en 2019, le conseil de ville de Calgary a approuvé la construction d’un nouvel amphithéâtre de 550 M$.

Bref, Québec n’est-elle donc qu’un simple moyen de pression ? S’il ne peut parler pour les Flames de Calgary, Karmanos assure que la Vieille capitale n’a pas été utilisée lors du processus d’expansion de 2016.

«Pas du tout, pas une seule seconde, a tranché Karmanos. À ce moment, la ligue voulait une équipe dans l’Ouest et Québec se trouve dans l’Est. C’est malheureux, mais c’est la réalité.»

Et le marché    

Lors du refus de la candidature de Québec, le 22 juin 2016, le commissaire de la LNH Gary Bettman avait mentionné que la décision avait été prise sur des éléments « qui sont hors du contrôle de Québec », citant la fluctuation du dollar canadien et le déséquilibre des associations.

«D’un point de vue de propriétaire, c’est le seul aspect qui pourrait encore être négatif pour Québec. Par contre, j’ai un sentiment que le marché se porte bien malgré la COVID-19», ajoute Karmanos.

Un CV bien garni    

Peter Karmanos a fait partie du cercle fermé des propriétaires de la LNH pendant 27 ans.

En 1994, celui qui a fondé la compagnie d’informatique Compuware, avec laquelle il a fait fortune, a acheté les Whalers de Hartford pour la somme de 48 M$. Trois ans plus tard, en 1997, il les a déménagés à Raleigh en Caroline du Nord afin qu’ils deviennent les Hurricanes.

Karmanos était donc le propriétaire de l’équipe lors de la présence en finale de la Coupe Stanley de l’équipe en 2002, ainsi que lors de la conquête de 2006.

Avant de s’impliquer avec les Hurricanes, M. Karmanos était impliqué dans le hockey depuis plusieurs années. Il a notamment fondé le programme de hockey mineur, Detroit Compuware, qui a vu passer plusieurs futurs joueurs de la LNH. Il a aussi été propriétaire des Whalers de Plymouth de la Ligue junior de l’Ontario jusqu’à leur vente en 2015.

Cette même année, il a été intronisé au Temple de la renommée du hockey dans la catégorie bâtisseur.

Fin tumultueuse    

Peter Karmanos a été un membre influent parmi les propriétaires de la LNH, siégeant entre autres au prestigieux comité exécutif de la LNH, un groupe de quelques propriétaires ayant pour mandat de guider les gouverneurs du circuit.

Il a toutefois perdu son siège en décembre 2016. Le commissaire avait été vague sur les raisons expliquant ce changement, mais il avait du même coup annoncé qu’il avait été remplacé par le propriétaire du Canadien Geoff Molson.

Cette nouvelle s’ajoutait à une tempête dans laquelle M. Karmanos était plongé depuis un certain temps.

Non seulement les rumeurs de déménagement allaient bon train dans le cas des Hurricanes mais, en plus, il avait été engagé, dans les mois précédents, dans une importante dispute judiciaire avec ses trois fils.

Ces derniers avaient intenté une poursuite de plus de 100 M$ contre leur père, l’accusant de ne pas avoir remboursé, en 2013, un prêt d’une société en commandite qu’il avait créée avec eux.

Les deux partis en étaient finalement venus à une entente en novembre.

Karmanos a finalement vendu 61 % des parts des Hurricanes à l’homme d’affaires Tom Dundon, en janvier 2018, puis le reste, en juin dernier.